Réemploi des matériaux : en Lorraine, les bailleurs sociaux montrent la voie

Réemploi des matériaux : en Lorraine, les bailleurs sociaux montrent la voie


Avec des parcs de logements construits hâtivement dans les années d’après-guerre, coûteux à entretenir et en perte d’attractivité, les bailleurs sociaux sont des maîtres d’ouvrage régulièrement condamnés à déconstruire. Si leurs déchets de chantier étaient jusqu’alors en partie recyclés, deux organismes, Vosgelis et l’OMh du Grand Nancy, passent aujourd’hui à la vitesse supérieure avec des opérations exemplaires. 

A cheval sur les communes de Nancy et Maxéville, le plateau de la Haye, l’une des plus anciennes cités Hlm de France caractérisée par ses immenses barres de logements, a fait l’objet d’une vaste opération de renouvellement urbain qui reprend cette année dans le cadre du NPRU. Au programme, la déconstruction de 424 logements et la restructuration lourde des 713 restants. Les deux immeubles concernés (le Cèdre Bleu et le Tilleul Argenté) ayant été réhabilités 15 ans auparavant, il allait de soi pour l’OMh du Grand Nancy de mettre le réemploi au cœur de son projet… dans une démarche de massification à grande échelle qui répond aux enjeux à la fois sociétaux, économiques et environnementaux du développement durable.

Un ancien centre commercial transformé en « maison du réemploi »   

Pour sceller le sort de ce gisement de 1257 logements, l’OMh a choisi de se faire accompagner par une AMO (Assistance à maîtrise d’ouvrage) en économie circulaire. Le bureau d’études AJir Environnement a donc réalisé un diagnostic d’opportunités. Sans surprise, ce diagnostic a fait du réemploi la pierre angulaire du projet. Le volume et la diversité des équipements ciblés et intégrés aux pièces du marché par la maîtrise d’œuvre (quelque 600 châssis de fenêtres, 300 baignoires, de l’appareillage électrique, des équipements sanitaires etc., voir liste en fin d’article), ont alors mis en évidence la nécessité de créer une filière du réemploi à l’échelle de la Métropole du Grand Nancy. Cette dernière a mis à disposition de l’OMh l’ancien centre commercial des Tamaris, une surface désaffectée de 2500 m². Ainsi est née la « Maison du Réemploi », située au cœur du quartier en face du Tilleul Argenté et gérée par une entreprise d’insertion.

« Décarboniser l’acte de construire »

C’est en effet Réciprocité, « employeur solidaire et inclusif » domicilié à Nancy, attributaire du lot « dépose et remise en état » du marché, qui récupère les équipements destinés au réemploi, les reconditionne et les met à disposition des entreprises chargées des travaux de réhabilitation. Quant au reste, c’est-à-dire les équipements non prévus au réemploi sur ce chantier, l’OMh finance leur dépose – toujours par Réciprocité – afin de les proposer à la revente aux professionnels comme aux particuliers, tout en s’en réservant quelques-uns pour de futures opérations de logements neufs.

Le contexte actuel des chaines d’approvisionnement et l’augmentation des couts de matériaux rend la démarche encore plus pertinente et viable, conclut Mathieu Collot, responsable de programmes à l’OMh du Grand Nancy ; mais au-delà des considérations financières, l’OMh du Grand Nancy souhaite avant tout participer à la création d’une filière pérenne du réemploi intégrant à la fois l’humain et le technique et contribuant à décarboniser l’acte de construire.

Recaractériser le bois : le défi de Vosgelis

Pendant ce temps, Faubourg de la Croisette à Remiremont, le bailleur social Vosgelis s’est lancé dans une aventure expérimentale où le bois   occupe le devant de la scène. Ancien étudiant de l’Enstib (Ecole nationale supérieure des technologies et industries du bois) et doctorant en alternance chez Vosgelis, Odran Lemaitre   s’est vu confier les études nécessaires au réemploi des matériaux dans le cadre de cette opération, à savoir la déconstruction de 3 bâtiments de 22 logements et la reconstruction d’un immeuble de 26 logements adaptés aux séniors ainsi que de locaux d’activité. 

Des outils et méthodes pour rendre l’expérience reconductible  

« Il a fallu commencer par faire un diagnostic ressources, c’est-à-dire répertorier l’ensemble des éléments constituant les bâtiments et leur attribuer l’une de ces 3 orientations : le réemploi, la réutilisation ou le recyclage, se souvient Odran ; et bien entendu réaliser l’analyse du cycle de vie des matériaux prévus au réemploi, en particulier les éléments structurels.   Les solives des anciens planchers deviendront ainsi des solives dans le nouveau bâtiment. Cela suppose la réalisation de tests : il s’agit en effet de recaractériser le bois afin d’obtenir des propriétés assimilables à celles d’un élément neuf. »

A ce jour, les tests ont rendu leur verdict : sur les 14 échantillons analysés en laboratoire, 8 ont été validés pour un réemploi sur site ; les autres trouveront d’autres utilisations telles que des bardages ou parements intérieurs. Nul doute que ce chantier servira de laboratoire pour des opérations futures. En particulier, la définition d’un panel d’outils méthodologiques et l’établissement d’un catalogue des filières locales du réemploi seront autant de ressources précieuses aux maîtres d’ouvrage qui succèderont à Vosgelis dans cette voie.

Des « tiny houses sociales » fabriquées avec les matériaux de déconstruction

Quant aux matériaux de déconstruction qui ne seront pas réemployés sur site, la plupart seront envoyés dans des ressourceries gérées par des structures d’insertion. Parmi celles-ci, l’association « Un toit pour toi », située à Neufchâteau dans les Vosges, a signé en 2021 une convention de partenariat avec Vosgelis pour pouvoir « faire son marché » sur les chantiers de déconstruction du bailleur. Sous l’impulsion de son président François-Régis Mougel, cette association a créé un concept de maisonnettes « 100% recyclées et recyclables », avec un premier prototype inauguré en 2019. Ces « tiny houses » d’environ 15 m² au sol et 4 m de hauteur, se destinent à des personnes sans domicile et en situation d’exclusion, qui participent elles-mêmes à la construction de leur futur logement. Difficile de trouver meilleur exemple des retombées positives du réemploi.

L’OMh du Grand Nancy

Implanté dans 15 communes de la Métropole du Grand Nancy, l’OMh gère 6 700 logements et s’impose comme la référence logement sur son territoire. Avec un patrimoine immobilier varié et une offre d’accession sociale à la propriété, l’OMh propose un véritable parcours de vie à ses clients tout en respectant sa mission de loger les publics et les plus fragiles. Partenaire proche et attentif des collectivités locales, l'OMh du Grand Nancy intervient également à leur demande dans des opérations d'aménagement et d'urbanisme. 

Le chantier du Plateau de la Haye : 
60 millions d’euros (dont 600.000 € pour le lot « dépose et remise en état » attribué à l’entreprise d’insertion Réciprocité) et 5 ans de travaux
1500 robinetteries, 650 baignoires, 1600 châssis PVC, 4km de gardes corps, 800 WC, 800 lavabos, 1000 boites à lettres, 5000 disjoncteurs, etc.

Vosgelis

Créé en 1919, Vosgelis est le premier OPH (Office public de l’habitat) de Lorraine avec un parc de 16.500 logements répartis dans 112 communes. Vosgelis loge près de 28.000 personnes, soit 8% de la population du département des Vosges. Acteur économique incontournable, Vosgelis emploie 215 salariés et mobilise plus de 800 fournisseurs avec 500 marchés par an. Certifié ISO 9001, ISO 14001 et labellisé Habitat Senior Services®, Vosgelis est engagé dans une démarche RSE validée par le label ISO 26000. Le projet d’entreprise de Vosgelis repose sur 3 priorités fondamentales : la satisfaction client, le bien-être des collaborateurs et l’engagement environnemental.

Le chantier de la Croisette à Remiremont :
Dossier en phase de finalisation – démarrage des travaux début 2023
Matériaux visés pour un réemploi ou une réutilisation (in-situ ou ex-situ) : 1600 m² de lames de parquets, 48 m3 de solives, 22 éviers inox, 19 lavabos, 12 lave-main, 75 radiateurs, 148 portes, 112 fenêtres.

Un article signé Bénédicte Vanderschaeve, directrice communication, Odran Lemaitre, doctorant et chargé d'opération chez Vosgelis, et Mathieu Collot, chargé d'opération chez OMh du Grand Nancy 


Article suivant : Structuration, outils et limites d’une démarche de conception associant remploi, réutilisation et mesure de la performance carbone


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  • Bénédicte Vanderschaeve

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