#26 - Logements collectifs : analyse et enseignements de la RE2020 sur un panel de 10 opérations

Sur un panel représentatif de 10 opérations de logements collectifs construites par Icade, une analyse comparative de l’atteinte des seuils E+C- et RE2020 a été menée avec le bureau d’études POUGET Consultants. Cet article se propose d’analyser les principaux résultats de cette étude et d’en déduire un ensemble de recommandations visant à anticiper la mise en œuvre des futurs seuils réglementaires de la RE2020.

Panel d’opérations considérées

L’échantillon analysé dans le cadre de cette étude comprend 10 opérations de logements collectifs réparties sur le territoire national français (Ile-de-France, Alsace, Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes Nouvelle-Aquitaine, Bretagne, etc.), comprenant un total de 22 bâtiments situés majoritairement en zone urbaine dense et en ZAC, pour un peu plus de 50 000 m²SDP et 717 logements.

Les modes constructifs sont variés : 10 bâtiments sont en béton, 10 en mixte bois-béton et enfin, 2 bâtiments ont des structures bois. Ces modes constructifs variés illustrent la façon dont Icade construit ses actifs au début des années 2020. Pour le mix énergétique, la grande majorité des actifs analysés est reliée à des réseaux de chaleur locaux (19 bâtiments), une opération est alimentée au gaz et une par des pompes à chaleur (PAC) électriques.

Enfin, au regard du label d’état E+C-, le panel d’opérations atteint un niveau de performance de 1 174 kgCO2 / m²SDP en moyenne pour l’indicateur EGES (émissions de gaz à effet de serre totales sur l’ensemble du cycle de vie), réparties à :

  • 67% pour le Contributeur PCE (Produit de Construction et Equipement)
  • 28% pour le Contributeur Energie
  • 4% pour le Contributeur Eau
  • 1% pour le Contributeur Chantier

La répartition de l’empreinte carbone pour le Contributeur PCE est présentée ci-dessous et rappelle l’importance du choix du mode constructif (lots fondation, superstructure, façade) dans l’optimisation de l’empreinte carbone d’un bâtiment.

A noter qu’environ un tiers des bâtiments analysés atteignent le niveau de performance C2 du label E+C- (seuil EGES à 1 050 kgCO2/m²SDP en moyenne), le reste atteignant seulement le niveau C1 (seuil à 1 630 kgCO2/m²SDP en moyenne), mais souvent avec une marge significative.
 

Le passage à une comptabilité carbone RE2020

Dans un premier temps, l’objectif de cette étude a été la traduction des ACV (analyse du cycle de vie) E+C- statiques en ACV dynamiques RE2020. Il est ainsi pertinent de rappeler certaines différences méthodologiques impactantes entre les calculs du label E+C- et de la réglementation RE2020 :

  • SHAB vs SDP : le calcul RE2020 se base sur la surface habitable (SHAB) du bâtiment et non plus sa surface de plancher (SDP) comme pour E+C-. Arriver à minimiser le ratio SDP/SHAB est donc un paramètre important dans l’optimisation de l’empreinte carbone en RE2020.
  • ACV dynamique : la RE2020 se base sur la réalisation d’un calcul en ACV dynamique et non plus statique. Ainsi, les émissions de gaz à effet de serre émises à la fin du cycle de vie du bâtiment sont minorées par rapport à celles émises plus tôt. Cela vient favoriser les produits biosourcés dont les émissions ont majoritairement lieu en fin de vie, lors de leur déconstruction, et permet de traduire deux effets :
    -  Il est avantageux pour le climat des prochaines décennies de décaler les émissions carbone à un horizon de temps plus ou moins long. Les matériaux biosourcés à longues durées de vie, voire sans fin de vie prévue, sont donc à privilégier comme le bois en structure de bâtiments. En effet, plus une émission de gaz à effet de serre a lieu tôt et plus elle va commencer à impacter tôt le climat.
     -  Il existe encore une forte incertitude sur la fin de vie des produits, que ce modèle permet de nuancer.
  • Lots techniques non forfaitaires : certains lots techniques qui étaient forfaitaires en E+C- ne le sont plus en RE2020 et sont désormais à renseigner, en particulier les lots 8 – CVC, 9 – Plomberie et 12 – Ascenseurs. Il sera donc particulièrement important, dans les projets soumis à la RE2020, de tenter d’obtenir un maximum de PEP (Profil Environnemental Produit, l’équivalent des FDES pour les équipements techniques), sous peine de voir fortement augmenter l’empreinte carbone des lots techniques concernés.  

 

Impacts des modes constructifs sur l’atteinte des seuils Ic_Construction

Nous allons ici analyser l’impact du mode constructif et du mix énergétique sur les nouveaux indicateurs carbone Ic_Construction et Ic_Energie de la RE2020.

Commençons par l’impact du mode constructif. Dans le graphe ci-dessous sont représentées les informations suivantes :

  • Chaque barre verticale correspond à la valeur de Ic_Construction atteinte pour chacun des 22 bâtiments. Ceux-ci se répartissent sur un total de 10 opérations.
    À noter que si des différences peuvent exister entre deux bâtiments au sein d’une même opération, ils partageront néanmoins des caractéristiques communes : localisation, mix énergétique et souvent le même mode constructif.
  • Les 10 modes constructifs en béton sont encadrés en bleu, en jaune les 10 en mixte bois-béton et les 2 bâtiments en structure bois sont ceux encadrés en vert.
  • Les traits rouge, jaune, vert clair et vert foncé représentent respectivement les seuils RE2020 à atteindre en 2022, 2025, 2028 et 2031 pour le Ic_Construction.
  • Enfin, la couleur vert clair au sein de chaque barre représente la quantité de FDES individuelles ou collectives utilisées dans l’ACV, la couleur marron représente les valeurs par défaut utilisées et en gris les valeurs forfaitaires.

Ce graphe permet la mise en évidence des éléments suivants :

  • Béton : les modes constructifs actuels en béton standard, s’ils permettent de respecter le niveau 2022 de la réglementation RE2020, permettront difficilement l’atteinte du niveau réglementaire 2025. Des améliorations importantes seront nécessaires soit directement sur le béton (béton bas carbone) soit sur les autres lots de la construction, impactant les coûts de construction.
  • Mixte bois béton : les modes constructifs mixtes bois-béton présentent une plus grande variabilité de résultats et une meilleure performance. On constate ainsi que, si certains bâtiments atteignent tout juste un niveau de performance meilleur que le seuil 2022 de la réglementation, d’autres permettent de s’approcher du seuil 2028. Cette variabilité s'explique par la morphologie (compacité) des bâtiments et par les choix de revêtements mis en œuvre sur la façade bois. Si le support bois est très performant, la finition peut fortement dégrader l'impact carbone.  
  • Bois : les deux bâtiments en structure bois analysés présentent un niveau de performance élevé, entre les seuils réglementaires 2025 et 2028. 

En conclusion, nous retiendrons que le mode constructif choisi revêt une importance élevée sur le niveau de performance carbone atteint pour le Ic_Construction. De plus, si pour les opérations actuelles les plus performantes, nous sommes en mesure d’atteindre un niveau de performance 2028 de la réglementation, des efforts importants sont encore à fournir pour massifier ces nouvelles modalités constructives à toutes les opérations et être en mesure d’atteindre le seuil 2031 le plus ambitieux de la réglementation.

Rappelons tout de même que ces objectifs, s'ils paraissent ambitieux et complexes à respecter aujourd'hui, le seront beaucoup moins quand ils deviendront la norme, en 2028 et 2031 donc !
 

Impacts du mix énergétique sur l’atteinte des seuils Ic_Energie

Dans une logique similaire, le graphique ci-dessous présente le niveau de performance carbone atteint pour le Ic_Energie de chaque bâtiment, en fonction de son mix énergétique. Les bâtiments connectés à des réseaux de chaleur sont majoritaires et encadrés en gris. Seulement deux bâtiments au sein d’une même opération sont raccordés au gaz (encadré bleu), tandis qu’un seul bâtiment est alimenté en électricité (encadré marron à droite).

A noter qu’il existe 3 niveaux de seuil Ic_Energie pour les bâtiments connectés aux réseaux de chaleur : 2022, 2025 et 2028 (en rouge, jaune et vert sur le graphe) mais que seulement 2 niveaux de seuil sont présents pour les bâtiments non raccordés : 2022 et 2025 (en rouge et vert sur le graphe). Cela vise à laisser un peu plus de temps – jusqu’en 2028 – aux opérateurs de réseaux de chaleur afin de décarboner leur mix énergétique.  

Ce graphe permet de mettre en évidence les points suivants :

  • Réseaux de chaleur : la performance des réseaux de chaleur est très variable. Avec un contenu carbone moyen de 70 gCO2/kWh pour les réseaux des 19 bâtiments, certaines opérations sont très en-dessous du seuil 2028 de la réglementation, tandis que d’autres n’atteignent pas le seuil réglementaire 2025. Toutes les opérations sont cependant bien en-dessous du seuil réglementaire 2022.
    Le maître d’ouvrage n’ayant pas d’impacts sur le contenu carbone du réseau de chaleur local auquel il se connecte, il s’agit d’un point d’importance à analyser au début de la conception avant d’envisager un raccordement. A noter que les opérateurs de réseaux de chaleur se doivent de déployer des plans d’actions ambitieux visant à décarboner le mix énergétique de leur réseau.
  • Gaz : une alimentation au gaz des bâtiments passe à peine les seuils 2022 de la réglementation et ne permettra pas l’atteinte du seuil 2025.
  • Électricité : en cas d’impossibilité de se raccorder à un réseau de chaleur, la mise en œuvre d’un système électrique performant (type pompe à chaleur) permet aisément d’atteindre le seuil 2025 de la réglementation.
     

Enjeux de la conception bioclimatique des bâtiments

L’indicateur Bbio (Besoin Bioclimatique) qualifie la sobriété énergétique du bâti indépendamment des systèmes techniques installés. Cet indicateur évolue entre la RT2012 et la RE2020 et il va être intéressant d’analyser cette évolution entre les deux réglementations. A noter que le Bbio en RE2020 va désormais inclure systématiquement les besoins de climatisation, ce qui peut être particulièrement impactant pour les bâtiments situés en zone H3, sur le pourtour méditerranéen.

Dans le cadre de cette étude, nous avons ainsi analysé l’indicateur Bbio de chaque bâtiment, tel que défini par la réglementation thermique RT2012 actuelle (voir graphe ci-dessous). On relève une performance bioclimatique des bâtiments largement suffisante pour rester sous l’objectif Bbio Max de la RT2012 pour la totalité des bâtiments (la ligne rouge représente la limite Bbio Max à ne pas dépasser) :

En RE2020 (graphe ci-dessous), on observe désormais que 9 des 22 bâtiments n’atteignent plus un niveau de performance bioclimatique de l’enveloppe suffisant pour respecter le nouveau Bbio Max (bâtiments avec un pastille rouge).

Sur ce graphe est en plus représenté, par une croix bleue dont l’échelle est l’axe secondaire des ordonnés, le pourcentage de marge dont disposait le bâtiment en RT 2012 par rapport à son niveau Bbio Max. Par exemple : un bâtiment très bien isolé via ITE sur structure bois mais présentant de généreuses ouvertures - 11ème colonne du graphe - ne respecte pas en RE2020 son niveau Bbio Max, alors qu’il atteignait un niveau de performance Bbio Max – 43% en RT2012 ! Cela est notamment dû aux besoins de froid, non calculés en RT2012, mais qui représentent 28% du Bbio en RE2020. 

On voit donc que la conception bioclimatique des bâtiments se renforce fortement dans la nouvelle réglementation RE2020, avec une conception également nécessaire en période estivale.

Enfin au regard de l’indicateur DH (degrés-heures), traduisant l’inconfort d’été selon une nouvelle méthode de calcul basée sur la canicule de 2003, seules les opérations situées en zone H3 dans l’étude (pourtour méditerranéen) sont susceptibles de dépasser le seuil maximum d’inconfort de 1250 DH. La RE2020 présentera donc un enjeu spécifique pour cette zone géographique en matière de confort d’été.  
 

Synthèse des leviers à activer pour respecter les futurs seuils RE2020

La synthèse ci-dessous reprend aussi bien les principaux enseignements tirés de cette étude sur la RE2020 que certains des éléments présentés dans le Rapport Climat 2022 d’Icade relatif à sa trajectoire de décarbonation :

 

Un article signé François Lafargue (Icade, Direction RSE), David Bruchon (Icade, Promotion Immobilière) et Rodrigue Leclech (POUGET Consultants).


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