Le rôle des acteurs des réseaux de chaleur dans la conception urbaine

Le rôle des acteurs des réseaux de chaleur dans la conception urbaine

Dans l’article « Évolution du rôle des acteurs des réseaux de chaleur dans la conception urbaine » publié en 2017 par la revue Géographie, économie, société, Morgane Colombert et Youssef Diab interrogent la place des acteurs des réseaux de chaleur à l’échelon opérationnel de l’aménagement urbain et le rôle de ces opérateurs dans la conception urbaine (https://www.cairn.info/revue-geographie-economie-societe-2017-2-p-197.htm). Nous résumons ici les éléments qui y sont discutés.

Sous l’influence des différentes lois portant sur la transition énergétique, l’urbanisme se « verdit » et l’on note un regain d’intérêt autour des réseaux de chaleur urbain (réseaux de production et de distribution de chaleur pour le chauffage organisés à l’échelle du quartier voire de la ville) dont l’atout est qu’ils sont un moyen de distribution capables de véhiculer de la chaleur issue de différentes sources : fossiles certes, mais surtout renouvelables et de récupération.

En s’appuyant sur l’analyse de trois projets parisiens que sont Clichy Batignolles, Paris Nord Est et Paris Rive Gauche, qui ont été notamment étudiés par Charlotte Tardieu dans le cadre de sa thèse  sur « Transition énergétique dans les projets urbains : conditions de mise en œuvre. Analyse des cas Paris Rive Gauche, Clichy-Batignolles et Paris Nord Est » (http://www.theses.fr/2015LIL10024), il est montré qu’en fonction des enjeux de développement de l’acteur de réseau, de la stratégie de l’aménageur ou encore du portage politique, la mise en place d’un réseau de chaleur peut être issue de mécanismes de prises de décisions très différentes.

Les trois projets étudiés, au sein desquels est développé le réseau de chaleur, montrent trois configurations très différentes où l’initiateur ou porteur du projet de réseau de chaleur est soit la collectivité, soit l’aménageur, soit l’opérateur de réseau. Plusieurs facteurs sont évoqués pour expliquer ces différentes situations : (1) le développement d’une politique ou stratégie énergie-climat, (2) une stratégie de développement économique, ou encore (3) une stratégie de valorisation foncière.

Tableau 3 : Emergence des réseaux de chaleurs dans les trois projets analysés (Paris Nord Est, Clichy Batignolles et Paris Rive Gauche) et acteurs portant la démarche en fonction des étapes du projet urbain (source : Colombert, Diab, 2017)

De l’analyse des trois projets urbains parisiens, et sans que cela soit généralisable, il ressort que l’aménageur demeure le chef d’orchestre, le coordinateur même pour des questions relevant de la conception technologique de l’énergie. La question d’une prise de compétence en termes d’aménagement par les concessionnaires des réseaux de chaleur reste posée. Néanmoins, la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte valorise plutôt le rôle des aménageurs : « afin de favoriser le développement durable de leur territoire, et dans le prolongement de leur mission d'aménagement, ils [les établissements publics d'aménagement] sont compétents pour assurer un service de distribution de chaleur et de froid. Cette compétence est exercée à titre transitoire, dans une durée compatible avec celle des opérations d'aménagement, et dans la perspective d'un transfert du réseau à une autre entité compétente. »

Le développement ou la rénovation des réseaux de chaleur est aujourd’hui à l’intersection des politiques énergétiques et des choix d’aménagement et d’urbanisme. Ce croisement nécessaire est lié à la complexité du processus de déploiement de ce type de réseau. Il s’agit en effet de concilier un certain nombre d’objectifs pouvant être potentiellement antinomiques (notamment entre la viabilité économique d’un réseau de chaleur et les actions pour diminuer les besoins énergétiques des bâtiments).

Les enjeux liés à la récupération d’énergie fatale, parfois intimement liés à l’aménagement et à ces besoins, pourrait venir faire évoluer les rapports entre opérateurs de chauffage urbain et aménageurs en donnant une place plus centrale à ces premiers. La volonté de rendre également plus visible l’action des opérateurs de réseaux (comme on peut le voir par exemple avec les actions autours des îlots frais de Climespace sur l’espace public https://www.construction21.org/france/articles/fr/climespace-experimente-une-solution-innovante-pour-proteger-les-parisiens-des-consequences-des-fortes-chaleurs.html) pourrait également modifier leur champ d’actions.

Auteur : Morgane Colombert, chercheuse à l’EIVP.

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