Le design biophilique peut-il améliorer le bien-être émotionnel ?

Le design biophilique peut-il améliorer le bien-être émotionnel ?

Dans un monde post-COVID-19, le bien-être émotionnel va devenir plus important que jamais.

Peu importe à quoi ressembleront nos espaces bâtis à l’avenir, il est logique que nous réfléchissions davantage à leur influence psychologique. Dans les domaines de la conception biophilique et de la psychologie de l’environnement, il existe de plus en plus de recherches qui identifient comment la conception de nos espaces de vie peut influer sur notre bien-être global.

Étant donné que nous passons la majorité de notre vie à l’intérieur, pouvons-nous utiliser ces recherches pour soutenir le bien-être émotionnel ?

Qu’est-ce que le bien-être émotionnel et comment le prendre en compte dès la conception des bâtiments?

Le bien-être émotionnel peut être défini comme l’expérience d’émotions positives fréquentes, de l’humeur et de la capacité de poursuivre des objectifs auto-définis. Un état de bien-être émotionnel sain a été associé à une qualité de vie globale accrue, à un bonheur amélioré et même à une amélioration des performances d’apprentissage. Étant donné que nous passons près de 90 % de notre vie à l’intérieur de bâtiments, il est important de savoir comment améliorer l’expérience émotionnelle de nos espaces quotidiens.

Il y a de nombreux facteurs à prendre en considération, comme les préférences personnelles, organisationnelles et culturelles. Des certifications et des normes comme le WELL Building Standard, font un travail inspirant pour un bien-être global dans les espaces de travail. De plus, la recherche sur la qualité de vie indique souvent qu’il faut encourager la pleine conscience (le fait de se sentir présent dans le moment présent) comme élément clé favorisant le bien-être émotionnel.

L’intégration du design biophilique et du lien avec la nature est souvent identifiée comme des stratégies importantes de soutien au bien-être émotionnel.

 

Les formes naturelles – de typologies très variées- nous engagent dans le moment présent et peuvent encourager un espacement approprié entre les personnes.

Le pilote automatique peut nuire à notre santé

Je me souviens du moment où le Dr Meldrena Chapin, une de mes professeurs , nous a dit que nous prenions près de 50 000 décisions chaque fois que nous franchissions une porte!
Notre classe a été très étonnée, mais une fois que nous y avons réfléchi de façon critique, cette information a eu une influence importante sur nous. Le simple fait de passer par une porte pourrait induire de nombreuses questions et décisions : Est-ce sûr? Est-ce une porte? Où est la poignée? Que dois-je faire pour ouvrir la porte? Dois-je mettre mon pied gauche en premier ou mon pied droit? Que vais-je trouver de l’autre côté de la porte? etc, etc…
Tout cela a lieu en un instant.

Si nous devions prendre consciemment ce genre de décisions toute la journée, nous serions probablement totalement dépassés. Dans notre monde où les sollicitations sensorielles sont très présentes, nos corps passent en « mode survie », nous mettant dans un état de « pilote automatique » lorsque nous effectuons des actions que nous connaissons et effectuons souvent.  Selon des études récentes, nous passons près de la moitié de notre vie en « pilotage automatique ». Ajoutons à cela le stress supplémentaire que représente la prise de décisions découlant de la pandémie mondiale, et nous risquons de compromettre notre santé mentale et physique sans même nous en rendre compte.

En revanche, le sentiment de réelle présence a été associé à des effets positifs tels que l’augmentation de l’activité neurologique, la réduction du stress et l’augmentation du sentiment de bonheur. Alors, comment pouvons-nous sortir du « pilote automatique » et entrer dans un état de présence plus souvent?

La lumière du jour, les matériaux naturels locaux et les espaces ouverts généreux offrent un environnement apaisant tout en encourageant la distanciation de manière inclusive. ©Cameron Campbell/Integrated Studio

Penser les espaces pour le bien-être émotionnel grâce au design biophilique

Lorsque nous intégrons le design biophilique dans nos bâtiments, nous mobilisons nos sens. Engager nos sens dans nos décisions et actions nous fait sortir du pilote automatique et entrer dans le moment présent.

Le design biophilique a de profonds avantages pour engager nos sens et soutenir le bien-être émotionnel : réduction des niveaux de cortisol (un marqueur de la réponse de notre corps au stress), plus grande amabilité et gentillesse, apprentissage amélioré et connectivité sociale accrue. En plus de soutenir le bien-être émotionnel, il a même été démontré qu’il a un impact positif sur la santé financière d’une entreprise en augmentant la concentration et la productivité, par exemple.

Voici ce qu’en dit Shane Totten, architecte et directeur de la recherche et de l’éducation chez Southface, une ONG basée à Atlanta engagée dans le développement de constructions durables:

Lorsque vous utilisez les principes du design biophilique dans les espaces bâtis, vous favorisez un fort sentiment de connexion et de sécurité. En pensant à la pyramide des besoins de Maslow, si vous ne vous sentez pas en sécurité, vous ne pouvez pas aspirer à des niveaux de bien-être plus élevés.  La biophilie nous permet de nous sentir en sécurité, soutenu et réellement présent. Ces besoins étant satisfaits, nous pouvons donc plus facilement aspirer aux niveaux supérieurs de bien-être, de bonheur et de réussite.

Voici quelques pistes pour utiliser le design biophilique pour favoriser le bien-être émotionnel de ceux qui les habitent.

Différents types d’assises permettent de répondre à des attentes variées et peuvent favoriser la distanciation sociale.

Proposer divers types d’espaces

1. Concevoir un large éventail de solution pour accompagner les besoins évolutifs des usagers. Sur le lieu de travail, par exemple, nous passons par quatre modes de travail essentiels tout au long de la journée : la concentration, la collaboration, l’apprentissage et la socialisation. Intégrer des espaces qui peuvent répondre à ces différents modes de travail donne aux usagers des lieux un sentiment de choix et de contrôle. Cette autonomie favorise un bonheur accru.

  • Une variété d’espaces qui assurent une distanciation appropriée peut inclure de petites salles de discussion, des spacieux espaces collectifs centraux  ou des espaces de réunion semi-privés qui jouxtent les postes de travail. Cette variété d’espaces favorise le bien-être en accompagnant nos divers styles de travail et en étant plus proche de ce qui existe dans les écosystèmes des milieux naturels.

2. Un design du refuge en intégrant différentes typologies d’espaces ouverts et fermés qui délimitent clairement zones privées, semi-privées et publiques pour un sentiment accru de sécurité. Les petits espaces clos et les îlots isolés pour une personne avec des portes semi-transparentes sont des exemples de zones de refuge qui offrent sécurité et confort.

Favoriser une expérience engageante et sensorielle

1. Intégrer des éléments spécifiques locaux et régionaux  qui nous encouragent à faire une pause, à « débrancher l’auto-pilote » et apprécier le moment présent à travers des matériaux choisis. On peut penser par exemple à des essences de bois locales, des sols de hauteurs variables influencés par les environnements locaux (herbes, pavés…), les textures de pierres ou de briques apparentes ou les fibres naturelles de textures spécifiques à la région.

2. Intégrer des motifs intrigants tels que les fractales encourage un état de curiosité et d’exploration. Cela peut nous aider à nous engager dans le moment présent.

Les arbres capturent  et créent des ombres changeantes qui interpellent nos sens qui aident à percevoir le passage du temps tout au long de la journée et des saisons.

Célébrer le mouvement, le passage du temps et le sens des lieux

1. Intégrer des stratégies qui permettent aux usagers des lieux d’accéder aux rayons du soleil au cours de la journée.  La lumière du jour est un facteur très important pour le bien-être émotionnel grâce à la prise en compte des rythmes circadiens et de notre horloge corporelle interne.

2. Intégrer des éléments mobiles et naturels tels que des éléments aquatiques, des mobiles sculpturaux qui reçoivent la lumière directe tout au long de la journée. Comme les ombres se déplacent, cela peut provoquer une prise de conscience du passage du temps, ce qui favorise le sentiment de présence au monde et de bien-être.

En fin de compte, comme le dit Shane Totten, « le design biophilique engage les sens et la présence des êtres humains dans le monde. Le design biophilique peut nous aider à saisir la véritable essence des lieux que nous parcourons et habitons. »
Ces besoins fondamentaux sont des piliers essentiels pour soutenir notre bien-être émotionnel global.

Sans aucun doute, nos espaces ont une forte influence sur nous. Nous le sentons. Nous le savons. Le design biophilique est de plus en plus pris en compte pour améliorer le bien-être émotionnel. Nous avons la capacité d’utiliser ces principes pour avoir un impact positif sur ceux qui travaillent, apprennent, vivent et doivent s’épanouir dans les espaces que nous avons l’honneur de créer pour eux chaque jour.

 

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Crédit Photo : Perkins + Will

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