Quelle empreinte carbone pendant la crise sanitaire ?

 

L’année 2020 a été une année inouïe lors de laquelle la pandémie de la Covid-19 a imposé une nouvelle organisation de la vie des concitoyen·nes. Pour ralentir la progression du virus, des mesures barrières ont contraint les Parisien·nes à changer leurs habitudes de vie. Cette nouvelle organisation de la société a modifié les différents postes d’émissions de gaz à effet de serre sur le territoire, et certaines pratiques bas-carbones adoptées en temps de crise sanitaire pourraient se pérenniser.

En novembre 2019, le Ministère du travail estimait qu’en moyenne 5 % des salariés francilien·nes travaillaient au moins un jour par semaine à distance. En septembre 2020, six mois après la déclaration de l’état d’urgence sanitaire le télétravail concerne 47 % des actif·ves de la région et en ce début d’année 2021 la tendance se confirme avec 36 % des actif·ves en télétravail à l’échelle national (Sources : Harris)

Cette nouvelle organisation du travail pour presque une majorité de la population influe considérablement sur le système urbain dans son ensemble.

Mobilité et réseaux de transport 

Pendant cette période de précautions sanitaires, les déplacements professionnels ont logiquement chuté en Ile-de-France, mais tous les modes de transport n’ont pas été impacté de la même façon. 

Transports en commun vs. voiture individuelle 

Bien que la situation se soit légèrement améliorée depuis le premier confinement en mars 2020, les transports en commun subissent toujours une méfiance importante. En conséquence :

  • 30 % des franciliens reconnaissent utiliser moins les transports en commun qu’avant ;
  •  7 % ont décidé d’arrêter complètement.

Comme de nombreux secteurs de l’économie, cette baisse d’activité porte atteinte à la viabilité économique des opérateurs qui redoutent des conséquences déstabilisatrices sur le long terme.

Même si la circulation motorisée a globalement diminué pendant la crise du Covid-19, la peur du virus a entraîné une augmentation ponctuelle des trajets en voiture individuelle sur certains créneaux. En septembre 2020, 27 % des travailleur·euses contraint·es de se déplacer sur leur lieu de travail déclarent utiliser plus régulièrement leur voiture qu’avant la crise sanitaire. Cette recrudescence a même occasionné certaines semaines des bouchons intenses, dont les amplitudes ont dépassé les niveaux antérieurs à la Covid-19 (Source : INOV360).

La voiture émet quasiment 100 fois plus de CO2 par kilomètre parcouru que le métro et 50 fois plus que le RER (Source : ECOLAB). 

La sauvegarde et le développement de l’offre des transports en commun est une condition nécessaire à l’objectif de neutralité carbone à horizon 2050. Il est donc impératif de préparer un plan de sortie de crise pour les opérateurs et de corriger l’inclinaison vers les véhicules particuliers thermiques.

Une opportunité pour le développement du vélo 

Pour éviter les bouchons et les risques de contamination, une partie conséquente des usager·ères francilien·nes s’est naturellement tournée vers le vélo, parfait moyen de transport bas-carbone. En septembre 2020, 37 % des habitué·es du vélo affirment le prendre davantage et 7 % des actif·ves de la région parisienne ont commencé à pédaler pour se rendre à leur travail en conséquence de la crise sanitaire.

Les cyclistes ont notamment été rassuré·es par les pouvoirs publics qui ont rapidement aménagé de nouvelles pistes sécurisées et confortables. Les Coronapistesréseau cyclable de 650 km imaginé par le collectif vélo Ile-de-France, permettent d’interconnecter les zones résidentielles du Grand Paris aux lieux de travail situés dans la capitale.

Le développement éclair de ces infrastructures cyclables pour faire face au coronavirus est un gain durable pour les territoires et permettra de réduire les émissions carbones associées à la mobilité.

Habitudes de consommation 

Un désir de sobriété 

La fermeture des commerces jugés comme non-essentiels a modifié le rapport à la consommation des citoyen·nes. Selon une récente enquête, les consommateur·rices restreint·es aux achats de première nécessité, seraient moins nombreux·euses à associer la consommation au plaisir : 16 % contre 18 % il y a un an. (Source : CREDOC). Il est plausible que le ralentissement des achats durant cette période, éveille un désir de consommation plus responsable, notamment chez les consommateur·rices  les plus aisé·es.

Peu d’impact sur l’alimentation 

Pour les achats alimentaires, les commerces de proximité urbains ont été privilégiés devant les hypermarchés et la demande de produits en circuits-courts a significativement augmenté avec d’importantes sollicitations des AMAP. Le drive et la vente en ligne ont également largement été plébiscités pendant cette période, mais n’ont pas eu d’impact significatif sur l’empreinte carbone des Parisien·nes :

  • En effet, le déplacement des ménages pour faire leurs courses alimentaires ne représente que 5 % des émissions totales imputables à l’alimentation.
  • En revanche, plus de 65 % de ces émissions sont directement dépendantes des modes de production agricoles et 14 % du transport des marchandises (Source : CECAM).

Ainsi, le plus important pour réduire l’empreinte carbone liée à l’alimentation est d’avoir un régime peu carné avec des fruits et légumes de saison produits localement. 

Aperçu d’une ville moins polluée 

Les restrictions de circulation et la baisse de l’activité industrielle ont eu un effet direct sur les pollutions sonores et atmosphériques.

De l’air pur et respirable

Depuis la mise en place du premier confinement, la concentration des polluants réglementés comme le dioxyde d’azote a diminué jusqu’à 35% et les particules liées au trafic routier on été divisées par 4 par rapport au niveau pré-confinement (Source : Airparif). Une concentration trop élevée de fines particules dans l’air peut causer des troubles respiratoires chez les citoyen·nes les plus exposés : les plus récentes études estiment à 48 000 décès par an en France.

L’amélioration de la qualité de l’air est un enjeu de santé public primordial faisant plus de décès que l’alcool et les accidents de la route réunis. (Source : Santé Public France)

Un silence rare et précieux

Pareillement, les stations de mesure pour l’analyse des variations physiques du bruit ont enregistré des baisses de l’énergie sonore jusqu’à 87 % pendant le confinement. Dans l’hypothèse où ces réduction perdureraient, elles permettraient d’économiser 5,9 mois de vie en bonne santé à l’échelle d’une vie entière (Source : Bruitparif).

Ces gains temporaires ont permis aux habitant·es de découvrir des sonorités apaisantes jusqu’alors étouffées, et d’observer un ciel clair en temps normal obstrué. Autant pour des raisons esthétiques que sanitaires, la réduction de ces pollutions est un objectif à poursuivre à la sortie de la crise sanitaire.

Émissions de gaz à effet de serre

L’arrêt des activités et le départ de 9 % des Parisien·nes de la capitale au début de la crise sanitaire, ont entrainé une baisse historique des émissions locales et de l’empreinte carbone du territoire.

La Ville de Paris estime que les émissions locales ont diminué de 33 % et que l’empreinte carbone a connu une basse estimée à 58 % portée par l’arrêt complet de l’activité aéroportuaire, responsable en temps normal de près de 35 % de l’empreinte carbone total de la ville (Source : Paris Action Climat).

Si nous mettons ces baisses d’émissions exceptionnelles en parallèle avec les objectifs inscrits au Plan Climat de Paris, nous remarquons que les réductions observées pendant cette période sont similaires aux objectifs à atteindre à horizon 2030. La Ville de Paris s’engage sur des modifications structurantes et pérennes de l’économie parisienne pour atteindre les objectifs de neutralité carbone sans porter préjudice aux habitant·es, tout en assurant leur bien être. C’est une très grande différence et c’est là que s’arrête cette comparaison tant cette période de pandémie a touché violement les plus vulnérables d’entre nous. La crise climatique sera encore plus dure, ce qui doit nous encourager à anticiper pour ne pas avoir à la subir.

Cette feuille de route stratégique est détaillée dans le Plan Climat Air Energie et Territoire voté à l’unanimité par le Conseil de Paris en 2018.

Pour aller plus loin

 

 

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