Répondre à l’impact psychologique du travail avec des robots de construction

Répondre à l’impact psychologique du travail avec des robots de construction


La robotique jouera un rôle de plus en plus important dans la réalisation des projets de construction. Les robots de construction offrent une solution aux pénuries de main-d'œuvre, aux inefficacités et aux problèmes de sécurité du secteur. Les robots ne relèvent plus seulement de la science-fiction, ils sont déjà largement utilisés dans l'agriculture, l'industrie et la logistique. Et aujourd'hui, le secteur de la construction développe l'ouverture et l'écosystème technologique nécessaires pour permettre leur utilisation généralisée sur les chantiers. Mais le déploiement de robots sur les chantiers de construction soulève des questions pratiques concernant leurs interactions avec les humains et les flux de travail.

Alors que cette première vague de robots se diffuse sur les chantiers, les premiers utilisateurs de cette technologie s’efforcent de trouver des réponses à ces questions. Voici ce qu’il faut attendre de la robotique sur les chantiers de construction.

L’état de la robotique dans le secteur de la construction

L’usage de la robotique dans le secteur de la construction n’est pas totalement nouveau. C’est au Japon que l’on doit le développement des premiers robots de construction utilisés pour la fabrication de maisons modulaires à la fin des années 1970 et dans les années 1980. Au fil du temps, le secteur japonais de la construction a commencé aussi à mobiliser des robots sur ses chantiers pour y effectuer des tâches comme l’ignifugation et la peinture. Aujourd’hui, les robots accomplissent toute une série de tâches sur les chantiers, allant du balayage laser à la projection de béton en passant par des tâches spécialisées comme le maçonnage et le soudage.

Malgré les progrès réalisés au Japon, la plupart des autres pays ont été lents à adopter ce type de robots. Or, aujourd’hui, plusieurs facteurs essentiels se conjuguent pour favoriser le changement, à commencer par les niveaux de productivité historiquement stagnants du secteur du bâtiment. En Allemagne, les niveaux de croissance de la productivité du secteur ont traditionnellement stagné depuis les années 1990, un recul ayant même été enregistré pendant plusieurs années au cours des deux dernières décennies.

Ce secteur est depuis longtemps confronté à des problèmes de pénuries de main d’œuvre. Mais contrairement à certaines idées reçues, les robots ne devraient pas de supprimer les emplois de ce secteur. Au contraire, puisqu’ils se chargeront des tâches fastidieuses, répétitives et dangereuses afin que les ouvriers puissent se consacrer à élargir leurs compétences, ce qui changera au final la nature du travail de cette branche d’activité. À mesure que l’adoption de la technologie s’accélère, la robotique deviendra de plus en plus courante en raison de son potentiel en matière de travail, de productivité et de réduction des coûts.

Perceptions du travail avec des robots

Le déploiement de robots sur les chantiers de construction soulève des questions pratiques sur la façon dont les humains réagiront face à eux. La perception la plus courante de la robotique est qu’elle détruira les emplois des travailleurs humains. Dans une étude du Journal of Technology in Behavioral Science consacrée aux salariés de différentes branches(1), les personnes interrogées se montrent extrêmement préoccupées par le fait que la robotique et l’automatisation les rendraient obsolètes. C’est un sentiment compréhensible puisque les robots sont largement vantés pour leur capacité à accomplir des tâches dangereuses ou indésirables.

Toutefois, de nouvelles recherches révèlent que les perspectives concernant les robots sont un peu plus nuancées. La manière dont les robots sont déployés peut avoir un impact sur la perception des salariés. Selon une étude publiée dans l’International Journal of Social Robotics(2), l’attitude envers les robots est plus favorable lorsque le robot est perçu comme un équipement plutôt que comme un collègue. La principale différence entre un robot considéré comme un équipement ou comme un collaborateur est son niveau d’autonomie. Les robots entièrement autonomes sont considérés comme des collègues, tandis que ceux semi-autonomes sont considérés comme des équipements.

Les auteurs du rapport suggèrent que cela a quelque chose à voir avec la façon dont nous interprétons le comportement des robots. Nous sommes peut-être plus enclins à considérer les robots entièrement autonomes comme des entités rationnelles qui font des choix sur la base d’un ensemble de désirs ou de croyances. D’un autre côté, on peut considérer les robots semi-autonomes comme des machines qui exécutent certaines fonctions à partir de l’intervention humaine, comme une voiture qui accélère lorsqu’on appuie sur la pédale d’accélérateur. Lorsque votre pied appuie sur l’accélérateur, votre voiture ne prend aucune décision ; elle déclenche simplement une série de mécanismes qui augmentent la vitesse. Cette distinction entre les niveaux d’autonomie renvoie à la crainte de voir les robots prendre les emplois humains. Ce n’est pas une raison pour éviter d’utiliser des robots entièrement autonomes, mais c’est un élément dont les entreprises doivent être conscientes lorsqu’elles déploient la robotique au sein de leurs équipes.

L’auto-efficacité technologique

Autre facteur déterminant la propension à travailler avec des robots : l’auto-efficacité technologique. En clair, l’auto-efficacité est la croyance d’un individu en son aptitude à accomplir des tâches pour atteindre un objectif particulier. Les employés ayant un niveau d’auto-efficacité plus élevé, notamment en ce qui concerne l’utilisation des robots, sont plus susceptibles d’adopter une attitude d’acceptation envers la robotique. Pour développer cette auto-efficacité, il faut qu’ils soient en contact avec cette technologie.

Ces résultats s’alignent sur ceux du rapport du Journal of Technology in Behavioral Science. Les salariés font état de niveaux de satisfaction professionnelle plus élevés lorsqu’ils ont la possibilité d’utiliser de nouvelles technologies pour effectuer des tâches plus complexes. Ces résultats permettent d’indiquer la voie à suivre aux entreprises désireuses d’intégrer la robotique dans leurs méthodes de travail. Mettre les ouvriers du bâtiment en contact avec les robots et utiliser ces derniers pour améliorer leurs compétences peut contribuer à atténuer certaines des craintes liées au travail avec des technologies autonomes.

Bien intégrer la robotique dans les processus de construction

Que signifient ces résultats pour le secteur de la construction ? Les entreprises des secteurs de l’architecture, de l’ingénierie et du bâtiment qui réussissent à tirer profit des robots pour améliorer les compétences de leurs salariés sont plus susceptibles d’adopter une attitude positive à l’égard de la robotique. Par rapport à d’autres secteurs, celui de la construction a historiquement moins investi dans l’amélioration des compétences de ses collaborateurs(3). Le déploiement de robots de construction peut être le catalyseur qui permettra à de nombreuses entreprises de renforcer la formation et d’aider leurs salariés (et elles-mêmes) à conserver leur importance au fur et à mesure de l’évolution du secteur.

Développer les aptitudes des ouvriers du bâtiment grâce à de nouvelles méthodes de travail

À mesure que des questions importantes telles que le développement durable et la hausse des coûts deviennent plus pressantes, les ouvriers du bâtiment peuvent se consacrer à la recherche de solutions au lieu d’effectuer des tâches manuelles, répétitives et fastidieuses. La robotique peut jouer un rôle important en leur libérant du temps et en les aidant à trouver des solutions aux problèmes auxquels ils sont confrontés.

En définissant les bonnes méthodes de travail, ils pourront voir comment leur travail évolue sans être mis au chômage par la robotique. Par exemple, les robots peuvent servir à effectuer des tâches de balayage laser sur les chantiers. Trimble a co-développé une solution basée sur la plateforme de robot quadrupède Spot de Boston Dynamics. Ce robot se déplace sur le site pour effectuer un balayage afin de générer un nuage de points entièrement enregistré auquel les équipes présentes sur le chantier peuvent avoir immédiatement accès. Ces données permettent d’effectuer des visualisations et des analyses sur le terrain, telles que des comparaisons entre scans et modèles et la gestion des stocks. Le robot peut également partager l’information avec l’ensemble de l’équipe de projet via le cloud afin de pouvoir effectuer des travaux de validation de la conception. Il s’agit d’un niveau d’accès aux données sans précédent, qui ouvre de nouvelles possibilités aux équipes de construction. Pour David Burczyk, responsable de la robotique pour le secteur de la construction chez Trimble Construction Field Solutions, « les utilisateurs de robots génèrent des données dont ils n’ont jamais vraiment disposé auparavant. L’accès à ces niveaux de disponibilité de données sans précédent ouvre la voie à de nouvelles idées et à de nouvelles méthodes de travail. Quel type de données saisir ? À quelle fréquence ? Et ensuite, que faire en premier lieu avec ces données ? »

Grâce à ces meilleures données, les équipes peuvent accroître la prévisibilité sur le chantier en améliorant les examens de conception, la planification des matériaux et l’ordonnancement, ainsi qu’en réduisant les reprises. Non seulement ces capacités améliorées rendent les équipes plus efficaces, mais elles aident également les ouvriers à conserver un sentiment de pertinence à mesure que les outils du métier évoluent.

Instaurer la confiance dans la robotique de construction

Au fur et à mesure que l’adoption de la robotique se développe, il est important de cultiver un sentiment de confiance parmi les employés, surtout avec les robots entièrement autonomes. Le contact avec les robots est essentiel pour atteindre cet objectif et développer l’auto-efficacité de l’usage de la robotique. Lorsque les salariés estiment comprendre les raisons du déploiement du robot et les tâches réelles qu’il accomplira, cela peut contribuer à éliminer toute méfiance de leur part. L’apprentissage virtuel peut aider les entreprises de secteur de la construction à mettre leurs salariés en contact avec la technologie autonome sans avoir à déployer en masse des robots pour la formation, une voie explorée par des chercheurs de l’université de Californie du Sud(4). Les fournisseurs de technologies et les premiers utilisateurs peuvent également collaborer pour définir des bonnes pratiques en matière d’interaction entre l’homme et le robot. La transparence sur les réussites et les échecs peut contribuer à apaiser les craintes des ouvriers à l’égard du travail avec des robots.

Les plus jeunes et plus compétents sur le plan technologique sont plus susceptibles d’accepter de travailler avec des robots. En fait, cela peut être un bon point. Une écrasante majorité des jeunes salariés(5) —70 %— interrogés par Deloitte Consulting déclarent qu’il leur manque au moins certaines des compétences requises pour ne pas se laisser distancer face aux progrès technologiques. Les entreprises du bâtiment à même d’offrir un accès à des technologies innovantes comme la robotique se démarqueront auprès des jeunes férus de technologie. Et les chefs d’entreprise bénéficieront de l’aisance et de la confiance de ces salariés dans leur capacité à utiliser la robotique pour effectuer des tâches complexes.

Formation et sensibilisation à la sécurité

Les robots de construction font l’objet de tests approfondis avant d’être déployés sur les chantiers, et les progrès de la technologie de détection des mouvements leur permettent de travailler de manière autonome sans accident ni chute. Si les robots améliorent généralement la sécurité des ouvriers, les équipes de chantier doivent néanmoins savoir comment éviter les dangers et repérer les dysfonctionnements, et ce qu’il faut faire en cas d’urgence (comme actionner l’interrupteur d’arrêt d’urgence). Cette formation contribue à leur donner un sentiment de maîtrise.

Cela dit, les robots fonctionnent de manière prévisible, car leur itinéraire est programmé et leur zone d’intervention est délimitée. L’imprévisibilité entre en jeu lorsque les humains et les robots interagissent. Par exemple, les ouvriers peuvent être distraits par la nouveauté que représentent les robots et vouloir les regarder travailler. Toute personne travaillant sur le même chantier que des robots - des sous-traitants aux chefs de projet - doit être formée à la prévention des accidents dus aux distractions.

Préparer les ouvriers du bâtiment à l’avenir de la technologie de construction autonome

C’est une période passionnante pour le secteur de la construction. Si l’adoption de la robotique n’en est qu’à ses débuts, les étoiles s’alignent pour créer un point de basculement. Même à ce stade, il semble que les craintes d’obsolescence des emplois ne soient pas totalement fondées, puisque le bâtiment souffre depuis longtemps d’une pénurie de main-d'œuvre. Alors que l’adoption de la robotique continue de se développer, cette filière a tout à gagner des capacités en matière de productivité et de données qu’elle offre. 

Il est essentiel d’affiner la relation entre les robots et les humains pour favoriser des attitudes positives à l’égard de la robotique au travail. Les salariés doivent avoir le sentiment que leur emploi évolue au même rythme que la technologie et qu’il n’est pas supprimé à cause d’elle. En les mettant en contact avec des robots de construction et en développant des méthodes de travail homme-robot collaboratives, le secteur de la construction peut offrir des perspectives saines en matière de robotique et libérer la valeur qu’elle apporte.

  1. https://link.springer.com/article/10.1007/s41347-020-00153-8
  2. https://link.springer.com/article/10.1007/s12369-020-00743-9
  3. https://www.mckinsey.com/business-functions/operations/our-insights/the-impact-and-opportunities-of-automation-in-construction
  4. https://viterbischool.usc.edu/news/2020/10/building-trust-between-construction-workers-and-construction-robots/
  5. https://www2.deloitte.com/content/dam/Deloitte/global/Documents/About-Deloitte/deloitte-2019-millennial-survey.pdf

 

 

 

 

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