Sept ans pour libérer tout le potentiel des réseaux de chaleur

Rédigé par
FEDENE SNCU

Fédération des Services Energie Environnement

4701 Dernière modification le 27/01/2023 - 20:00
Sept ans pour libérer tout le potentiel des réseaux de chaleur


A n’en pas douter, la chaleur renouvelable et de ses réseaux sont sous-exploités alors que leur développement constitue un des chantiers les plus importants de la transition énergétique :

  • Social : le logement, dont le chauffage, est le premier poste de dépenses des Français . Les prix des énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) locales s’avèrent beaucoup plus stables que ceux des énergies historiques - électricité et gaz - qui ont violement augmenté depuis 2021. Adopter un mode de chauffage durable préserve le pourvoir d’achat des ménages, surtout des plus précaires. 
  • Emploi : la chaleur renouvelable représente plus de 33 000 emplois non délocalisables. Exploiter de manière responsable les gisements énergétiques locaux renforce l’attractivité des territoires.
  • Santé : les logements mal isolés, mal chauffés aggravent l’apparition de maladies… un Français sur cinq souffre du froid en hiver. La chaleur renouvelable offre une solution mature pour réduire la précarité énergétique.
  • Environnement : le contenu CO2 des EnR&R locales est en moyenne 10 fois inférieur à celui du gaz fossile. Privilégier la chaleur renouvelable baisse considérablement les émissions de CO2.
  • Ecologie : la chaleur renouvelable complète les EnR électriques et gazières : 1 TWh de chaleur renouvelable c’est autant d’électricité ou de biogaz pouvant être consacrés aux transports ! La chaleur renouvelable favorise la décarbonation de notre quotidien.
  • Economie circulaire : si la meilleure énergie est celle que nous n’utilisons pas, la seconde est celle que nous récupérons. Tous les ans, plus de 25 TWh de chaleur issue d’activités industrielles ou tertiaires sont tout simplement perdus ! Récupérer et redistribuer cette chaleur fatale, grâce aux réseaux de chaleur, limiterait d’autant la consommation d’énergies historiques.
  • Souveraineté : entre octobre 2021 et septembre 2022, les importations d’énergies fossiles ont creusé le déficit commercial français de près de 100 milliards €. Il est urgent de produire notre chaleur à partir d’EnR&R locales.
  • Finances publiques : ayant un faible coût d’abattement (€/tonne CO2 évitée), les EnR&R thermiques sont particulièrement efficientes pour diminuer les émissions CO2. Comme l’y invitent la Cour des comptes et la Direction générale du Trésor, l’Etat doit « réinterroger l’équilibre du soutien public en faveur des énergies renouvelables thermiques » . 

Le développement de la chaleur renouvelable massifié grâce aux réseaux ne peut plus attendre

Les réseaux de chaleur aujourd’hui

 

En France, 898 réseaux de chaleur livrent près de 30 TWh de chaleur, soit 4,5% des besoins nationaux. Cependant cette portion incongrue ne reflète pas fidèlement les caractéristiques environnementales, sociales et économiques des réseaux de chaleur. 

Avec un taux EnR&R proche de 63%, les réseaux de chaleur sont les vecteurs énergétiques les plus verts de France devant les réseaux électriques (23%) et gaziers (1%).

Collectivités territoriales et opérateurs de réseaux maintiennent leurs efforts de décarbonation du mix des réseaux de chaleur :  l’empreinte carbone moyenne des réseaux a été divisée par deux en dix ans pour atteindre à 125 g CO2 ACV  / kWh. Les réseaux de chaleur sont en moyenne deux fois moins émissifs que des chaudières utilisant du gaz naturel ou du fioul domestique.

Le prix moyen de vente des réseaux de chaleur était de 80 € HT/MWh en 2021 . Contrairement aux autres énergies, le prix de vente moyen de la chaleur livrée par les réseaux est resté relativement stable, avec une hausse de 1,5% entre 2020 et 2021 pour les réseaux de chaleur alimentés à plus de 50% d’EnR. Plus un réseau de chaleur est vert, plus son prix en cout global est compétitif et stable.

1 600 projets à réaliser d’ici 2030

La France est le seul pays de l’Union européenne à ne pas respecter ses engagements énergétiques : les énergies  renouvelables couvrent 19,3% du mix énergétique national contre 23% initialement prévu. Les Français payent cher cette inertie au sens propre – les sanctions encourues s’élèvent à 500 millions €, le budget du Fonds chaleur – comme au sens figuré - risques de délestage cet hiver.

La rupture durable des importations russes marque un tournant dans l’approvisionnement énergétique de l’hexagone. L’Etat doit prendre ce virage et développer rapidement des solutions de proximité, matures, durables, bon marché, résilientes et à portée de main des décideurs locaux. Les réseaux de chaleur répondent à toutes ces exigences ; ce sont des leviers incontournables pour relancer la transition énergétique. 

La loi de Transition Energétique et de la Croissance Verte (LTECV) fédère les acteurs des réseaux de chaleur autour d’un objectif : livrer 39,5 TWh de chaleur issue d’EnR&R locales en 2030. 

Pour aider les acteurs de la filière à atteindre cet objectif, l’association Via Séva, le bureau d’études MANERGY ont réalisé, en partenariat avec FEDENE-SNCU, un Schéma directeur national des réseaux de chaleur 2030  qui localise 1 600 projets de réseaux de chaleur à étendre ou créer partout en France. 

Les investissements nécessaires à la réalisation des 1 600 projets sont estimés à 25 milliards € sur huit ans. Ces investissements restent modestes au regard des 100 milliards € engagés pour le bouclier tarifaire ; d’autant plus que les deux tiers seront apportés par le secteur privé et qu'ils seront rapidement rentabilisés au regard de l’évolution des prix des énergies importées. 

Ces projets sont autant d’opportunités pour les territoires puisqu’ils apportent d’importantes retombées économiques : l’ADEME estime qu’un euro investi par le Fonds Chaleur génère en moyenne quatre euros d'investissements pour le territoire. En plus d’une redynamisation économique, les projets créeront au moins 14 000 emplois pérennes et non délocalisables. 

Les bénéfices énergétiques et environnementaux du Schéma sont aussi significatifs. Tous les ans seront évitées l’importation de 20 TWh d’énergies fossiles – gaz principalement – et l’émission de 5 millions de tonnes de CO2. Comment ?

Le verdissement accéléré des réseaux

Les réseaux de chaleur sont de véritables agrégateurs d’EnR&R ; leur principal atout consiste à valoriser tous les gisements EnR&R locaux pour répondre aux besoins de chauffage et d’eau chaude sanitaire d’un territoire. 

Sous l’effet de la nouvelle réglementation environnementale (RE2020), de l’urgence climatique et de l’imprévisibilité des prix des énergies fossiles, les réseaux de chaleur vont accélérer leur verdissement pour atteindre 73% d’EnR&R en 2030. Une meilleure récupération de la chaleur fatale et une utilisation accrue de la biomasse et de la géothermie remplaceront progressivement le gaz fossile et sortiront totalement le charbon et le fioul du mix énergétique des réseaux. Les autres énergies renouvelables, comme le solaire thermique ou le biogaz, contribueront également à la substituions progressive des énergies fossiles. 

Le contenu CO2 moyen des réseaux de chaleur profitera grandement de ce verdissement du mix énergétique. En effet, les réseaux de chaleur pourraient émettre autant que l’électricité en privilégiant des EnR&R sans combustion comme la récupération de chaleur fatale, la géothermie et le solaire thermique. 

Les moyens à allouer d’ici 2030

Quels outils doivent être mis en place pour décupler le potentiel des réseaux de chaleur ?

En premier lieu, les acteurs de la filière ont besoin d’une vision et d’un soutien public franc en faveur de la chaleur renouvelable et de ses réseaux. 

Alors que sa gestion par l’ADEME et son efficience sont saluées par tous, Cour des comptes incluse, le Fonds chaleur reste insuffisamment doté : entre 520 et 600 millions € en 2023 pour décarboner près de la moitié de la consommation énergétique nationale ! Tous les principaux candidats à l’élection présidentielle proposaient d’augmenter le Fonds chaleur. Les enjeux détaillés en introduction commandent de faire tendre le plus rapidement possible le budget du Fonds chaleur vers le milliard d’euros, voire de le dépasser.

En juillet, le ministère de la Transition énergétique a lancé le « raccordement express » ; un coup de pouce bonifié pour réduire au maximum le reste à charges des bâtiments tertiaires et résidentiels qui se raccordent à un réseau de chaleur. Pour 200€ par logement en moyenne, tous les habitants d’une copropriété pourront bénéficier d’une chaleur renouvelable à un prix stable et compétitif. La filière espère raccorder 3 000 bâtiments supplémentaires d’ici 2025, date butoir de la mesure. Pour aider la France à rattraper son retard et respecter ses nouveaux engagements européens en matière de développement des EnR, il serait utile de considérer une prolongation du raccordement express au-delà de 2025.

Les moyens à consacrer à la réalisation du Schéma directeur 2030 ne sont pas seulement financiers. Cette année, l’ADEME a lancé l’appel à projets « une ville, un réseau » pour aider les collectivités, entreprises ou associations à lancer des réseaux de chaleur en finançant en grande partie les études préparatoires. Le franc succès de la première édition - 190 dossiers déposés - appelle le renouvèlement de cet appel à projet. 

Modèle de cahier des charges pour lancer un réseau, modèle de contrat de concession, guide de raccordement, cartographie des réseaux…les acteurs privés mettent également de nombreux outils à la disposition des collectivités et des abonnés pour développer la chaleur renouvelable. 

La filière doit continuer à travailler de concert avec un objectif en tête : livrer 39,5 TWh de chaleur EnR&R en 2030. 

Un article rédigé par Hugo Belin - FEDENE SNCU


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