[REX] Sant Antoni : la rue verte et pacifiée qui inspire Barcelone 

La ville de Barcelone soutient l’implantation de « superblocks » sur son territoire depuis 2016. Chaque « superblock » comprend trois îlots de bâtiments sur trois autres. À l’intérieur de ces espaces urbains, la priorité est piétonne, la mobilité apaisée et la végétalisation plus présente. Installé dans un quartier populaire, le projet pilote de « superblock » de Poblenou a pourtant suscité de vives critiques à son lancement, notamment sur son manque de processus de participation du public lors de sa phase de conception. 

Un an plus tard, la municipalité lance la concertation publique pour créer un « axe vert » - la génération 2 des « superblock » - dans le quartier de Sant Antoni. Les travaux s’achèvent en 2019, et une évaluation du projet est menée auprès de ses habitants en 2021. Le projet permet de gagner 29 000 m² sur l’espace public. Fin 2020, la mairie de Barcelone annonce 21 nouveaux axes verts, et 21 places, tous implantés dans le district d’Eixample. Pour quatre projets, les travaux débutent cet été.

Sur l’axe vert de Sant Antoni, quartier central situé dans le district d’Eixample, la vitesse est limitée à 10km/h pour tous les véhicules. Les voitures sont autorisées, mais doivent partager la voie.  

Cette superposition de mobilités pose régulièrement quelques conflits, notamment entre voitures et piétons : « il y a eu des problèmes de cohabitation, par manque de respect des normes par certains véhicules, mais aussi par manque de signalétique et d’information » selon Julia Goula Mejón, Architecte associée de l’agence Equal Saree. Des efforts sur la signalétique sont prévus dans les futures rues vertes de Barcelone prévues en 2022. 

Pour ralentir le rythme de la rue, les concepteurs du projet ont aussi dû se projeter à l’échelle du quartier, voire de la ville. « Il a été essentiel de travailler en même temps sur les plans de circulation de transports en commun, des deux-roues, des voitures et des piétons sur l’ensemble du district de l’Eixample » explique Ariadna Miquel, Directrice de la Stratégie Urbaine du bureau du Chef Architecte de la mairie de Barcelone, « nous avons fait concilier la vision de la mairie et le réseau de transport de la ville. Les rues vertes sont un élément, un maillon, de cette infrastructure ». 

Un projet en commun 

Les leçons ont été tirées de Poblenou.  Pour le projet de Sant Antoni, la mairie de Barcelone a tout misé sur une forte implication des citoyens. Ils sont sollicités dès le départ grâce à un groupe de 40 représentants des associations et commerçants de la rue. Durant les 14 mois de concertation publique, le groupe dit « impulsor » a réévalué avec la mairie les contours du projet, avant d’aller le présenter aux habitants. « Ces représentants nous ont aidés à expliquer notre travail », se souvient Ariadna Miquel, « ce sont eux qui sont allés à la rencontre des habitants, qui ont expliqué nos décisions et cela nous a fortement aidé ». 

Au cours des assemblées ou des ateliers de travail en plus petits groupes le projet évolue. « Grâce au processus de participation il a par exemple été décidé au consensus de ne pas changer le sens de circulation des rues car les gens ne comprenaient pas ces changements de mobilité » témoigne Ariadna Miquel, « nous avons diminué l’ambition de notre projet, mais il est devenu possible. »  

Pour Julia Goula Mejón : « le projet de Sant Antoni est extrêmement intéressant parce qu’il est arrivé au stade de l’évaluation. » Et d’autant plus, « après avoir fait l’objet d’une participation citoyenne dès le début et pendant tout le processus de conception avec des séances avec les voisins et les voisines ».  

Une « perception positive » 

« En tant qu’agence d’architecte, nous avons animé des séances d’évaluation. C’était à peu près un an après les travaux et c’était extrêmement intéressant de partager les perceptions positives des voisins, voisines du quartier » raconte Julia Goula Mejón. 

Parmi les bénéfices cités par les voisins et les voisines, « ils aiment la rue apaisée et la perception de sécurité augmente parce qu’il y a beaucoup plus de vie dans la rue à des heures différentes, et le fait qu’il y ait moins de voiture améliore la visibilité. Une sorte de surveillance informelle s’installe du fait qu’il y ait toujours du monde dans la rue. » Des sorties entre femmes ont également été organisées pour explorer les questions et incidences liées au genre. 

Du mobilier au service des nouveaux usages 

Le mobilier urbain permanent de Sant Antoni a fait grimper la facture pour la mairie de Barcelone, qui a dépensé au total 7 millions d’euros pour le projet. Soit bien plus que sur le superblock de Poblenou, uniquement conçu avec du mobilier urbain provisoire. A Sant Antoni, la rue est divisée en deux parties, l’une avec du mobilier permanent, l’autre avec du mobilier provisoire, facilement démontable et destinée à créer de nouveaux usages pour les passants et les habitants, un urbanisme qualifié de « tactique ».

Dans la première partie de la rue verte, le mobilier urbain est plus classique. Les bancs, par exemple, sont les mêmes que dans le reste de la ville. Dans sa partie tactique, le mobilier est plus innovant, plus inclusif. Des marquages au sol donnent de la couleur à la rue, dessinent des jeux pour les enfants, toujours suivant l’objectif de faire émerger de nouvelles façons de « vivre » la rue. « On est plus libre dans la partie tactique. Depuis que nous avons installés des tables avec jeux d’échec, tous les après-midis des habitants de la ville se donnent rendez-vous pour jouer », rapporte Ariadna Miquel. 

La « rue des classes » 

Située en plein cœur touristique de Barcelone, la rue verte de Sant Antoni est souvent accusée d’encourager la gentrification du quartier. « Quand on améliore l’espace public, c’est clair qu’il y a le risque de gentrification, c’est pour cela que les projets doivent être conçus avec une véritable politique du logement social en soutien. Comme il est devenu particulièrement attractif pour les restaurants et les bars de s’installer dans une rue pacifiée à Sant Antoni, nous avons interdit toute implantation de nouveaux commerces dans le plan d’usage de la rue » précise Ariadna Miquel, Directrice de la Stratégie Urbaine du bureau du Chef Architecte de la mairie de Barcelone. 

Autre risque mis en avant : celui de créer des rues de première classe qui en profiteraient au maximum et des rues de deuxième classe qui en subiraient les préjudices, en concentrant plus de mouvements de véhicules, de stockage de déchet et des conséquences sur la qualité de l’air.

Pourtant durant les séances d’évaluation un an après le lancement du projet, « les voisins et les voisines ont certes exprimé du mécontentement, mais ils sont également très heureux d’avoir accès à un espace apaisé, lieu convivial et de vie, juste à côté de chez eux. Dans la future conception des nouveaux axes verts, il sera déterminant de prendre en compte le périmètre du projet urbain pour ne pas y reporter tous les problèmes » prévient Julia Goula Mejón, Architecte associée de l’agence Equal Saree.

Une question de participation ! 

Le concept de superblock ou d’axes verts pourraient facilement s’exporter selon Ariadna Miquel : « Je les perçois comme un outil flexible et adaptable à différents tissus urbains et sociaux. Tout est possible en étudiant le territoire, et surtout en construisant le projet avec ses habitants et ses parties prenantes. Nous avons été régulièrement présents directement dans la rue pour expliquer le projet de Sant Antoni et inviter les passants à se joindre aux réunions, et une des clés à retenir de cette expérience est l’importance de pouvoir compter sur des citoyens engagés pour faire vivre le projet. » 

Prochaines étapes à Barcelone ? Fin 2020, la Mairie a présenté 21 nouvelles places et 21 nouvelles rues vertes à venir dans le district d’Eixample. Quatre de ces rues vertes ont fait l’objet d’appels à contribution remportés par des équipes composées d’habitants, d’entrepreneurs et d’agences d’architectures locales et internationales. Leurs travaux débuteront durant l’été 2022. Pour Ariadna Miquel, « Sant Antoni a été l’expérience pilote des axes verts et servira pour proposer de végétation, de mieux travailler avec le sol, d’avoir plus d’ombres et plus d’usages grâce au mobilier urbain dans les prochaines rues apaisées ». 

En parallèle, la Mairie a également lancé un processus participatif pour repenser et redéfinir le plan d’usage d’Eixample, le quartier qui accueillera ces prochains axes verts. 


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