Le replay Build & Connect : synthèses des tribunes des décideurs 1/3

Rédigé par

Amandine Martinet - Construction21

Journaliste

1174 Dernière modification le 17/05/2023 - 09:50
Le replay Build & Connect : synthèses des tribunes des décideurs 1/3

 


Le concept des tribunes des décideurs ? Pendant 12 minutes, 12 capitaines d’industrie de filières différentes dans le secteur du bâtiment expliquent pourquoi et comment ils souhaitent engager leur entreprise sur une voie de décarbonation. Des témoignages inspirants qui peuvent donner des idées ! Retrouvez dans cette série de trois articles un condensé des différentes interventions ayant eu lieu lors de la dernière édition du colloque Build & Connect en 2022. 

Anne Wintenberger, Présidente de Vivialys, constructeur et promoteur immobilier en Alsace 

La problématique

147 000 tonnes de CO2 ont été émises par les activités de Vivialys sur l’année 2021 – dont 60% proviennent des procédés constructifs et les 37% restants sont issus des activités des usagers –, selon des mesures prises à l’initiative du groupe lui-même.

En tant que cheffe d’entreprise et au regard de ces chiffres, Anne Winterberger souligne volontiers le « défi immense » que représente les objectifs nationaux de -55% d’émissions de GES d’ici 2030 et d’atteinte de la neutralité carbone d’ici 2050. Pour elle, il est par ailleurs très clair que « le modèle technico-économique » permettant de cocher ces deux cases « n’existe pas ». Il s’agit plutôt donc d’un « enjeu collectif » vers lequel tous les acteurs doivent tendre. 

Plus spécifiquement, le problème pour le groupe Vivialys peut se résumer ainsi : il lui faut « résoudre l’équation de comment loger l’humain tout en décarbonant les métiers ». 


Quelles solutions ?

L’une des forces de la France à ce jour selon Anne Winterberger ? La réglementation, notamment la RE2020 qui « oblige à repenser la conception de nos constructions ». Et c’est précisément sur cette conception que tout l’enjeu réside et où les économies de carbone peuvent être faites en grande majorité ! Aussi, selon la cheffe d’entreprise interrogée, il ne suffit pas « d’agréger de nouvelles technologies, de nouveaux produits » mais bel et bien « repenser en profondeur notre façon de construire et d’habiter ». 
Un autre axe d’action réside aussi dans l’incitation des usagers à changer leur consommation énergétique, dans leur façon de se chauffer ou d’utiliser l’électricité par exemple. 

Concrètement, Vivialys continue d’employer des énergies fossiles pour garder une stabilité, tout en faisant des tentatives de solutions plus vertueuses. L’entreprise se tourne notamment vers du codéveloppement main dans la main avec les industriels, qui sont ceux qui détiennent les clés des solutions techniques et technologiques pour aller vers la décarbonation. Tout l’enjeu donc pour Anne Winterberger, c’est d’aller vers plus de « performance collective et partagée ». 

Concernant la politique du logement, un regret affiché par l’intervenante est celui de délaisser la performance énergétique du bâti et les réhabilitations performantes pour loger et construire en masse. La rénovation énergétique compte donc bel et bien, et ce davantage que la course au neuf. 
 

Christophe Kielwasser, CFO chez Ledvance, entreprise internationale de produits d'éclairage et d'applications d'éclairage en réseau 

La problématique

Pour le Directeur administratif et financier de Ledvance, la situation est « un peu particulière » pour les acteurs du secteur de l’éclairage. En effet, depuis la première crise pétrolière, le fait de faire des économies d’énergie est généralement matérialisé par le fait d’éteindre la lumière. Il y a donc bien longtemps que les produits de cette filière et leur usage sont remise en cause sous ce prisme. Car il ne faut pas le nier : « nous sommes une partie de la solution. L’éclairage représente entre 15 et 20% de la consommation électrique en France ». 

Christophe Kielwasser regrette notamment qu’il reste aujourd’hui entre 100 et 150 millions de tubes fluorescents toujours en service dans le pays et que les éclairages traditionnels représentent encore les deux tiers des installations, alors qu’il existe bel et bien des solutions techniques largement moins énergivores de type LED.  

Enfin, pour Christophe Kielwasser, « il y a beaucoup d’aspects réglementaires qui ne sont pas évidents » pour aborder la transition énergétique, notamment dans le secteur de l’éclairage. 

Quelles solutions ?

Christophe Kielwasser affirme que l’industrie de l’éclairage s’est largement restructuré et remis en cause à l’aune des enjeux climatiques. 
Les matériels nouvelle génération et les systèmes de pilotage à distance – avec des détecteurs de mouvement et des contrôles de l’intensité lumineuse par exemple – représentent notamment un pôle très intéressant de réduction de la consommation énergétique, et il s’agit d’une piste à développer et creuser selon ce nouvel intervenant de la Tribune des décideurs. 

Puis, comme l’affirme le CFO de Ledvance, « la transition écologique, ce n’est pas que l’énergie ». D’autres solutions sont donc mises en place par l’entreprise, telles que le fait de regrouper les différents services du groupe géographiquement pour limiter les déplacements des acteurs et libérer des bâtiments. Par ailleurs, 200 000 € ont été investis sur le site de Ledvance pour le tri et la revalorisation des déchets, avec entre autres des actions telles que la suppression des palettes dans les containers. Autre exemple, le changement de l’implantation logistique de Ledvance en Europe pour se rapprocher de ses clients, ce qui représente environ un million de kilomètres économisés chaque année. 
 

Christian Pimpie, Directeur Performance et Solutions Bétons Durables chez EQIOM, fabricant de matériaux de construction

La problématique

En matière de transition écologique, le béton est souvent considéré comme l’ennemi public numéro un ! Rien d’étonnant lorsque l’on sait qu’un mètre cube de béton représente environ 200 kilos de CO2, soit 25% du poids carbone d’une construction. 

C’est pourquoi l’entreprise EQIOM est particulièrement engagé sur cette question. Comme l’affirme Christian Pimpie, « on se doit de proposer aux entreprises de construction des matériaux qui permettent de respecter les seuils de décarbonation fixés » par la réglementation en vigueur. 


Quelles solutions ? 

Christian Pimpie évoque notamment la création du coefficient Ic construction, qui caractérise l'impact carbone des composants (matériaux et équipements) du bâtiment et du chantier.

Par ailleurs, le poids carbone du béton provient à 90% du ciment. Donc, « si l’on veut faire du béton bas carbone il faut faire du ciment bas carbone », ce qui est le cas pour EQIOM. Pour bien comprendre, le procédé de fabrication du ciment correspond à un mélange d’argile et de calcaire qui va être chauffé à 1450 degrés, et c’est cette combustion qui va émettre dans l’atmosphère un tiers du poids carbone du matériau produit. Pour réduire ce poids, EQIOM a modernisé ses fours de cimenterie pour des process plus sobres, et a également remplacé les combustibles fossiles par des déchets valorisés. 

En clôture de la Tribune des décideurs, Christian Pimpie a présenté la marque SAPPHIRE d’EQIOM, dont l’innovation centrale est de recycler une variété de déchets dans le process de fabrication du ciment. Autrement dit : « le métier de SAPPHIRE c’est de réduire le poids carbone liés aux process de fabrication du béton, par l’intégration ou l’utilisation des constituants secondaires qui sont des sous-produits d’autres industries » précise le Directeur Performance et Solutions Durables. 

Déchets liquides, solides et minéraux (boues, terres polluées, granulés de béton recyclés, etc.) peuvent être incorporés dans ce nouveau process et permettent par exemple de venir en substitution de matières fossiles comme du charbon ou du coke de pétrole. « On va pouvoir réduire la part de clinker dans la composition du nouveau béton, et ainsi diminuer sensiblement des émissions de carbone » ajoute Christian Pimpie.

Cette démarche s’inscrit pleinement au cœur d’une approche d’économie circulaire. La palette des déchets pouvant être traités est large. Leur utilisation peut varier, et soit ils sont prétraités, soit ils sont injectés directement. Depuis plus de 20 ans SAPPHIRE est investie sur ces questions pour promouvoir un béton bas carbone. L’entreprise possède aujourd’hui 3 cimenteries intégrant des plateformes de prétraitement de déchets directement sur site : Héming (57), Lumbres (62) et Rochefort-sur-Nenon (39).

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