[Dossier RE2020] 16# Le Hub des prescripteurs bas carbone : des outils et un atout de conception

[Dossier RE2020] 16# Le Hub des prescripteurs bas carbone : des outils et un atout de conception

En avril, le hub des prescripteurs bas carbone, confié à l’IFPEB et Carbone 4 par un panel d’acteurs a communiqué ses premiers résultats. La plateforme d’échange et de partage d’outils d’aide à la décision permet d’accompagner les maîtres d’ouvrages, bureaux d’étude et entreprises dans l’optimisation de leurs conceptions et oriente leurs choix. Alors que l’aspect carbone et ACV de la nouvelle réglementation RE2020 nécessite une acquisition de connaissance et un changement d’habitudes pour bon nombre d’acteurs, l’ambition des participants est de proposer des outils simples et évolutifs qui permettront de répliquer les bonnes solutions carbone. Explications avec Natan Leverrier, consultant, et Roman Ledoux, manager chez Carbone 4, tous deux en charge du développement des outils du Hub.

Pourquoi avoir créé ce hub des prescripteurs bas carbone ?

Le premier constat que nous avons fait avec les acteurs qui nous soutiennent, c’est que les constructeurs de bâtiments ont besoin d’une gamme plus large de solutions optimisées pour les enjeux du bas carbone afin de mieux construire. Or, du côté des fabricants, ces préoccupations ne sont pas forcément prises en compte à la hauteur où elles le devraient. Les FDES existent et donnent une idée de l’impact des solutions, mais il manquait un outil permettant de prescrire clairement des leviers. Au travers du hub, nous avons ainsi la possibilité de comparer les performances environnementales des produits. La création de ce hub s’articule autour de trois grandes briques :

  • Construire des outils pour avoir une information quantifiée
  • Partager les informations ainsi obtenues
  • Porter la parole des constructeurs vers les fabricants de matériaux et de solutions

Comment fonctionne le hub ?

Il y a tout d’abord une base de données qui exploite la mine d’informations collectées durant l’expérimentation E+C-. Grâce à une solution d’analyse et de visualisation de données, nous transformons ces dernières en des formulaires faciles à lire et à comprendre.

Ainsi expliqué, cet outil semble simple. Pourtant, nous nous sommes heurtés à un problème de taille : la qualité des informations de la base de données E+C-. Cela nous a amené à proposer trois niveaux de fiabilité de l’information :

  • La base de données brute avec 1237 entrées de bâtiments, où nous avons corrigé des erreurs simples comme les unités et la mauvaise expression de certains facteurs. Il s’agit par exemple d’exprimer tous les rejets de gaz à effet de serre en kgCO2e/m2
  • La base de données corrigée où il ne reste plus que 942 bâtiments. Pour ce niveau, nous avons identifié les bâtiments avec des informations incohérentes. Les erreurs les plus fréquentes portant par exemple sur la confusion entre l’énergie et le type de générateur de chauffage, les caractéristiques des fluides frigorigènes, etc. Si nous n’avions pas assez d’information pour corriger l’information, les bâtiments ont été supprimés. Il est intéressant de faire une première analyse des effets de ces corrections à ce stade. Par rapport aux données brutes, la plupart des bâtiments chauffés au gaz avec un niveau C2 disparaissent par exemple.
  • La base de données corrigée et complète. Nous n’avons là plus que 428 bâtiments sur les 1237 du départ, mais nous sommes en mesure de réaliser de vraies restitutions de données consolidées. Ce niveau nous permet de faire une vraie analyse détaillée des solutions efficaces pour construire bas carbone. Ce qui est rassurant, c’est que le nombre de bâtiments atteignant E2C1 est relativement stable par rapport aux données brutes : 37% contre 34% initialement. Cette analyse reste néanmoins conditionnée par les caractéristiques de la base E+C-, qui comporte un nombre restreint de bâtiments tertiaires et une surreprésentation des maisons individuelles (en quantité, car la répartition des surfaces entre logements collectifs et maisons individuelles est cohérente avec la répartition des constructions de logement en France).

Comment peut-on exploiter les données ?

Celles-ci sont restituées via des formulaires générés par la solution Microsoft Power BI. Il est possible d’appliquer tous types de filtres du moment que l’échantillon est au minimum de 10 bâtiments. Vous pouvez ainsi vous intéresser à des leviers comme la toiture, l’énergie utilisée pour le chauffage, la surface du bâtiment, etc.

Quels sont les premiers enseignements de ce hub ?

Sur l’aspect Carbone de E+C-, il apparait clairement que la manière la plus aisée de réduire les GES d’un bâtiment est d’agir sur la source d’énergie. Sur le logement, où il existe de nombreuses chaudières individuelles, le fait de passer au bois, à l’électricité ou de se connecter à un réseau de chaleur, on constate une baisse des émissions de 25% par rapport à la moyenne. Sur l’aspect matériaux, le travail est beaucoup plus complexe. On se rend par exemple compte que la différence entre un béton optimisé et une structure bois n’est que de 10% en faveur de ce dernier.

Pour le tertiaire, qui est traditionnellement plus urbain et souvent relié à une source d’énergie électrique ou à un réseau de chaleur, les solutions de décarbonation sont moindres que pour le logement. Il faut donc optimiser au mieux les matériaux utilisés. Or, s’il est relativement aisé de trouver des leviers pour atteindre C1, viser C2 demande plus de méthode. En prenant l’exemple d’un bâtiment de bureaux, nous avons ainsi réussi à identifier que les lots du second œuvre (lot 4, 5, 6 et 7 du référentiel E+C-), représentent un potentiel d’environ 35% de baisse de l’empreinte carbone sur ces lots en choisissant à chaque fois les matériaux disponibles ayant l’empreinte carbone la plus faible de leur catégorie dans la base INIES.

Au-delà de ces premières analyses, le grand avantage de ce hub bas carbone est de limiter les biais d’interprétation. Ainsi, pour reprendre l’exemple précédent du gaz, nous nous sommes rendus compte que les bâtiments utilisant cette source d’énergie étaient certes performants, mais que cela se faisait grâce à une optimisation extrême du levier matériaux. Ainsi, pour un bâtiment moyen, l’empreinte carbone provient à 50% des matériaux et à 50% de l’énergie. Dans le cas des bâtiments au gaz présents dans la base, la part des matériaux est réduite à 35% et celle de l’énergie grimpe à 65%. Sans une analyse fine, ces bâtiments sont donc considérés comme très performants. En réalité, ils pourraient l’être encore plus en changeant de source d’énergie ou en optimisant le vecteur énergétique choisi.

Et la suite ? 

Nous continuons nos travaux et démarrons une nouvelle année d’études avec nos membres actuels, maîtres d’ouvrages, entreprises générales ou bureaux d’études mais aussi de nouveaux. N’hésitez donc pas à nous faire part de votre envie de participer à nos travaux collaboratifs et faire avancer ce sujet d’avenir. 

Pour cette nouvelle saison, nos travaux porteront davantage sur l’évaluation de la maturité d’une filière de matériaux ou d’un système constructif en termes de conception bas carbone, l’identification d’innovations et l’aide à la prescription afin de définir les bons indicateurs et garantir autant que possible l’atteinte d’une performance carbone. 

Ainsi, nous préparons d’ores et déjà l’établissement d’un premier brief sur les filières béton et ciment. Pour ce dernier nous appelons également les industriels du secteur à se manifester afin de nous faire part de leurs actions et produits les plus innovants et de leur vision bas carbone pour leur filière. 

 

Plus d’informations sur ce lien
https://www.ifpeb.fr/2020/04/10/webinaire-de-presentation-conclusions-outils-hub-prescripteurs-bas-carbone/ 

Contacter le hub : [email protected]

 

Propos recueillis par l'équipe de Construction21

Consulter l'article précédent :  #15 CIELE, le nouveau calculateur des impacts environnementaux de l’installation électrique développé par IGNES


           

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