[Livre blanc R-evolution] Le low tech face aux enjeux environnementaux, côté règlementation

Rédigé par
Magali HOULLIER

Responsable communication

3061 Dernière modification le 23/07/2020 - 09:30
[Livre blanc R-evolution] Le low tech face aux enjeux environnementaux, côté règlementation

#Retour à la terre

La préfabrication est une réponse à des enjeux de coûts et de délais, mais également à des enjeux de construction bas carbone.

Pour Olivier LEGRAND, la question de l’énergie et du low tech dans les bâtiments, préfigurée par la règlementation E+C- est fortement liée à ce qu’il qualifie « d’intensité sociale » des matériaux, c’est-à-dire leur capacité à être à la fois sains et moteurs d’un développement économique local. Personnellement touché par l’appauvrissement des provinces, l’architecte s’implique dans le développement des filières « fibres », qu’il considère comme un énorme potentiel pour le bâtiment.

La conception du projet de 96 logements à Biganos par l’agence Dumont Legrand en est une belle illustration.
A l’origine du concours, l’idée était de travailler autour de la terre. L’agence remporte le concours avec une proposition de projet construite autour 
des matériaux terre/fibre sur ossature bois, produite localement. Après ce que les architectes appellent très justement « le droit à l’erreur », sur quelques essais non concluants de l’utilisation de la sciure et de la paille en replacement de la fibre, les prototypes de terre allégée se sont affinés.

Projection terre-chanvre

« L’avantage avec la préfabrication, c’est qu’on peut faire des tests à l’échelle 1/1 »

Olivier LEGRAND, Architecte et co-fondateur de l’agence Dumont-Legrand Architectes

Sans l’aval des bureaux de contrôle, les architectes ne baissent pas les bras : 

« On arrive toujours à construire sans respecter les normes, à condition de savoir discuter, anticiper les problèmes, et rassembler les assureurs »,

nous confie Olivier LEGRAND. Pour ce projet, une cinquantaine d’échantillons ont été fabriqués puis testés pour aboutir au caisson final, composé de terre argileuse locale de chènevotte en remplissage, et de panneaux de particules bois pour la protection extérieure.

Grâce à ce système constructif, l’enveloppe du bâtiment est entièrement compostable. Il permet ainsi d’anticiper les besoins futurs, tel que la nécessité de déconstruire.

Construire pour déconstruire, c’est aussi un questionnement pour Ludovic LACHAVANNE et Guillaume LARGILLIER. Il y a peu de temps Corner a été sollicité par une enseigne de mobilier pour construire des espaces en vue d’exposer leurs nouveautés pendant 6 mois sur les parkings avant d’être déplacés dans d’autres villes. Même si à l’origine le système Corner n’avait pas été pensé pour de la construction temporaire, il s’adapte très bien à cette demande grâce à son système constructif modulaire. Celui-ci est d’ailleurs biodégradable, et pourra retourner à la terre lorsque les besoins des usagers évolueront.

#La réglementation, un enjeu majeur pour la démocratisation du low tech en construction

L’intégration de matériaux biosourcés ou issus du réemploi n’est pas toujours valorisée dans les projets, ce qui peut constituer un frein à leur utilisation. Le référencement questionnable de certains produits dans les FDES (Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire) ou les DTU (Document Technique Unifié) en témoigne.

Dans la règlementation E+C-, l’atteinte d’un niveau est justifiée par la somme de l’impact carbone des matériaux du projet (en dessous du seuil). Si les produits ne sont pas référencés, il existe des FDES génériques majorées à 30%, qui pèsent davantage dans le calcul des émissions de gaz à effet de serre et rendent le projet plus impactant qu’il ne l’est en réalité. De plus, le mode de calcul des contributions carbone d’un projet revêt quelques incohérences, dues au manque de prise en charge de certains critères comme la localité des éléments. Etienne GAY l’a constaté au sujet de la BTC dont la FDES n’est pas très valorisante, en partie car elle ne prend pas en compte la provenance de la terre. Constat similaire pour Guillaume HANNOUN qui a vu l’utilisation de containers dévalorisée dans un de leurs projets. En théorie, ce type de produit issu du réemploi devrait avoir un impact carbone nul, mais en réalité, c’est sa caractérisation aux yeux de la loi qui va déterminer son impact environnemental. Dès lors que le container est considéré comme un déchet, son impact carbone devient défavorable, malgré la seconde vie qu’on peut lui donner.

La BTC est également confrontée à un autre aspect qui ne favorise pas son utilisation : elle n’est pas considérée comme structurelle dans les réglementations malgré ses capacités porteuses. Etienne GAY parle d’un manque de structuration de la filière qui oblige sa société à financer des essais pour lever les inquiétudes. De plus, la procédure ATEx n’est pas applicable dans tous les cas pour des raisons du coût (de 12 000€ à 50 000€ en fonction des essais) : dans le cas de la construction d’une maison individuelle, elle n’est pas économiquement viable, en revanche, l’ATEx dans le cas d’une construction de plusieurs projets à proximité d’un gisement peut faire sens. Pour éviter de passer par des ATEx, d’autres solutions existent :

« Cela nécessite un bureau d’études investi, militant, qui sache sortir de son cadre habituel pour essayer de justifier l’élément en extrapolant par rapport à d’autres techniques, en s’appuyant sur des documents [...] Les bureaux de contrôle doivent sortir de leur zone de confort »

Etienne GAY

 

Étienne GAY, Briques Technic Concept

Aujourd’hui, d’autres méthodes se mettent en place pour contourner ces procédures couteuses, comme le permis d’expérimenter, encore trop récent pour avoir un réel retour d’expérience.

 

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