[Urgence Climatique] 3 questions à Corinne Le Quéré, Présidente du Haut Conseil pour le Climat et climatologue

 

Suite de notre série d’interviews consacrée à l’urgence climatique. Découvrez les états des lieux dressés par des acteurs engagés et institutionnels, ainsi que leurs préconisations pour atténuer les effets du changement climatique, s’adapter à ses conséquences et tirer parti des opportunités engendrées par ces évolutions.

Aujourd’hui, nous vous proposons l’interview de Corinne Le Quéré, Présidente du Haut Conseil pour le Climat et climatologue, qui dresse un état des lieux de la situation de la France, notamment par rapport à ses voisins européens, en matière de performance énergétique et de décarbonation, évoque les solutions présentées dans le Rapport « Rénover mieux : leçons d’Europes », ainsi que ses recommandations pour mieux inclure des objectifs de rénovation des bâtiments non résidentiels dans les politiques territoriales.

1. Quel constat dressez-vous de la situation actuelle de la France vis-à-vis de l’urgence climatique ? Comment se situe-t-elle par rapport à ses voisins européens en matière de performance énergétique et de décarbonation, notamment dans le parc de bâtiments tertiaires ?

Avec 18% des émissions directes de gaz à effet de serre territoriales françaises provenant du secteur des bâtiments en 2019, la décarbonation complète de ce secteur est indispensable pour l’atteinte de la neutralité carbone en France. Le rythme des rénovations énergétiques performantes – de 0,2% par an en moyenne - doit fortement s’accélérer, pour passer d’environ 87 000 rénovations profondes dans le secteur résidentiel à 370 000 rénovations complètes à minima dès 2022 et 700 000 par an à partir de 2030, conformément aux objectifs fixés dans la Stratégie nationale bas-carbone (la SNBC).
Si tous les pays étudiés dans ce rapport (Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède) constatent une amélioration de la performance énergétique de leur parc de logements, seule la Suède a réussi une décarbonation quasi-totale du secteur. En tenant compte des différences de climat, la France apparaît comme ayant les logements les moins performants par rapport aux autres pays. La performance énergétique des bâtiments résidentiels en France progresse à un rythme similaire à la moyenne européenne, alors que celle des bâtiments tertiaires (bureaux, commerces et restaurants, écoles et hôpitaux) progresse moins vite.

2. Quelles sont les principales recommandations présentées dans le Rapport « Rénover mieux : leçons d’Europes » qui vient d’être publié par le Haut Conseil pour le Climat ? La certification peut-elle être un outil pertinent pour accompagner les politiques publiques en matière de rénovation ?

Concernant nos recommandations, il convient de massifier la rénovation énergétique par la mise en place de conditions financières et réglementaires, notamment par une ingénierie et un soutien financier sur le long terme. Ces actions devront être adaptées au coût et au temps de retour de la rénovation globale et prendre en compte des critères de performance énergétique et d’adaptation ainsi que les besoins propres aux copropriétés. Il faut également rendre cohérents les objectifs de rénovation et de réduction des vulnérabilités des ménages ; intégrer plus fortement l’offre et l’usage de source d’énergie bas-carbone dans la stratégie de rénovation ; renforcer les politiques de rénovation ciblant les copropriétés, ; mieux intégrer la rénovation dans les plans et politiques territoriaux ; développer la stratégie de rénovation du parc de bâtiments publics, par exemple en définissant des feuilles de route par branche de ce parc ; et enfin, mieux suivre et évaluer les politiques de rénovation énergétique des bâtiments et y adosser des conditionnalités de l’aide publique à des niveaux de performance exigeants. Il existe aujourd’hui le DPE (Diagnostic de performance énergétique) qui ressemble à une certification. En revanche, nous recommandons de conditionner les dispositifs de soutien public à l’atteinte d’un niveau attesté par une vraie certification tierce partie.

3. Comment mieux inclure, dans les politiques territoriales, des objectifs de rénovation des bâtiments non résidentiels ?

Il est nécessaire que les documents de planification territoriales dans lesquels sont inscrits les objectifs de rénovation énergétique (SRADDET et PCAET*) soient cohérents avec les objectifs de la SNBC. L’Etat a un rôle de coordination à jouer entre les différents acteurs et pour favoriser le partage d’informations entre les différents acteurs territoriaux et promouvoir les meilleures pratiques. Le HCC recommande également de mieux intégrer la rénovation dans les plans et politiques territoriaux, en conduisant une étude pour identifier les stratégies et les documents de planification territoriaux existants, afin d’y inclure systématiquement les objectifs de rénovation énergétique. Des plateformes permettant aux conseils régionaux, aux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et aux municipalités d’échanger régulièrement sur leurs politiques et les retours d’expérience pourraient également être mises en place. Les acteurs territoriaux de la rénovation énergétique devraient être associés à l’élaboration de la prochaine SNBC et du volet sur la rénovation énergétique associé à la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

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*SRADDET : Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires
PCAET : Plan climat-air-énergie territorial

 

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  • Dernière modification de l'auteur le 04/03/2021 - 16:15

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