[REX] Vers des industries vertueuses : l’usine VELUX VKR France à Feuquières-en-Vimeu

Face aux crises climatique et environnementale, la transformation de l’industrie est devenue une nécessité. Il est essentiel d’avoir des usines décarbonées, plus respectueuses de l'environnement. L’usine VKR du groupe VELUX, située à Feuquières-en-Vimeu, est un des sites français engagé depuis plusieurs années déjà sur le chemin de la transition. Le groupe tire aujourd’hui de cette expérience des enseignements utiles pour le secteur de la construction et plus généralement le tissu industriel français. Retour d’expérience avec Didier Deman, coordinateur qualité sécurité environnement et énergie chez VELUX.
 

Un double enjeu climatique et environnemental

Notre société fait face à deux crises simultanées qui s’auto-entretiennent : une crise climatique et une crise environnementale. Cette situation engendre un changement des modes de consommation et de production dans tous les secteurs. Les réglementations et stratégies nationales évoluent vers une meilleure prise en compte de l’impact climatique et environnemental des différentes activités. De plus, les attentes des consommateurs à ce sujet sont de plus en plus importantes (exigences sur la traçabilité des matériaux, l’énergie utilisée, le poids carbone des produits, etc.). L’économie française doit s’adapter à cette réalité. 
 

Transformer le tissu industriel, une nécessité

Face à ce constat, il est nécessaire de transformer les industries en profondeur. D’après le ministère de l’Économie et des Finances, l'industrie représentait encore près de 20 % des émissions carbone du pays en 2019. Développer des usines plus vertueuses permettrait de répondre aux enjeux du réchauffement climatique et de la protection de l’environnement, tout en continuant à créer de l’emploi.

Le groupe VELUX s’est lancé il y a plusieurs années déjà. Aujourd’hui, sa nouvelle stratégie, « Sustainability 2030 », vise la neutralité carbone de ses activités, ainsi que la réduction de 50 % de son empreinte carbone sur l'ensemble de sa chaîne de valeur, fournisseurs inclus, d'ici 2030.

Cette stratégie se décline dans les usines de fabrication des produits VELUX, afin de les rendre plus vertueuses. Le groupe souhaite, entre autres, réduire fortement la consommation d’énergie fossile sur leurs sites. Cela se traduit par un travail de sourcing poussé sur d’autres formes d’énergie (biomasse, photovoltaïque, etc.) ainsi que par la mise en place de nouveaux équipements énergétiques.


L’usine VKR France, un modèle d’industrie vertueuse

L’usine VKR, située en Picardie, est une des usines les plus avancées du groupe sur la décarbonation et le respect de l’environnement, notamment via l’approvisionnement local et l'optimisation des ressources utilisées. Grâce à ses efforts, l’usine a réduit ses émissions carbone de 947 tonnes depuis 2007. De plus, elle a battu en 2020 le record de la plus basse consommation électrique depuis 2007, tout en maintenant un haut volume de production.
 

Décarboner et optimiser la consommation énergétique

L’usine VKR travaille sur la décarbonation et l’optimisation de sa consommation énergétique depuis de nombreuses années déjà. Ce travail lui a permis d’obtenir la certification ISO 50001 en 2015, garantissant ainsi son système de management énergétique.

L’usine a commencé par identifier ses principaux usages énergétiques, à travers la mise en place d’une cartographie des consommations. Les études menées ont révélé que l’électricité était l’énergie la plus consommée par l’usine (notamment pour l’air comprimé, les aspirations de copeaux et les machines de fabrication). La production d’eau chaude était également assez énergivore. Enfin, l’étude a montré qu’une grande partie des surconsommations venait d’appareils mal éteints ou en veille. L’usine a donc travaillé sur la réduction des besoins en énergie de ces différents postes. Elle a notamment installé une gestion technique centralisée afin de piloter à distance les différents systèmes et l’eau chaude de l’usine. Enfin, le site a mené un travail de sensibilisation sur l’usage raisonné de l’éclairage d’appoint, en limitant leur utilisation au juste nécessaire, en favorisant l’utilisation de lumière naturelle et en installant des technologies de basse consommation. L’usine a ainsi réalisé une économie de 60 MWh/an dès les premières années de la certification. « Nous n’allons pas nous arrêter en si bon chemin », affirme Didier Deman. « Dans le cadre du partenariat avec Schneider Electric nous allons rechercher d’autres sources de gain potentielles, à partir de janvier 2023 ».

En plus de ce travail d’optimisation des consommations énergétiques, l’usine a souhaité développer le recours aux énergies renouvelables. Depuis 1995, le site est équipé d’une chaudière bois, alimentée par les chutes de l’usine. Cette chaudière permet de chauffer les bureaux ainsi que les ateliers. En 2022, une nouvelle chaudière, encore plus performante, a été installée. L’usine est également équipée de 860 m² de panneaux photovoltaïques depuis 2021. Ces systèmes énergétiques ont ainsi permis d’augmenter fortement l’autonomie du site. « Afin de compléter ce travail, nous lancerons en 2023 un programme pour compenser l’achat d'électricité verte », annonce Didier Deman.
 

Limiter la surconsommation des ressources

L’usine VKR est également pionnière sur l’enjeu de la surconsommation des ressources. Elle travaille sur l’approvisionnement en ressources viables, l’optimisation des quantités nécessaires lors de la conception ainsi que la valorisation des déchets.

 L’impact environnemental de nos produits est pris en compte dès leur conception, explique Didier Deman.
Nous rationalisons autant que possible la matière première, notamment le bois. De plus, nous effectuons un suivi des différentes étapes de production pour s’assurer que nos fenêtres répondent bien aux exigences de performances réglementaires et environnementales

L’usine veille également à la provenance des matériaux utilisés. Depuis plus de 15 ans, comme les autres sites du groupe VELUX, elle s’approvisionne en bois certifié PEFC/FSC, majoritairement originaire des Landes pour l’usine française.

Enfin, l’usine mène une stratégie de valorisation des déchets ambitieuse. Plus de 97% des déchets issus de la production sont recyclés. « Nous effectuons un tri très précis de chaque matériau », précise Didier Deman. « Nous espérons tendre bientôt vers 100% de valorisation ». VKR travaille notamment sur les matériaux suivants :

  • Le bois. L’usine a développé diverses solutions pour valoriser ce type de déchets, en interne et en externe. Ainsi, les chutes des ateliers sont utilisées pour le chauffage de l’usine et pour alimenter en énergie les procédés de séchage des bois et des peintures. De plus, des partenariats ont été développés pour que d’autres structures puissent bénéficier de ce type de déchets. « Par exemple, au niveau local, notre bois est utilisé pour de la litière animale ou pour des bûches compressées », explique Didier Deman.
  • La peinture. VKR a investi en 2020 dans des nouvelles cabines de peinture pour limiter la surconsommation. Ces dernières sont équipées d’un système de récupération, filtrage et recyclage de la laque ainsi que de l’excès de peinture. Le nettoyage des cabines est effectué à sec, afin d’éviter de générer des eaux souillées.
  • L’aluminium. Toutes les chutes d'aluminium sont valorisées. Elles sont classées par l’usine en fonction de leur degré de pureté. L’aluminium de première classe, qui représente plus de 90% des chutes, est envoyé chez un prestataire de la région parisienne pour être refondu en lingot et entre de nouveau dans le processus de réalisation d’aluminium. Les 10% restants sont valorisés notamment en tant que produit de revêtement routier.

 

Intégrer les collaborateurs

L’usine a veillé à impliquer ses collaborateurs tout au long de la démarche. Le personnel a ainsi pu bénéficier de formations sur les consommations énergétiques et le respect de l’environnement.

De plus, VKR a mis en place un concours pour inviter les collaborateurs à proposer des actions : « nous organisons ce concours depuis 2006 », détaille Didier Deman. « Les employés peuvent soumettre tous les projets qu’ils souhaitent. Chaque mois, le jury récompense les trois meilleures actions. Un prix annuel est décerné au secteur de l’usine avec le plus d’actions sur l’année. Nous célébrerons notre 10 000ème action en 2022 ».

Au-delà des employés, l’usine sensibilise également ses fournisseurs et transporteurs. « Par exemple, nous veillons à bien remplir les camions qui partent du site. Nous jouons sur l’équation poids/volume pour optimiser la consommation de carburant », précise Didier Deman.


Massifier la transition des sites industriels

Une expérience inspirante pour le secteur de la construction…

Le travail mené à VKR peut servir de modèle à de nombreuses autres usines du secteur du bâtiment. « Notre stratégie peut tout à fait être une source d’inspiration pour d’autres sites », confirme Didier Deman, « que ce soit pour les usines du groupe VELUX ou pour d’autres usines dans des domaines variés ». Les industries de la construction peuvent notamment s’appuyer sur les possibilités de valorisation des déchets de bois, aluminium et de peinture explorées par VKR, s’inscrivant ainsi dans l’économie circulaire. Cela est d’autant plus important que les attentes environnementales des clients du secteur sont de plus en plus exigeantes.

… et pour le tissu industriel français

L’expérience de VKR montre qu’il est possible d’améliorer les performances environnementales et carbone d’une usine sans pour autant impacter la capacité de production. « Le travail mené sur la consommation énergétique et la décarbonation du site peut tout à fait être appliqué à d’autres usines, dans des secteurs différents. Notre méthode d’intégration des collaborateurs également », affirme Didier Deman. « Les entreprises gagneraient fortement à s’engager dans la transition : cela permet d’améliorer sa performance et son attractivité tout en étant plus vertueux ».

Propos recueillis par Construction21 - La Rédaction


 

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