Une learning expedition à Montréal pour récompenser l’innovation dans le BTP

Rédigé par

Franck Le Nuellec

Directeur du marketing, du développement et de l'innovation

2356 Dernière modification le 20/10/2022 - 10:23
Une learning expedition à Montréal  pour récompenser l’innovation dans le BTP

 

Le 24 mai 2022 la soirée des Trophées de l’innovation organisée par le WinLab’, incubateur du CCCA-BTP, a récompensé plusieurs jeunes acteurs pour leurs projet novateurs pour le secteur de la construction. Leur prix ? Un projet d’études à Montréal du 5 au 9 juillet 2022. Franck Le Nuellec, directeur du Marketing, du Développement et de l’Innovation stratégique du CCCA-BTP et Olivier Cenille, Responsable du développement des partenariats au WinLab', nous dévoilent les ambitions derrière ces trophées dédiés à l’innovation. 

 

Quel est le rôle du WinLab’ et de sa soirée des Trophées de l’innovation qui s’est déroulée le 24 mai dernier ? 


Franck Le Nuellec : Le WinLab’ est un incubateur hors les murs, il n’a pas vocation à rester sur un territoire donné. Notre rôle est d’accompagner et anticiper les transformations du secteur de la construction et la place qu’y a l’apprentissage. Nous définissons quelles sont les grandes tendances dans les usages, ainsi que leur traduction en termes d’évolution des compétences. Aujourd’hui, le WinLab’, c’est près d’une centaine de startups et organismes de formations dans divers domaines d’activité tels que les innovations technologiques liées à la santé et la prévention ou encore la digitalisation des métiers, par exemple. Quant aux Trophées de l’innovation, c’est un projet que nous avons lancé en 2022 et qui nous tient particulièrement à cœur. 

Olivier Cenille : Notre conviction au WinLab’ est que pour que l’innovation puisse demain être adoptée par les entreprises du BTP, cela doit d’une part passer par les jeunes générations et d’autre part être intégré dans les organismes de formation. Sur ces Trophées de l’Innovation, nous avons eu la chance d’avoir affaire à des projets très variés, et cela nous a permis de nous rendre compte que l’innovation n’est pas que technologique, mais aussi de tout autre ordre, et facilement duplicable auprès de ces jeunes générations. 


FLN : Nous avons placé cette soirée des Trophées de l’Innovation sous le signe du plaisir et du partage, tout en restant dans une démarche écoresponsable. Des partenariats ont été tissés pour l’occasion avec des acteurs engagés sur le sujet, principalement sur le bassin méditerranéen. 


OC : Je rejoins Franck sur cette vision de la soirée. Les trophées qui ont été remis sont d’ailleurs particulièrement symptomatiques de notre parti prix : ils sont issus de bouchons en plastique recyclés ramassés sur des plages en méditerranée et fabriqués à la main par une association.

 

Pourquoi l’innovation dans le secteur du BTP est-elle indispensable aujourd’hui selon vous ? 


FLN : Sur ce sujet-là, nous partageons avec Olivier les mêmes constats, issus de nos baromètres internes. Premièrement, 80% de nos jeunes apprentis de la génération Z estiment qu’il leur revient de porter l’innovation dans le BTP. Deuxièmement, les entreprises du secteur attendent des organismes de formation qu’ils soient des éclaireurs de tendances. Ces deux éléments nous ont interpellés et amenés à identifier l’innovation comme étant le véhicule idéal pour accompagner l’évolution des pratiques et des compétences, et ainsi inventer la ville de demain. 


L’une des innovations concrètes que nous défendons aujourd’hui est le décloisonnement : pour nous, il est nécessaire d’avoir une approche transversale de la construction. 


OC : Je pense que dans un monde en mouvement, innover, c’est déjà ce que nous faisons en permanence. La mission que nous portons avec Franck Le Nuellec au WinLab’ est d’aider au maximum les organismes de formation et les entreprises du BTP à pouvoir avoir accès à ce monde en mouvement, animé par des générations qui avancent. 

 

Pouvez-vous présenter quelques projets coup de cœur de la cérémonie des Trophées de l’innovation ? 


OC : J’ai deux projets en tête, issus de la catégorie « Vision d’avenir » : Pierre Thorel et Elvanie Kagwiza. 


Pierre Thorel est un jeune qui a décidé de se reconvertir dans le BTP après des études d’infirmier. A 22 ans, il a passé son CAP plâtrier-plaquiste, et a souhaité partager son aventure avec d’autres jeunes sur Instagram. Il a réussi à fédérer une communauté importante en peu de temps et nous a raconté cette histoire lors des Trophées. Elvanie, elle, est apprentie en génie civil. Elle a travaillé autour de la problématique de la démasculinisation du secteur du BTP au travers de sa structure « Elles go ». 


FLN : Pour ma part, parmi les candidats, j’ai eu un coup de cœur pour le CFA Centre-Val de Loire avec son projet de « L@bConnect ». 

 

Dans quel but le prix de ces Trophées — une learning expedition (LEX) du 5 au 9 juillet dernier à Montréal — a-t-il été pensé, et pourquoi avoir choisi cette destination ? 


OC : Nous avons souhaité créer un moment fort permettant de découvrir, sur trois journées pleines, les différentes spécificités du territoire montréalais au regard des sujets de la construction durable. 

 


FLN : Le choix de Montréal s’est imposé à nous dès le début, par son aspect multiculturel et sa culture de l’écologie notamment. On voulait qu’il y ait une empreinte forte et qui marque les esprits pour ce premier voyage d’étude, d’un point de vue géographique comme d’un point de vue techniques de construction. 


OC : Etant de l’autre côté de l’Atlantique, je constate qu’il y a des choses que nous faisons très bien en France, et d’autres qui se font très bien au Québec. Est-ce qu’il y a un pays meilleur que l’autre ? Non, chacun a ses atouts. Le Québec est un territoire qui jouit d’un climat très spécifique, avec près de 75°C d’amplitude thermique. Cela signifie que les bâtiments sont soumis à des conditions climatiques qui nécessitent de les appréhender dès le début de leur conception. Et pour cause, ils doivent assurer un confort thermique sous -40°C comme par +40°C ! 


Autre différence, on utilise plutôt le béton en France pour construire, tandis qu’au Québec, on privilégie le bois, une ressource qui y est abondante. Par ailleurs, si en Amérique du Nord, on bâtit beaucoup en hauteur, à Montréal, il y a une contrainte municipale établie : il est interdit de construire plus haut que le Mont Royal. Pour gagner du terrain malgré cette limitation s’est donc développée une construction sous-terraine avec des étages inférieurs. Ce sont toutes ces spécificités qui justifient le choix de notre LEX. 


FLN : Pour être cohérents dans notre démarche, nous sommes allés jusqu’à nous déplacer à pied ou en transports en communs sur l’ensemble de la LEX pour avoir un bilan carbone le plus proche possible de 0. 


OC : Nous portions aussi des chaussures de la marque française Corail, fabriquées à partir de bouteilles en plastique recyclées. 

 

Un temps fort que vous avez retenu de ce voyage d’études ?


OC : Nous avons eu le privilège de monter sur un projet unique à Montréal, une double tour encore en construction, réunie par une passerelle au 28ème étage en plein centre-ville. Je crois que c’est un moment qui a marqué l’ensemble des participants. Le discours de la cheffe d’entreprise qui nous a accompagnés, Isabelle Côté, a notamment été un temps fort. C’est une femme dont le parcours est extrêmement inspirant et singulier. 

 


FLN : C’est le storytelling à l’américaine ! Elle est arrivée 20 ans plus tôt en tant qu’hôtesse d’accueil chez Coffrages Synergy, il y a 8 ans, elle reprend les rênes de cette entreprise d’une trentaine de collaborateurs, et aujourd’hui, elle en a fait le premier groupe de coffrage sur le territoire nord-américain. Elle incarne pleinement ce positionnement du management nouvelle génération, qui replace les collaborateurs au centre de l’organisation, avec beaucoup de respect : c’est un exemple de ce que nous appelons l’innovation sociale, et nous ressentions la fierté des salariés de faire partie de l’entreprise. Je pense que cela a vraiment inspiré les membres de la LEX ce jour-là. 

 

De nouveaux projets ont-ils découlé de ce voyage ? 


OC : Nous avons rencontré le Mila, qui est LE laboratoire de l’intelligence artificielle par excellence, l’un des plus fort au monde sur ce sujet. Nous avons pu apprendre de nouvelles façons d’appréhender la collaboration, les technologies… La découverte de ce magnifique campus a pu, je pense, enclencher de belles choses pour la suite. 


FLN : En effet, cette visite a eu un effet domino en déclenchant un rendez-vous le 24 octobre 2022 avec une délégation de la région Nouvelle-Aquitaine et son président Alain Rousset en visite à Montréal. Il s’agira de présenter la contribution de cette LEX du WinLab’ au bénéfice d’un projet pionnier du BTP CFA Nouvelle Aquitaine. Nous souhaitons également en tant que formateurs et acteurs de la construction, créer sur la base d’un moteur d’intelligence artificielle un système qui nous permette d’anticiper, au travers de scenarii, l’évolution des compétences en fonction des usages. Nous voulons mettre cela en place avec le Mila et ce serait une première.

 

Quelles sont les prochaines grandes actualités du WinLab’ ? 


OC : Elles sont en lien avec la LEX à la suite de laquelle nous publions un livre blanc qui le 19 octobre. Nous envisageons dans les prochaines semaines de concrétiser les liens avec le Mila et le Centech afin de valoriser synergies qui lient nos différentes activités. Nous souhaitons accueillir Isabelle Côté en France très prochainement ! 


FLN : Cette LEX a eu un véritable intérêt pour tous les acteurs. Le WinLab n’est pas un incubateur qui a pour vocation de générer du business, mais à faire émerger des solutions au service de la construction. Chaque acteur rencontré à Montréal a fait germer une graine auprès des organismes de formation, et nous avons cette capacité de financer des expérimentations en ce sens avec un budget annuel de l’ordre de 75 millions d’euros. Les enjeux environnementaux sont aussi plus que jamais au cœur des préoccupations de notre secteur. Dans les prochains jours, nous réaliserons un WinLab’ Innovation Live inédit sur le rôle des professionnels du BTP face à la crise énergétique.

 

Propos recueillis par Amandine Martinet pour Construction21


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