Réunir l'offre et la demande du réemploi c'est possible avec le numérique


La transition numérique du secteur du bâtiment est en route – y compris sur les sujets d’économie circulaire ! Il y a un an, le Booster du Réemploi lançait sa plateforme numérique Looping, afin de faciliter les échanges entre acteurs sur le réemploi des matériaux. Les outils numériques offrent aujourd’hui de nombreuses opportunités au secteur du réemploi : identification des matériaux, facilitation des échanges entre les acteurs, réduction du temps de sourcing, etc. A condition de ne pas en faire une fin en soi.

Lancé par Groupama Immobilier en septembre 2020, le Booster du réemploi vise à encourager et soutenir la demande en matériaux de réemploi. En effet, malgré le développement des pratiques de déconstruction sélective des bâtiments et la réalisation de diagnostics ressources, cette dernière est encore timide. Ainsi, de nombreux éléments qui pourraient pourtant avoir une seconde vie finissent bien souvent à la décharge. Le Booster s’est donc fixé comme mission de développer la demande afin de massifier le réemploi. Cette évolution s’incarne par l’engagement des maîtres d’ouvrage en tant que prescripteurs sur les opérations immobilières.

Le programme est à présent porté par le cabinet de conseil A4MT (Action for Market Transformation), et a pour objectif d’engager et d’accompagner le plus de maîtres d’ouvrage possible sur un délai de trois ans. « Nous sommes convaincus que si au moins 15% du secteur se met en mouvement, le reste suivra », explique Elisabeth Trofimoff, Cheffe de projet Booster du Réemploi chez A4MT. « Le Booster suit plus de 150 projets par an. Nous proposons à ces maîtres d’ouvrages des partages de retours d’expérience, des échanges de connaissances, une session mensuelle de coaching collectif sur le réemploi, etc. »


La plateforme Looping, outil phare du Booster du réemploi


Afin de mener à bien sa mission, le Booster du réemploi a lancé lors de l’été 2021 la plateforme Looping. Il s’agit d’un outil d’expression de la demande, à travers lequel les maîtres d’ouvrages peuvent formuler leurs besoins en matériaux de réemploi. Les fournisseurs peuvent ensuite leur répondre, en proposant les produits de réemploi dont ils disposent. « Looping est un outil assez inédit », affirme Elisabeth Trofimoff. « On compte beaucoup de plateformes d’offre où les fournisseurs indiquent les matériaux qu’ils ont à disposition, mais très peu de plateformes de demande. Les quelques-unes qui existent sont surtout internes à des groupes. Notre objectif était de ne pas empiéter sur le terrain d’autres dispositifs. »

L’objectif de la plateforme est de donner de la visibilité et de la prévisibilité à la demande en réemploi. Cela permet d’anticiper le sourcing des matériaux et de faciliter la mise en relation entre offreurs et demandeurs. « Cette plateforme donne la possibilité de faire passer un message au marché (aux offreurs de matériaux notamment), en montrant l’état actuel des besoins des maîtres d’ouvrage », détaille Zélie Perrin, Responsable Communication et Chargée de projet Booster du Réemploi chez A4MT. « Elle permet également à ces derniers au regard des offres de matériaux qu’ils reçoivent de prendre conscience de la nécessité éventuelle d’adapter leur demande. Les acteurs de l’offre et de la demande doivent apprendre à discuter entre eux et à comprendre les intérêts des uns et des autres. Nous souhaitons que Looping favorise ces échanges. »

Afin de poster leur demande sur la plateforme, les maîtres d’ouvrage doivent adhérer aux Booster. Ils pourront ensuite donner à leurs équipes projets l’accès à Looping. Les fournisseurs, de leur côté, n’ont pas besoin d’être adhérents pour répondre aux demandes des maîtres d’ouvrage : tout professionnel, offreur de matériaux de réemploi peut faire une offre.
 

Un outil salué par les utilisateurs


Depuis un an, la plateforme Looping a réuni environ 500 utilisateurs, à la fois du côté des maîtres d’ouvrage (bailleurs sociaux, privés, collectivités, etc.) et des fournisseurs. Plus de 500 demandes de matériaux ont été postées, ainsi que 300 offres en réponse. « La plateforme se met en route, nous sommes de plus en plus contactés par des acteurs du secteur », témoigne Zélie Perrin.

Bien qu’il soit trop tôt pour faire un bilan détaillé, les équipes d’A4MT ont déjà reçu de multiples retours sur la prise en main ainsi que sur les fonctionnalités de la plateforme. « Les utilisateurs nous ont fait remonter que Looping est un outil simple et instinctif, c’est donc un objectif atteint pour nous », détaille Elisabeth Trofimoff. « Nous avons également eu des demandes pour élaborer certaines fonctionnalités de la plateforme, notamment pour permettre de poster des demandes et des offres de manière plus rapide. Nous envisageons donc prochainement de développer des fonctionnalités pour fluidifier l’utilisation de Looping ».

 

Le numérique pour accélérer le réemploi


Zélie Perrin et Elisabeth Trofimoff sont unanimes : le numérique est un allié de poids pour le réemploi. Le développement de la filière ne pourra se faire sans les outils digitaux. En effet, le numérique permet de répondre à trois enjeux centraux du réemploi :

  • La gestion de la données et la traçabilité. « Le réemploi est plus facile à mettre en place quand les acteurs savent d’où vient le matériau, qui l’a déposé, comment, etc. », constate Elisabeth Trofimoff. « Or, le numérique permet le stockage et la transmission de ces informations. »
  • Le changement des pratiques. Il n’est pas toujours évident pour les acteurs du bâtiment de changer leurs habitudes de travail, surtout quand ils suivent des plannings serrés. En facilitant les échanges et le sourcing, le numérique permet de faciliter ce changement.
  • La réalisation du diagnostic ressources. Il s’agit d’une étape indispensable au réemploi, qui permet d’identifier les matériaux disponibles dans des bâtiments. « Bon nombre d’outils digitaux permettent la numérisation totale de bâtiments et de parcs immobiliers. Les propriétaires de ces biens peuvent ainsi savoir où sont situés les matériaux, en quelle quantité, quelles sont leurs performances, etc. C’est essentiel pour évaluer les possibilités de réemploi. » affirme Zélie Perrin.

La plateforme Looping illustre bien comment le numérique peut aider à développer le réemploi. D’ailleurs, A4MT soulève l’importance d’une future connexion entre Looping et les autres outils numériques de l'écosystème du réemploi. « Les interfaces de programmation d’application (API) permettent à des plateformes de dialoguer entre elles et cela facilite les échanges d’information entre les différents acteurs. A terme, ce type de développement devra être envisagé » explique Zélie Perrin. Le développement de ce type d’API devrait contribuer à mieux connecter les outils et à centraliser les informations autour des matériaux de réemploi.

 

Ne pas faire du numérique une fin en soi


Bien que le numérique soit un allié essentiel du réemploi, Elisabeth Trofimoff nous met en garde : il ne doit pas être une fin en soi pour autant. « Le digital n’est pas encore un automatisme dans le secteur de la construction, il ne se suffit pas à lui-même, et nombreux sont ceux qui sont loin d’utiliser ce type d’outil au quotidien. Or, il est important d’intégrer tous les acteurs du bâtiment dans les démarches de réemploi. » Zélie Perrin acquiesce : « le numérique peut aider le réemploi, faciliter, donner de la visibilité, c’est certain. Cependant, il ne peut pas se substituer à un accompagnement humain, ni aux habitudes de prise de contact et de communication entre les acteurs. Par exemple, certains maîtres d’ouvrage préfèreront appeler directement un fournisseur qu’ils connaissent plutôt que de passer par une plateforme. Il faut s’assurer de toucher tout le monde, avec ou sans numérique ! »

Aujourd’hui, le réemploi est avant tout une conduite du changement à mener, c’est-à-dire qu’il faut accompagner les acteurs du bâtiment vers cette nouvelle manière de construire, rénover et concevoir. Cela passe par de la formation, de la sensibilisation, du test and learn, des retours d’expériences et bien d’autres outils encore. Le numérique a évidemment son rôle à jouer, mais ne peut être le seul levier. 

Zélie Perrin et Elisabeth Trofimoff insistent sur l’importance de toucher tous les acteurs de la chaîne, notamment les artisans, ainsi que les assureurs, qui manquent encore de confiance dans la performance des matériaux de réemploi. « Nous avons également besoin d’avoir des filières de réemploi de plus en plus structurées et organisées pour répondre à la demande croissante des maîtres d'ouvrage », conclut Elisabeth Trofimoff. « La sensibilisation des acteurs est essentielle pour massifier le réemploi. Par exemple, un pas de plus des assureurs vers le réemploi permettrait de rassurer toute la chaîne derrière. »

Un article signé par Zélie Perrin du Booster du Réemploi et par Elisabeth Trofimoff d'A4MT. Propos recueillis par Manon Salé (Rédactrice web). 


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Auteur de la page

  • Zélie Perrin

    Community Manager / Chargée de projet Booster du Réemploi

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