[Dossier Formation] #18 - Les formations BTP et immobilier : des pistes pour l'internationalisation des cursus

L’évolution du métier dans les domaines du BTP et de l’immobilier demande des profils de plus en plus internationalisés. Les écoles spécialisées, traditionnellement plus axées sur les marchés nationaux, transforment progressivement leurs programmes pour intégrer la dimension internationale.  Comment former nos diplômés pour qu’ils puissent faire face aux enjeux d’un marché du travail globalisé?

L’internationalisation des profils

Les grandes entreprises du BTP déploient depuis plusieurs années une stratégie d’internationalisation de leurs activités, en vue de diversifier leur portefeuille et gagner de nouvelles parts de marché. Des cellules spécialisées dans la réponse aux appels d’offres internationaux ou des filiales dédiées aux chantiers à l’international se créent au sein de ces groupes (Vinci Construction Grands Projets, Bouygues Bâtiment International…), pour répondre au besoin d’infrastructures et d’ouvrages d’arts, notamment dans les pays émergents. Le déploiement international se traduit également par l’achat d’entreprises spécialisées dans les marchés cibles. Cette internationalisation permet en particulier aux entreprises de se positionner sur des projets complexes à forte valeur ajoutée, là où les entreprises locales ne disposent pas de l’expertise ou des ressources suffisantes pour y répondre seules. Que ce soit via des implantations sur place ou un suivi à distance des projets, les entreprises doivent s’appuyer sur des compétences spécifiques pour accompagner leur développement à l’international. Il faut savoir manager une équipe multiculturelle, piloter des projets multi-sites, traduire les besoins locaux au siège, échanger sur les normes, s’adapter aux méthodes de travail, engager des équipes à distance… Des évolutions qui touchent les métiers de direction comme les acteurs de terrain.

Ces nouveaux besoins s’expriment clairement dans les récentes enquêtes de l’APEC sur l’importance des soft skills[1] dans les offres d’emploi dans la construction, faisant ainsi état que les compétences les plus recherchées par les entreprises n’appartiennent pas forcément au domaine des connaissances techniques. Il s’agit plutôt de savoir-être comme la créativité, l’autonomie, le sens relationnel, ou même la force de conviction et de proposition, qui apparaissent parmi les qualités incontournables pour les professionnels du secteur. En outre, 64% des employeurs considèrent qu'une expérience à l'international est importante dans le cadre du recrutement. L’évolution des profils imposée par les marchés globalisés a soulevé la question de comment mieux accompagner les jeunes diplômés dans l’acquisition des compétences nécessaires afin de s’adapter à ce nouveau paradigme, tout en améliorant la compréhensibilité des programmes de formation.  C’est dans ce contexte, que les programmes proposés dans les filières du BTP évoluent vers des parcours internationalisés.

 L’internationalisation des parcours

« L’Internationalisation de l’enseignement supérieur (…) est guidée par une combinaison de motivations politiques, économiques, socioculturelles et académiques en constante évolution. Ces motivations prennent diverses formes et dimensions dans les différentes régions et les différents pays, dans les institutions et leurs programmes. Il n'existe aucun modèle convenant à tous ».[2]  Internationaliser un programme passe tout d’abord par l’établissement d’une stratégie partagée par tous les acteurs de la formation, avec des objectifs réalisables dont l’impact sur la qualité du diplôme peut être vérifié. La mise en œuvre de cette stratégie implique l’identification des acquis d’apprentissages visés par le programme en lien avec le phénomène international et interculturalité, ainsi que l’adaptation des systèmes d’évaluation de ces acquis. Malgré la diversité de modèles et pratiques existant en matière d’internationalisation des cursus, la mobilité internationale reste un des piliers de la démarche, étant considérée comme un critère essentiel pour définir l’excellence des programmes. Les organismes d’accréditation des formations (c’est le cas de la CTI pour les diplômes d’ingénieur en France), n’hésitent pas à inclure dans leurs recommandations une expérience à l’international, encourageant les établissements à la rendre condition sine qua non pour l’obtention du diplôme.[3]  

Si la maîtrise d’une langue étrangère est la plus « attendue » de l’employeur parmi les compétences transversales acquises via l’expérience internationale, les effets de la mobilité sur les compétences des étudiants ne sauraient précisément se réduire à l’aspect linguistique. Parmi les nombreuses études disponibles sur le sujet, on peut citer l’étude d’impact Erasmus(EIS), qui analyse les effets de la mobilité sur l'employabilité et les compétences des étudiants. Cette étude montre un impact positif de la mobilité sur six variables de personnalité, identifiées comme étroitement liées à l'employabilité. Celles-ci sont : la Tolérance de l'Ambiguïté (degré d'acceptation de la culture et des attitudes d'autrui et faculté d'adaptation), la Curiosité (ouverture aux nouvelles expériences), Confiance (confiance dans ses propres compétences), la Sérénité (prise de conscience de ses propres forces et faiblesses), la Détermination (capacité à prendre des décisions) et le Dynamisme (capacité à résoudre les problèmes). 

Qu’il s’agisse d’un séjour de formation ou d’un stage, la mobilité doit toujours être accompagnée par l’établissement d’origine. Le cas du stage, notamment quand il s’agit de le réaliser en entreprise, est souvent le plus compliqué à gérer par l’étudiant. Le stage est pratiquement un bien patrimonial en France et on ne trouve pas forcément d’équivalent ailleurs… ! Néanmoins, l’expérience peut s’avérer extrêmement enrichissante pour le futur diplômé : très souvent, il s’agit du début d’un réseau professionnel à l’international qui pourrait devenir un atout pour décrocher le poste rêvé ou signer le contrat qui fera décoller le jeune entrepreneur.  Cette pratique, parfaitement encadrée par la loi, a été sanctuarisée par la plupart des écoles du secteur et permet une souplesse plus importante au moment de choisir les modalités d’une première expérience professionnelle. Néanmoins, comme dans le cas du stage, les entreprises à l’international sont parfois un peu réticentes à se lancer dans un procédé dont les engagements pour la société ne sont pas forcément bien compris. 

Enfin, pour les jeunes intéressés par une insertion directe dans les marchés locaux, la reconnaissance de leur qualification à l’international est une question clef. En effet, si l’excellence des formations à la française est reconnue mondialement, en particulier pour ce qui concerne le modèle « Grande école », il s’agit d’un système parfois difficilement lisible à l’international à cause de la complexité des parcours et de l’existence de diplômes dites « d’établissement » dont l’équivalent doit très souvent être indiqué explicitement afin d’être compris (via le Cadre Européen des Certifications par exemple). Celui-ci est justement le modèle du cursus proposé par la plupart des établissements délivrant des diplômes dans les domaines du BTP et de l’immobilier. Les séjours de formations, notamment bi-diplômants, offrent alors une véritable opportunité d’acquérir un diplôme « exportable » à l’international, notamment dans des pays où l’accès à certains métiers sont réglementés, comme le titre d’ingénieur Québécois.

L’internationalisation et l’apprentissage

Tandis que les écoles du BTP ont une longue tradition de mobilité obligatoire et encadrée (dans notre cas à l’EIVP, cette obligation, recommandée par la CTI, a été pratiquée depuis la rentrée 2007), les établissements d’enseignement supérieurs spécialisés dans l’immobilier ont des problématiques spécifiques à aborder, notamment la question de l’alternance et de l’apprentissage. L’internationalisation du cursus implique en effet d’instaurer des fenêtres de mobilité dans des parcours balisés avec les entreprises, moins flexibles que les parcours classiques où des semestres complets peuvent être consacrés à l’expérience internationale. Ceci peut expliquer en partie pourquoi les étudiants sous statut apprentis sont substantiellement moins nombreux à effectuer une partie de leur scolarité dans un autre pays que les étudiants sous statut étudiant (ils étaient ainsi 6800 en mobilité en 2017 contre 44 000 jeunes sous statut étudiant). Or, de nombreux dispositifs ont récemment été mis en place afin d’encourager la mobilité des apprentis. 

Ainsi depuis le 1er janvier 2019 (Loi pour la Liberté de Choisir son avenir professionnel), les apprentis peuvent bénéficier d’une suspension de l’exécution de certaines clauses des contrats d’apprentissage et de professionnalisation pendant une période prédéterminée correspondant à la mobilité internationale (maximum d’un an). Différents modèles s’appliquent pour « sécuriser » la mobilité selon sa durée : le contrat de travail peut être « mis en veille » (la responsabilité de l’employeur est ainsi transférée à l’organisme de formation ou de l’entreprise d’accueil) ou dans le cas de mobilité courte de moins de 4 semaines, l’apprenti peut être placé sous le régime de mise à disposition temporaire. Dans tous les cas, l’apprentis bénéficient d’une protection sociale systématique et de possibilités élargies de reconnaissance des compétences acquises pendant les périodes de mobilité: suivi par un tuteur dédiée, reconnaissance par des crédits, aménagement de parcours etc…. D’autre part, la durée minimale de mobilité éligible dans le cadre du programme ERASMUS + dédié aux apprentis est d’ores et déjà réduite à 2 semaines (contre 2 mois minimum pour les jeunes sous statut étudiants).  Le nouveau programme Erasmus+ 2021-2027, dont les enjeux tourneront principalement autour de l’inclusion et des mobilités professionnalisantes ouvrira sans doute aux apprentis de nouvelles perspectives grâce à des dispositifs plus flexibles, comme la mobilité hybride (mobilités combinées entre des activités en ligne et une mobilité physique dans l’établissement d’accueil).  

Si l’intégration d’un parcours international pour les étudiants issus de filières professionnelles est aujourd’hui techniquement possible, il reste néanmoins à insuffler aux étudiants, mais aussi au personnel des établissements, une véritable culture de l’international. C’est justement le défi rencontré par le groupe ESPI, l’Ecole Supérieure des Professions Immobilières dont l’EIVP est partenaire sur le volet de l’internationalisation. Pour cet établissement, l’obtention de la Charte ERASMUS[4] constitue une stratégie globale, appuyant et structurant ses efforts d’internationalisation. Elle passe ainsi tout d’abord par une intensification des partenariats internationaux[5], aussi bien dans la formation que dans la recherche. Mais si l’internationalisation de l’établissement est largement tributaire du Bureau des Relations Internationales, l’adaptation des programmes à la mobilité implique également une coopération pluridisciplinaire et inter-organisationnelle accrue dans l’enseignement. Cette coopération se manifeste par exemple dans l’identification de contenus compatibles avec l’institution d’origine, l’intégration des fenêtres de mobilités, ou encore la préparation linguistique.  Enfin, l’identification de « relais » au sein du personnel académique et administratif est une étape clef pour encourager et rassurer une population étudiante globalement moins mobile. 

                Les entreprises des secteurs du BTP et de l’immobilier ont ainsi besoin de professionnels capables de comprendre la diversité tout en étant fédérateurs, d’apporter des solutions innovantes et créatives tout en réagissant face aux situations inopinées. La mobilité internationale, dont la finalité première ne doit pas se limiter à l’acquisition de compétences en matière d’apprentissage des langues, doit être pensée dans le cursus comme un levier pour acquérir ces compétences. Les futurs professionnels de l’immobilier désireux d’élargir leurs perspectives de carrière ont ainsi à leur portée une multitude de dispositifs pour valoriser leur portfolio de compétences pendant leur formation initiale. Une démarche qui se poursuit en formation continue avec les certifications internationales telles que la RICS.

 

Un article signé :

Eugenia LLAMAS, Directrice des Relations internationales - EIVP

Amélie BENSIMON, Chargée de Projets pédagogiques internationaux - EIVP

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  • Eugenia Llamas

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