#12 - RE2020 et biométhane : une occasion ratée…

#12 - RE2020 et biométhane : une occasion ratée…

L'année 2022 a lancé officiellement la nouvelle RE2020, une réglementation qui dépasse l’isolation des bâtiments et les objectifs de réduction des consommations pour prendre également en compte leur impact carbone, aussi bien dans la phase construction que dans la phase exploitation.

Si Coénove se félicite que le carbone soit désormais reconnu comme un indicateur majeur dans cette nouvelle réglementation, la non-distinction entre gaz fossile et gaz renouvelable, en particulier biométhane, et de ce fait, la non-prise en compte de ce dernier, est regrettable.

Avec en effet un bilan très favorable en matière de réduction de gaz à effet de serre, comparable à celui des énergies renouvelables électriques, le biométhane, avec un contenu carbone de 23,4g CO2eq / kWh PCI seulement, répond pleinement aux seuils exigés dans cette nouvelle réglementation et a donc toute sa place dans le mix énergétique au même titre que les autres EnR pour la décarbonation du bâtiment.

Cette posture vis-à-vis du biométhane dans la RE2020 est également dommageable car elle prive la construction neuve d’une énergie décarbonée, stockable, parfaitement complémentaire de l’électricité renouvelable intermittente, avec, de plus, de multiples externalités positives sur le territoire insuffisamment reconnues : gestion des déchets, substitution des engrais chimiques, compléments de revenus pour les agriculteurs, création d’emplois locaux non délocalisables, …

De plus, compte tenu des faibles niveaux de consommation des logements neufs auxquels va conduire la RE2020, le besoin supplémentaire en biométhane va rester marginal, de l’ordre de 5 TWh en 2050, en prenant pour hypothèse un niveau raisonnable de 100 000 logements gaz/an, soit moitié moins qu’aujourd’hui, en moyenne pendant 30 ans.

Favoriser la prise en compte dans les projets neufs du biométhane, une EnR locale et bas carbone actuellement en plein développement au cœur des territoires, sera non seulement un levier de décarbonation mais également d’acceptabilité des projets.

Les gaz renouvelables, une filière pour décarboner le bâtiment, accélérer la souveraineté énergétique et préserver la résilience du système énergétique français.

Avec plus de 400 sites de méthanisation raccordés aux réseaux gaziers, la filière du biométhane a connu en moins de 10 ans un essor remarquable qui fait du gaz vert, la seule énergie renouvelable, à atteindre dès cette année les objectifs de 6 TWh fixés par la PPE pour 2023. Dès 2030, nous pourrions avoir au moins 20 % de gaz vert dans le réseau, produit exclusivement en France, soit, à titre indicatif, un niveau supérieur à la part du gaz russe dans nos importations (17%).

De plus, au-delà de la méthanisation, à moyen terme, de nouvelles technologies de production de gaz renouvelables, telles que la méthanation, la pyrogazéification et la production d’hydrogène, viendront renforcer le potentiel de décarbonation du mix énergétique en soutien de la production d’électricité renouvelable.

La filière des opérateurs gaziers évalue à 420 TWh à l’horizon 2050 (dont 135 TWh pour la seule méthanisation, sans aucune concurrence avec la production alimentaire) le potentiel de production des gaz renouvelables, soit un potentiel supérieur aux consommations prévisionnelles de gaz à long terme… On voit bien le côté marginal des 5 TWh de biométhane pour la construction neuve en 2050.

Si l’on dépasse la construction neuve pour parler bâtiment en général incluant la rénovation, Coénove souligne que le gaz peut contribuer à la neutralité carbone dans le bâtiment à 2050 en menant à bien 3 chantiers d’ici cette échéance : 

  • Une baisse significative des consommations de gaz à 2050 estimée à -60% /2019 grâce aux actions en termes d’efficacité énergétique, de performance des équipements et de sobriété pour arriver à 100 TWh de consommations (en résidentiel et tertiaire)
  • Le verdissement du gaz pour atteindre les 100% renouvelables
  • Le développement accéléré de la PAC hybride pour limiter la tension sur le système électrique

Car, tout le monde s’accorde sur ce point : c’est la rénovation des bâtiments existants qui constitue l’enjeu essentiel pour la décarbonation ! Or aujourd’hui, la décarbonation du bâtiment est systématiquement associée à l’électrification massive des usages.

Il est donc important et urgent de rappeler que la France est le pays d’Europe le plus thermosensible électriquement. Les besoins énergétiques sont couverts actuellement par 6 grands vecteurs énergétiques (le gaz, l’électricité, le propane, le fioul, le bois et les RCU). Le gaz, progressivement renouvelable, couvre jusqu’à 40% de ces besoins en période froide. Par ailleurs, le chauffage des bâtiments est à lui seul responsable de 60 à 70% de la pointe électrique hivernale du fait du développement du chauffage électrique.

L’extrême diversité des situations (type de bâtiments maison individuelle ou immeuble, âge du bâtiment, statut d’occupation, contraintes architecturales ou pas, etc.) fait de la rénovation un enjeu complexe en face duquel il est primordial de pouvoir proposer une large palette de solutions pour répondre au mieux à la grande variété des besoins.

L’installation systématique de PAC électriques en remplacement du fioul ou du gaz, souvent sans travaux d'isolation associés, aura des conséquences importantes sur l’équilibre offre/demande d’électricité, déjà sensible chaque année à l’approche de l’hiver.

En développant là aussi le recours au gaz renouvelable, et dans un premier temps à la méthanisation, Coénove propose une réponse réaliste et résiliente qui s’appuie sur le maintien d’un mix électricité et gaz et une offre de solutions diversifiées. Celles-ci répondent aux différentes configurations de bâtiments rencontrées, en adaptant les installations existantes (chaudières THPE ou PAC hybrides), ce qui permet de maîtriser les coûts d’investissement pour la collectivité et les utilisateurs.

Compte tenu des 420 TWh de gisements de gaz renouvelables avérés, l’allocation de 100 TWh au bâtiment dont 80 TWh au résidentiel permet le maintien de 11.7 millions de logements avec des équipements d’ores et déjà compatibles avec le gaz vert (6.5 millions chaudières THPE, 4 millions PAC hybrides, 1.2 million de PAC gaz) et évite des investissements en moyens de production d’électricité pour quelques dizaines d’heures/an  et des renforcements du réseau de l’ordre de 10 GW rendant cette proposition économiquement plus soutenable.

Ce scénario, compatible avec les ambitions du scénario haut de la SNBC actuelle, permet d’atteindre la neutralité carbone dans le bâtiment tout en s’appuyant sur :

  • Une faisabilité technologique : infrastructures existantes, potentiel de gaz verts avéré et technologies en développement ;
  • Des coûts maîtrisés pour la collectivité : moindre développement des infrastructures, maîtrise de la pointe électrique, optimisation des solutions de flexibilité (PAC hybrides et stockages) ;
  • Des coûts maîtrisés pour les ménages en termes d’investissement mais aussi des factures ;
  • Une résilience renforcée face aux risques entravant la transition énergétique : investissement nouveau nucléaire, non atteinte des objectifs de rénovation...
     

Ne pas réduire la transition écologique au seul carbone

Enfin, pour Coénove, penser la transition écologique, dans toutes ses dimensions permet de considérer que la réduction des émissions de gaz à effet de serre fait partie d’un tout.

Raisonner en analyse de cycle de vie et intégrer de nouveaux indicateurs qui vont aller au-delà de la simple maîtrise du carbone et des GES permettront de mesurer les impacts des filières de production sur la biodiversité (réutilisation ou traitement des déchets, qualité et préservation de la ressource eau…).

Dans ce but, Coénove réalise une étude sur une analyse de cycle de vie comparative des systèmes de chauffage dans des bâtiments résidentiels neufs en France afin d’alimenter le débat sur l’empreinte environnementale multicritère face aux enjeux de la transition écologique. Les résultats des travaux sont attendus pour l’été 2022.

Un article signé Bernard Aulagne, Président de Coénove


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