Repenser l’architecture à grande échelle avec le nouveau Bauhaus européen et le mouvement Unisson(s) 2/2

Rédigé par
Amandine Martinet - Construction21

Journaliste

1507 Dernière modification le 05/04/2023 - 14:35
Repenser l’architecture à grande échelle avec le nouveau Bauhaus européen et le mouvement Unisson(s) 2/2

 

L’impact environnemental de la conception de bâtiments n’est pas nécessairement une fatalité : plusieurs initiatives, en France mais aussi hors les frontières, ont vocation à provoquer la réflexion et ouvrir les discussions entre les parties prenantes du secteur pour changer les pratiques sur le long terme. Le New European Bauhaus (NEB) et le mouvement Unisson(s) pour une architecture bas carbone et du vivant en sont deux exemples éclairants : en quoi consistent-ils, et comment sont-ils liés ? Les réponses avec un entretien de deux de leurs représentants.   

Partie 2 : Un échange avec Adalbert Jahnz, porte-parole de la Commission européenne pour le Nouveau Bauhaus européen.

Construction21 : Comment est né le nouveau Bauhaus européen, et quels sont les principes de ce mouvement ? 

Adalbert Jahnz : Le nouveau Bauhaus européen est une initiative lancée par la Présidente von der Leyen en septembre 2020. C’est l'expression tangible du Pacte vert pour l’Europe qui consiste en un ensemble de mesures visant à engager l'UE sur la voie de la transition écologique, avec pour objectif ultime d’atteindre la neutralité climatique à l'horizon 2050. Le nouveau Bauhaus européen ajoute une dimension culturelle au Pacte vert pour l’Europe et accélère la transition écologique en étant porteur de changements sur le terrain. 

Le NEB associe trois valeurs indissociables d'esthétique, de durabilité et d'inclusion. Il ne se concentre donc pas simplement sur la beauté ou le nombre de kilowatts par heure. Et quand on parle d’inclusion, on parle également de diversité, d’égalité pour tous, d’accès, et de prix abordables. Il est par exemple important dans ce cadre que les régions rurales fassent partie intégrante du processus. 

Face à cet immense défi qu’est le changement climatique ainsi que la dégradation de l’environnement auxquels nous faisons face, le nouveau Bauhaus européen nous invite ainsi à repenser la durabilité comme quelque chose qui peut être beau et inclusif. 

Le nouveau Bauhaus européen travaille à plusieurs niveaux. Cela comprend l’architecture, l'urbanisme et les infrastructures, mais pas seulement. Nous travaillons aussi dans les domaines de la culture, de l'éducation et de la politique. Cela permet une approche pluridimensionnelle reflétant le changement sociétal nécessaire dans tous les domaines de notre vie quotidienne afin de trouver des solutions pour faire face au changement climatique.

 

Pourquoi le mouvement est-il essentiel aujourd’hui selon vous ? 

AJ : Depuis plus de 30 ans, les scientifiques nous disent que la planète ne peut plus supporter notre mode de vie actuel. Il est donc de notre responsabilité commune d’imaginer de nouvelles façons de vivre sans nuire davantage à notre environnement. Nous avons alors besoin d’un mouvement transformatif afin de réduire l’empreinte environnementale de notre mode de vie et de soutenir cette transformation d’une manière inclusive et ayant un sens au niveau culturel.  

Le nouveau Bauhaus européen montre qu’un changement n’est pas simplement nécessaire et possible, mais souhaité et stimulant pour notre qualité de vie. Et ce changement commence par la prise de conscience que la transition urgente vers une économie durable ne pourra se faire que si elle améliore réellement la vie des citoyens. 

Nous avons besoin d’un mouvement transformatif afin de réduire l’empreinte environnementale de notre mode de vie et de soutenir cette transformation d’une manière inclusive et ayant un sens au niveau culturel.  

Tout comme le Bauhaus historique était l’expression d’une nouvelle façon de penser qui correspondait à une nouvelle réalité, le nouveau Bauhaus européen vise donc à être une façon nouvelle et innovante de penser le monde et notre rôle dans celui-ci. Le Bauhaus historique utilisait et expérimentait le travail avec de nouveaux matériaux à l’époque – l’acier et le béton. Le nouveau Bauhaus Européen aspire à faire de même avec le bois et l’acier décarboné. En outre, le nouveau Bauhaus européen, tout comme le Bauhaus historique, veut bâtir des ponts vers les défis sociaux de notre époque, vers l’art et la culture ainsi qu’entre les cultures.

En soutenant des projets durables, le nouveau Bauhaus européen veut relier les citoyens, entreprises et institutions pour réimaginer un mode de vie durable en Europe. Le nouveau Bauhaus européen va donc au-delà d’une dimension purement architecturale mais souhaite accompagner un changement sociétal nécessaire.

 

A quel point le mouvement Unisson(s) est-il intégré dans le nouveau Bauhaus européen ? 

AJ : Nous connaissons le mouvement Unisson(s). En effet, l'Institut français pour la performance du bâtiment, qui est l’une des principales organisations derrière ce mouvement, est un partenaire du NEB. Le mouvement Unisson(s) est par ailleurs mentionné dans le rapport sur l’état d’avancement du NEB.

Pour l’instant, l’équipe du NEB n’est pas activement impliquée dans le mouvement. Ceci dit, durant la première moitié de l’année 2022, l’équipe NEB au sein de la Commission a rencontré les coordinateurs d’Unisson(s) afin de discuter des synergies entre l’initiative et le NEB et nous restons mobilisés pour poursuivre la coopération dès que nos partenaires le souhaitent. 

 

Pensez-vous que les architectes sont assez soucieux des questions environnementales ? Comment faire pour sensibiliser encore davantage ?

AJ : De nos jours, l’éducation des architectes dans les institutions de l’enseignement supérieur se concentre sur les thématiques telles que le design inclusif ou les maisons passives. Parmi les architectes de la Communauté NEB, il y a un grand intérêt pour les questions environnementales. Cependant, il y a pour l’instant considérablement moins de prise de conscience parmi les professionnels du secteur de la construction. 

En général, la sensibilisation du côté académique n’est donc pas le problème. Il s’agit plutôt d’avoir les moyens, les connaissances et les compétences pour la mise en œuvre dans les entreprises de construction. 

 

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En effet, durant la phase de co-design du NEB, il est apparu très clairement que le manque de compétences et de connaissances dans l’écosystème est un obstacle à cette transition mais également une opportunité pour accélérer les changements nécessaires. Du fait de ce manque d’information, les architectes et les ingénieurs sont souvent réticents à l’introduction de matériaux biosourcés. 

C’est dans cette optique de promouvoir et augmenter les compétences que réside la raison d’être de l’Académie NEB, laquelle s’inscrit dans le cadre de l’année européenne des compétences. Cela pour inciter à l’utilisation de matériaux biosourcés, des technologies numériques et une plus grande circularité. L’Académie NEB proposera à cet effet des formations sur la construction durable, la circularité et les matériaux biosourcés, en vue d'accélérer la transformation du secteur (source). L’Académie NEB offrira des formations en personne et en ligne pour l’écosystème de la construction.
 

Quels sont les autres projets 2023 du NEB ?

AJ : L’un des plus grands défis aujourd’hui est la reconstruction de l’Ukraine. Le NEB joue depuis le début un rôle important dans ces discussions.  
Comme première action pilote, le « Paper Partition System », une solution simple mais efficace pour accroître la confidentialité dans les centres qui accueillent temporairement des sans-abris, a été utilisé en Pologne, entre autres, ce qui a montré la force du réseau NEB.   

Nous venons de lancer, avec nos partenaires ukrainiens (Covenant of Mayors East, Ro3kvit, ReThink), un programme de renforcement des capacités pour les municipalités ukrainiennes afin de préparer la reconstruction. Côté ukrainien, l’intérêt a dépassé nos attentes : plus de 900 personnes se sont inscrites à notre premier module de formation dès son lancement. Ces activités et d'autres activités du NEB en Ukraine seront stimulées par une nouvelle initiative « Phoenix ». Dans l'immédiat, il développera et mettra à la disposition des villes ukrainiennes l'expertise de la communauté NEB. 

Il mettra également en réseau des villes ukrainiennes avec des villes partageant les mêmes idées dans l'UE afin d'échanger des expériences sur la voie de la neutralité climatique et d'une plus grande efficacité énergétique. Il combinera un financement de la mission Horizon Europe pour les villes climatiquement neutres et intelligentes et du programme LIFE, avec une mobilisation immédiate d'au moins 7 millions d'euros pour ces actions préparatoires. 

 

Pouvez-vous nous parler de l’édition 2023 des prix du nouveau Bauhaus européen ? 

AJ : Pour la troisième année consécutive, les prix du NEB récompenseront les idées de jeunes talents ainsi que les projets existants en faveur de la durabilité, de l'inclusion et de l'esthétique qui mettront le Pacte vert pour l'Europe à la portée des citoyens et des communautés locales. 

Dans le contexte de l'Année européenne des compétences, l'édition 2023 des prix NEB a choisi l'éducation comme thème central et sa couverture géographique s’étend aux pays des Balkans occidentaux, outre les États membres de l'UE.  

Cette année, nous avons environ 1 500 candidatures. Tous les finalistes seront invités à Bruxelles pour participer à la cérémonie de remise des prix. C’est donc également l’occasion pour les acteurs du secteur de se rencontrer et d’échanger et ainsi favoriser les synergies dans la communauté du NEB. 

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