#32 - Massifier la rénovation : panorama des enjeux et solutions en 12 études de cas

Massifier la rénovation est devenu aujourd’hui un impératif pour tenir les engagements carbone et environnementaux de la France, mais également pour améliorer le bien-être au quotidien de nos concitoyens. Ainsi, il est plus qu’urgent de transformer le parc existant afin de le rendre plus vertueux. Construction21 vous propose de découvrir à partir de sa base de données 12 études de cas particulièrement inspirantes, qui proposent des modèles et solutions de massification de la rénovation.

1. Massifier les nouveaux matériaux et techniques de rénovation

Massifier avec les biosourcés

 

Les biosourcés présentent de nombreux atouts : plus respectueux de l’environnement, garants de bonnes performances énergétiques, locaux (en France, on trouve notamment du chanvre, de la paille et du bois), etc. Ces caractéristiques en font des alliés de premier choix pour la rénovation. De plus, le coût des solutions et produits biosourcés diminue au fur et à mesure que la filière se structure, rendant ces matériaux accessibles à une grande partie des projets. 

 

Rénovation biosourcée de 24 logements sociaux

Ce projet de rénovation, mené par la société HLM Le Toit Vosgien, vise trois objectifs ambitieux : diviser économiquement par 10 les charges énergétiques des locataires, utiliser des matériaux locaux et biosourcés (structure bois et isolation bois) et s’approvisionner en énergie renouvelable et locale (plaquette bois) pour le chauffage et l’ECS. Ce projet a permis de conforter la stratégie du Toit Vosgien, qui a développé son propre modèle de rénovation, vertueux et surtout réplicable. Le bailleur social applique ainsi ce schéma  à ses différents projets.

En savoir plus sur le modèle de rénovation du Toit Vosgien.

La rénovation Paille’House

Cette opération consiste en la réhabilitation d’un hangar en maison individuelle, en Eure-et-Loire. Les enjeux du projet sont les suivants : réutiliser des espaces bâtis existants, préserver le paysage rural local, réemployer certaines places privilégiées en cœur de village et enfin mixer les usages privés et professionnels. Ce projet de rénovation montre qu’il est possible de combiner biosourcés, hors-site et rénovation en maison individuelle. Il propose ainsi un modèle de rénovation basé sur la paille et le bois applicable à un bon nombre de maisons individuelles, notamment grâce à son coût (646.37 €/m2) et aux solutions mises en œuvre (juxtaposition simple de modules pour la façade).

En savoir plus sur la rénovation Paille’House.

Le hors-site pour massifier la rénovation

Le secteur du bâtiment est un secteur vivant, en constante évolution. Les modes de construction évoluent en fonction du contexte actuel (transition écologique et énergétique), de nouveaux apparaissent. Le hors-site, et par conséquent la préfabrication, en font partie. Ces techniques de construction permettent de considérablement gagner du temps, d’éviter les nuisances sur chantier et de mieux penser l’imbrication de tous les éléments d’un bâtiment. Ce sont donc des atouts indéniables pour massifier la rénovation.

 

La rénovation du lycée Bréquigny, à Rennes

Plus grand lycée de Bretagne, le lycée Bréquigny a récemment connu de grands travaux de rénovation énergétique (et d’extension), achevés en 2020. L’enjeu était de rénover rapidement les bâtiments, sans perturber le bon déroulement des cours, avec des coûts réduits. Le cabinet de conseil Egis, en tant que maître d'œuvre, a mis en œuvre lors de ce projet un modèle de rénovation qui répond à ces enjeux, basé sur le hors-site et la préfabrication. Ce modèle se base en grande partie sur des panneaux en ossature bois préfabriqués, qui intègrent directement l’isolation thermique. De plus, ces caissons ont été réalisés par une entreprise proche du chantier, favorisant ainsi les filières locales. Le coût total de l’opération s’élève à 20 000 000€, soit 1021.45 €/m2. Ce projet, Grand Prix Rénovation aux Green Solutions Awards 2021, se pose ainsi comme exemple de rénovation réplicable pour les bâtiments d’enseignement.

Découvrir le projet de rénovation du lycée Bréquigny.

Rénovation industrielle de 160 maisons des années 1950

Cette opération est le troisième projet de rénovation EnergieSprong de France. En accord avec la démarche EnergieSprong, l’opération vise un triple objectif : une rénovation E=0 (les logements ne consomment pas plus d’énergie qu’ils en produisent) garantie sur 30 ans ; un chantier de courte durée en site occupé (1 à 2 semaine / logement) ; une baisse des coûts de travaux grâce à la massification de la rénovation. Le recours au hors-site a permis aux porteurs de projet de tenir tous leurs engagements à la fois : performance énergétique, délais et coûts. Ce projet contribue ainsi pleinement au développement du modèle ambitieux de rénovation EnergieSprong, réplicable à de nombreuses opérations.

Plus d'informations sur la rénovation industrielle de ces maisons.

Massifier la rénovation via l’économie circulaire

 

Limitation des déchets, développement de filières locales, limitation de la consommation des ressources et d’énergie, etc., les vertus de l’économie circulaire ne sont plus à prouver. Encouragées par les évolutions réglementaires récentes, les solutions d’économie circulaire sont de plus en plus présentes dans le secteur du bâtiment. Certaines d’entre elles d’ailleurs font partie intégrante de modèles de rénovation vertueux et réplicables.


 

La rénovation de la grande halle de Colombelles

Rénovée en 2019, la halle se présente comme un tiers-lieu dédié à l’économie circulaire. Elle s’est implantée dans l’ancien site industriel de la gigantesque Société Métallurgique de Normandie (SMN). Une démarche ambitieuse de réemploi a été menée tout au long du projet à plusieurs niveaux. D’une part, les porteurs de projet ont réutilisé des éléments du bâtiment existant, à l’instar de l’enveloppe, préservant ainsi l’identité et la mémoire du site. D’autre part, ils ont fait appel à de nombreux matériaux et produits de réemploi en provenance de chantier de déconstruction de la région. Ainsi, ce projet a été l’occasion de développer une méthode de rénovation solide, basée sur le réemploi, pouvant servir de modèle pour d’autres projets souhaitant s’inscrire dans une démarche d’économie circulaire.

Découvrir la méthode de rénovation de la grande halle de Colombelles.

La réhabilitation de Green Factory

La rénovation de ce bâtiment de bureaux des années 1950 s’inscrit dans la reconversion plus large d’un ancien faubourg industriel de Lyon, en pleine mutation depuis la fin du XXème siècle. L’objectif de l’opération était d’améliorer les performances énergétiques du bâtiment et de lui redonner un usage, tout en préservant l’histoire des lieux. En plus de réutiliser un bâtiment existant, économisant ainsi de nombreuses ressources, l’opération a fait appel à des matériaux issus du recyclage comme des panneaux acoustiques ou des planchers de terrasse. Les porteurs du projet ont ainsi mené une démarche globale afin de faire de ce bâtiment un modèle réplicable qui réponde aux enjeux des prochaines années.

Découvrir le modèle de réhabilitation Green Factory.
 

Transformation de bureaux en 288 logements

Ce projet concerne la réhabilitation d’un bâtiment de bureaux dans le XIXème arrondissement de Paris. L’enjeu principal de l’opération est le changement d’usage, en transformant du tertiaire en résidentiel. Une grande partie des éléments existants du bâtiment ont été réutilisés, notamment pour la structure. Ce projet s’appuie sur le modèle de réversibilité développé par l’architecte Patrick Rubin, qui facilite la réhabilitation des bâtiments à moindre coût. Ce modèle se base notamment sur des interventions ponctuelles, calibrées en fonction des besoins du bâtiment, ce qui limite le temps et les coûts de chantier. 

En savoir plus sur le modèle de réversibilité de ce projet.
 

2. Massifier les rénovations énergétiques à haute performance

Intégrer les énergies renouvelables dans la rénovation

La rénovation d’un bâtiment offre une très bonne occasion d’intégrer des équipements et systèmes d’énergie renouvelable dans le projet. Cela permet au projet de gagner à la fois en performance énergétique et en performance environnementale. Grâce à la grande variété d’équipements existants, chaque projet peut opter pour un système qui lui convient, en fonction des ressources énergétiques locales et de la typologie du bâtiment concerné. Massifier les modèles de rénovation qui intègrent des énergies renouvelables devient alors incontournable.

 

Rénovation du siège de la Fédération du Bâtiment Drôme-Ardèche

L’objectif de cette rénovation était de transformer un bâtiment très énergivore datant de 1995 en un bâtiment à énergie positive (BEPOS). Les porteurs de projet ont suivi la démarche négaWatt, basée sur la sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables. L’objectif était de positionner le bâtiment comme accélérateur de la transition énergétique, notamment via l’intégration d’énergies renouvelables (dont la géothermie, le photovoltaïque, la récupération de chaleur), et de démontrer la faisabilité d’une rénovation énergétique à haute performance sur un bâtiment tertiaire. Le projet se pose ainsi comme modèle de rénovation et d’intégration des énergies renouvelables.

Plus d’informations sur cette rénovation énergétique ambitieuse.

Le contrat de performance énergétique : des rénovations aux résultats garantis

L’objectif principal d’une rénovation énergétique est de diminuer sa consommation énergétique, son impact carbone et par la même occasion sa facture énergétique. Mais comment garantir ces résultats ? Certains dispositifs, comme le contrat de performance énergétique (CPE), permettent de s’assurer que les engagements pris seront bien tenus dans le temps. De tels contrats sont des leviers indéniables pour encourager la massification de la rénovation.

 

La réhabilitation de la copropriété Les Balmes

Ce projet de rénovation énergétique est une des premières rénovations BBC en copropriété. Sa particularité tient dans le CPE global signé pour 8 ans entre le maître d’ouvrage et le groupement d’entreprise avec un objectif de 48% d’économies d’énergie sur le chauffage. Le CPE contient également des exigences de confort et santé : il se base sur un engagement de température de confort en hiver de 21°C en journée et réduit à 19°C la nuit. Le CPE apparaît ici comme un contrat sécurisant pour le maître d’ouvrage (dans le cas présent, une copropriété) : des pénalités financières sont prévues si les objectifs qui y figurent ne sont pas respectés. Ce type de contrat encourage ainsi les maîtres d’ouvrage à engager des travaux de rénovation, participant du même coup à la massification de ce type d’opération.

En savoir plus sur le rôle du CPE dans ce projet de réhabilitation de la copropriété.

La rénovation du lycée la Pléiade de Pont de Chéruy

Cette opération de rénovation, réalisée en site occupé par la SPL OSER, se base sur un Contrat de Performance énergétique signé pour 10 ans. Afin de respecter les engagements du CPE, le groupement d’entreprises signataire a mené des travaux de rénovation poussés et installé des systèmes énergétiques performants. Grâce à ces travaux, le lycée a pu réaliser 38,1 % d’économie en énergie primaire sur l’année 2018/2019, soit bien plus que l’objectif contractuel, qui était de 27%. Ainsi, ce projet montre que le CPE est un modèle de contrat viable pour des établissements scolaires et qu’il peut leur permettre d’atteindre de très bonnes performances énergétiques.

Plus d’informations sur le lycée La Pléiade et son contrat de performance énergétique.

3. Massifier la réhabilitation du patrimoine ancien

 

Le bâti ancien désigne les bâtiments construits avant 1948 avec des techniques et matériaux traditionnels. Cela correspond à ⅓ du parc français. Au vu du nombre de bâtiments concernés, le bâti ancien est un sujet incontournable de la rénovation. Cependant, le bâti ancien ne se rénove pas comme les autres bâtiments : ce sont des bâtiments adaptés à leur environnement, souvent avec une forte inertie et des murs épais, qui ont besoin de respirer. Les travaux doivent prendre en compte ces caractéristiques afin de ne pas nuire au bâti. Tout l’enjeu est donc de trouver des méthodes et solutions réplicables afin de rénover efficacement ce type de bâtiments tout en préservant leur intérêt patrimonial.

 

Réhabilitation frugale d'une école primaire

Cette opération a été lancée par la Ville de Mulhouse, qui souhaitait réhabiliter une de ses écoles construite en 1756. En effet, le bâtiment était sous surveillance depuis quelques années après constat de fissures importantes en façade liées à des problèmes de tassement des fondations. De plus, les rénovations précédentes avaient été effectuées avec des matériaux isolants inadaptés à ce type de bâti, renforçant certaines pathologies du bâtiment. Au vu de ces enjeux, la ville de Mulhouse a monté un programme de réhabilitation afin de consolider la structure, isoler efficacement sans nuire à la façade et installer des équipements énergétiques performants. Ce programme de réhabilitation présente l’avantage d’être réplicable pour rénover tout type de bâti ancien : il répond à des enjeux communs à ce type de bâtiment. De plus, tous les travaux ont été réalisés avec un coût maîtrisé pour un total de 2 900 000 €. Le bâtiment étant inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, la Drac a participé au projet sous la forme d’avis et de prescriptions.

En savoir plus sur le programme de réhabilitation de cette école primaire.

Réhabilitation de l’Hôtel des Postes Colbert à Marseille

La réhabilitation lourde de l'Hôtel des Postes avait pour objectif de revaloriser ce bâtiment de 1889 inoccupé depuis une dizaine d'années. L’enjeu central de l’opération était d’allier valorisation du patrimoine historique et performances énergétiques. Pour ce faire, bon nombre de matériaux d’origine ont été conservés. Les porteurs de projet ont également anticipé des possibles changements d’usages sur le long terme : les réseaux CVC ont été conçus pour s’adapter facilement, facilitant ainsi les ré-aménagements intérieurs. Ce projet démontre ainsi qu’il est possible de redonner vie à des bâtiments anciens obsolètes tout en préservant leur patrimoine.

Se renseigner sur la réhabilitation de l’Hôtel des Postes Colbert de Marseille.

En conclusion !

 

Les chantiers de rénovation vertueux, qui proposent des solutions pour massifier ce type d’opération, sont de plus en plus nombreux. Il est nécessaire de s’inspirer de ces exemples et de continuer à échanger et à partager les bonnes pratiques afin d’augmenter le rythme  de rénovation et la qualité de nos bâtiments, que ce soit au niveau des performances environnementales, énergétiques, ou encore du confort et de la santé des occupants.

 


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  • Dernière modification de l'auteur le 05/10/2021 - 10:01

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