Une démarche collective engagée par la filière pour sécuriser l’offre de réemploi

Une démarche collective engagée par la filière pour sécuriser l’offre de réemploi


Face aux enjeux environnementaux actuels, à la raréfaction des ressources naturelles, aux évolutions réglementaires récentes, et à la feuille de route de la France pour conduire la politique d’atténuation du changement climatique (Stratégie Nationale Bas-Carbone – SNBC) (1), le réemploi des Produits-Equipements-Matériaux (PEM) de construction s’impose comme une évidence. 

Dans ce contexte, le réemploi offre des pistes à fort potentiel pour les secteurs du bâtiment et de la construction, tant sur la préservation de l’environnement via l'atténuation de l’exploitation des ressources et la limitation des émissions de gaz à effet de serre, que sur le plan économique avec les créations d'emplois et les gains de compétitivité pour les entreprises. Dès lors, le réemploi apparaît comme une filière intéressante dans une perspective de gestion optimale des ressources matières. Cependant, les acteurs sont bien souvent confrontés à un manque de ressources documentaires, donc de visibilité sur le long terme. Cette projection permettra de cadrer et de trancher efficacement sur l’aptitude d’un Produit-Equipement-Matériau (PEM) à être réemployé. 

Depuis quelques années, les pratiques se démocratisent, mais l’aspect technique de l’évaluation des performances reste central. Des méthodologies de justification des performances ont été établies par des acteurs, au cas par cas, en fonction de leurs besoins sur des opérations spécifiques, mais la démarche mérite d’être accompagnée de manière plus large, d’autant que les caractérisations à réaliser varient en fonction des typologies de PEM, de leur âge et des projets (domaines d’emploi). 

C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, le CSTB accompagne différents acteurs du secteur du bâtiment dans une démarche plus globale visant à structurer progressivement les filières de réemploi, à accompagner plus rapidement le développement de l’offre, et de contribuer ainsi à la démocratisation et à la sécurisation des pratiques. Ces projets permettent aussi de répondre aux questions récurrentes qui nous sont régulièrement remontées, à savoir : 

  • « Quelles performances dois-je vérifier sur mon Produits-Equipements-Matériaux (PEM) en vue de son réemploi ? » ;
  • « Comment évaluer les performances d’un PEM ayant déjà vécu en œuvre ? » ;
  • « Comment évoluent les performances d’un produit dans le temps ? » ;
  • « Quelle capitalisation nationale mettre en place pour limiter dans le temps le nombre d’essais sur les PEM existants à réaliser ? » ;
  • « Quel diagnostic exhaustif réaliser afin de limiter les justifications à apporter ? ».

Des travaux ont déjà initié des réponses pour la filière du réemploi. La Fondation Bâtiment Énergie a notamment proposé une démarche collective structurante entre 2018 et 2020, qui a permis de réunir de nombreux acteurs autour d’une question centrale : « Quelle méthodologie générique et concrète mettre en place sur une opération pour justifier qu’un produit existant réponde toujours aux exigences réglementaires et techniques, et puisse ainsi être réemployé ? ». Pour répondre à cette problématique, les travaux ont permis de décliner une méthode scientifique simple, décomposée en deux étapes : le diagnostic (couple produit existant/domaine d’emploi initial), puis l’évaluation des performances (identification des performances à évaluer, puis modes de preuves associés). Très vite, cette méthode a dû être déclinée par famille de produits, car les conditions pour réemployer du parquet (2) et une menuiserie bois extérieure (3), ne sont par exemple pas les mêmes. Les travaux ont ensuite été présentés à l’Agence Qualité Construction (AQC) et aux assureurs. L’ensemble des guides de diagnostic et d’évaluation des performances sont disponibles publiquement sur le lien de restitution des livrables de l’enjeu A (4). Les travaux de la FBE ont, par la suite, été complétés par d’autres dynamiques collectives, telles que les cellules innovation du Booster du Réemploi et les 36 fiches matériaux (5) issues du projet Européen Interreg FCRBE. 

La démarche doit désormais être élargie, afin de permettre une massification sécurisée des pratiques de réemploi de Produits-Equipements-Matériaux de construction. La démarche proposée repose sur trois étapes principales. Elle sera utile à tous, notamment pour le développement des activités des plateformes de reconditionnement, la sécurisation et la facilitation de la logistique de chantier à chantier, et le soutien aux maîtrises d’œuvre et aux équipes travaux. Les trois étapes identifiées sont les suivantes :

  • 1ère étape   : identifier les familles de produits les plus « propices » au réemploi ;
  • 2ème étape : élaborer des guides méthodologiques partagés et reconnus sur l’évaluation des performances en vue d’un réemploi, pour chacune de ces familles de PEM ;
  • 3ème étape :  faire évoluer les connaissances et aller vers une simplification. 

Afin d’avancer sur la première étape, le CSTB a organisé une série d’entretiens en 2021 (avec plus de 40 acteurs) afin de mieux comprendre les pratiques de l’ensemble du territoire national. Ces échanges ont démarré au premier trimestre 2021. Au départ, une quinzaine d’acteurs avait été identifiée. Pendant une durée d’une heure chacun, ces entrevues avaient pour objectif de laisser parler librement les acteurs, autour de la thématique du réemploi de Produits-Equipements-Matériaux de construction, afin d’identifier avec eux : 

  • Les familles les plus récurrentes sur leurs activités (plusieurs justifications : gisement disponible localement, intérêt prononcé pour leurs clients, envie de spécialisation particulière pour l’acteur, etc.) ;
  • Les autres acteurs locaux partenaires avec lesquels ils avaient l’habitude d’être en contact, ou qu’ils avaient récemment découverts ;
  • Les risques et les freins qu’ils avaient pu côtoyer ou appréhender sur leurs opérations ;
  • Les jeux d’acteurs mis en place sur les projets, et la répartition des responsabilités ;
  • Toute autre information, perspective ou idée que l’acteur souhaitait nous remonter. 

Cette première série d’entretiens « officiels » a ensuite été traitée et analysée par le CSTB pour en sortir des premières conclusions. En complément, l’étude a été enrichie par d’autres échanges, sur toute l’année 2021, au gré des projets pilotés ou suivis par le CSTB. L’ensemble de ces partages a notamment permis d’aboutir à l’élaboration d’une liste de 29 familles de produits (7), dont les parquets, les portes intérieures, les appareils sanitaires et les revêtements de sol intérieurs qui sont notamment revenus très fréquemment pendant les échanges. D’autres familles, plus ambitieuses ou spécifiques, ont également été citées, comme les plaques de plâtre, les isolants, les menuiseries extérieures et les charpentes bois. Cette liste a été diffusée via une publication à l’été 2022, à laquelle tous les contributeurs ont été associés, et dont la démarche a également été soutenue par d’autres acteurs. Elle apporte une première réponse, solide et partagée, à l’étape 1 citée plus haut. Elle sert ainsi de base de travail de référence pour organiser la suite des travaux déjà engagés, et permettre : d’harmoniser les méthodes déjà existantes et de développer des guides partagés sur les autres familles, de faire reconnaitre ces méthodes par les équipes de la maîtrise du risque et les acteurs du terrain, et de capitaliser sur les résultats d’essai. À noter que cette étude a également permis, en complément d’échanges avec les acteurs de la maîtrise du risque, d’établir les trois étapes de la démarche collective globale proposée plus haut. 

La réussite de la démarche collective passera par l’implication de tous les acteurs : experts techniques, diagnostiqueurs, centres de reconditionnement, industriels, entreprises, assureurs, bureaux de contrôle, centres de recherche, parties prenantes dans le financement de cette démarche. 

Deux notes synthétisant la démarche ont été rédigées à l’été 2022 par le CSTB : 
https://www.cstb.fr/fr/actualites/detail/securiser-le-reemploi-une-demarche-collective-2022-07/
https://www.cstb.fr/fr/actualites/detail/engager-le-reemploi-29-familles-propices-2022-07/ 
Les acteurs intéressés pour apporter leur contribution à cette démarche de sécurisation de l’offre de réemploi en vue de sa massification peuvent contacter le CSTB pour rejoindre cette belle dynamique ([email protected]).

Un article signé Charlène RAFFIN, Chef de Projet Economie Circulaire et Sarah RABEMANANA, Chargée de Communication – CSTB / Direction Economie et Ressources


Article suivant : Evolutions techniques et règlementaires liées à la sécurité incendie et au réemploi de matériaux


Retour à la page d'accueil du dossier

 

 

Un dossier réalisé avec le soutien de : 

 réemploi
 DossierConstruction21
 offre
 démarche collective
 transition écologique
 ressources naturelles
 réglementation
 feuille de route
 SNCB
 Stratégie Nationale Bas Carbone
 PEM
 économie circulaire
 déchets
 bâtiment
 entretiens
 acteurs

Auteur de la page

  • Charlène Raffin

    Chef de Projet Economie Circulaire

    Suivre

  • Autres actualités

    Plus d'articles

    Sur les mêmes thèmes

     réemploi
     DossierConstruction21
     offre
     démarche collective
     transition écologique
     ressources naturelles
     réglementation
     feuille de route
     SNCB
     Stratégie Nationale Bas Carbone
     PEM
     économie circulaire
     déchets
     bâtiment
     entretiens
     acteurs