Ménager des « oasis urbaines »: de leur représentation à leur conception

8485 Dernière modification le 23/12/2019 - 09:34
Ménager des « oasis urbaines »: de leur représentation à leur conception

Concevoir des oasis urbaines c’est faire appel à une approche par l’ambiance (thermique, acoustique…) plutôt que par objet urbain (place, square, parc…). Elle place les questions du bien-être, de la lenteur au cœur de la fabrication de la ville.

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La ville du XXIe siècle, plus encore que les villes des siècles précédents, interroge la viabilité sociale, économique et environnementale des systèmes urbains qu’elle propose. Les problématiques de confort et de santé s’y expriment plus intensément qu’ailleurs, au travers notamment de la surchauffe urbaine en période estivale, mais aussi d’exposition accrue au bruit, à une qualité de l’air dégradée, à des pollutions des sols, aux risques liés au dérèglement climatique... Sur le plan social, l’accélération des rythmes de vie dans un contexte de toujours plus de compétitivité et d’instantanéité, mais aussi le repli et l’entre-soi transforme l’humain et sa nature à communiquer, à avoir de l’empathie.

Face à ce constat, l’accès à des lieux plaisants et confortables pour habiter, véritables espaces de ressourcement et de sociabilité urbaine qui soient accessibles à tous au quotidien, devient déterminant pour la viabilité des écosystèmes urbains. C’est plus vrai encore dans la ville dense où parallèlement à une forte croissance des mobilités, l’urbanité s’installe dans une sorte de fixité pour une partie des citadins, notamment les plus démunis [1]. Nous nommons ces lieux qualitatifs d’habitat "oasis urbaines".

Crédit : TRIBU

Les recherches et réflexions portant sur la conception des espaces urbains ont le plus souvent une entrée par « objet urbain ». Cette entrée renvoie surtout à des logiques de forme (la place, le cœur d'ilot, le parc, la rue, le « cours », le bâtiment...), de statut juridique (l'espace public, l'espace privé) ou de compétences et de procédés opérationnels (la compétence de l'aménageur, du promoteur, du gestionnaire de l'espace public, ...). Au lieu de cette entrée par objet urbain et par la forme, nous proposons de nous intéresser à ce que nous appelons figures de conception "environnementales" de la ville au croisement de l’ambiance (climat, air, acoustique, …), de la sociabilité et de la matérialité construite…

Dans le cadre de l’appel à projets de recherche « Modeval Urba 2015 » de l’Ademe, le bureau d’études Tribu, le cabinet d’architecture Casa Architecture, Urbanisme et Environnement Sonore et le Caue de Haute-Savoie se sont associés pour définir et approfondir le concept d’oasis urbaine. L’agglomération annécienne a servi de terrain d’expérimentation pour ce travail de qualification itérative entre théorie et terrain de ce peut être une oasis urbaine. La recherche a permis de qualifier la manière dont, pour les habitants et les experts, l’architecture, les formes urbaines, les effets de la propagation sensible des usages et les formes de sociabilités organisent les représentations de ce qui constitue l'ambiance d’une oasis urbaine.

L’oasis urbaine est une « parenthèse » qui produit une sensation d’apaisement et de bien-être, qui donne le sentiment d’avoir quitté une ville parfois trop animée, bruyante et minérale, où tout se fait dans la vitesse. Entendons-nous bien, l’oasis urbaine n’est pas un isolat au sein d’une ville hostile et aride, comme pourrait le suggérer l’imaginaire saharien associée au terme : la ville « vivable » serait plutôt un continuum d’oasis singulières et toutes différentes, dans lesquelles s’opère la même sensation échappement, mais qui peut procéder par des effets distincts.

Ses principaux descripteurs ? Elle prend l’attention par effet de contraste, elle est dense en logements et propose un enchevêtrement de rues, de bâtiments à usages variés, d’activités sociales, d’arbres, de végétaux et d’animaux, l’ensemble produisant des phénomènes sensibles concordants entre eux, en correspondance, vivants et apaisants.

[1] SERRES, Michel,. Habiter Paris, Paris, Le Pommier, Belin, 2011, p. 159.

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