Le Cadran solaire, chantier pilote de réemploi et d’économie circulaire dans le bâtiment

Le Cadran solaire, chantier pilote de réemploi et d’économie circulaire dans le bâtiment


L’Opération pilote du chantier du Cadran solaire à La Tronche en Isère, dévoile les premiers indicateurs comparatifs d’une déconstruction sélective par rapport à une démolition conventionnelle. Retour d’expérience par Eco’Mat 38 en direction des différents acteurs de l’économie circulaire et du réemploi dans le bâtiment. 

Le Cadran solaire, chantier pilote de réemploi et d’économie circulaire dans le bâtiment

Le chantier du Cadran solaire, c’est quoi ?

Le chantier du Cadran solaire concernait un ténement d’environ 3 hectares à La Tronche en Isère. Il s’agit d’un ancien hôpital militaire transformé en centre de recherche de sécurité et de santé des armées.

La communauté d’agglomération Grenoble-Alpes Métropole (GAM), l’Université Grenoble Alpes et le Crous ont imaginé un projet partenarial pour transformer cette enclave en un nouveau quartier de mixité fonctionnelle et générationnelle. A terme, 214 logements, un centre de recherche et une nouvelle offre d’hébergement et de restauration pour les étudiants verront le jour sur le site.

La démarche d’économie circulaire pour cette (dé)construction

Les travaux de proto aménagement ont été confiés à l’EPFL du Dauphiné avec pour consigne de faire de l’économie circulaire le fil conducteur du projet et l’un des critères de sélection des différents acteurs de ce chantier. Le chantier s’est déroulé de février à novembre 2021.

Les acteurs de la démolition et de la déconstruction sélective

Le groupement Eiffage/Chastagner (aujourd’hui Demcy) et Eco’Mat 38 (dépose sélective) a été missionné pour les travaux de déconstruction.

Kern Ingénierie a assuré la maitrise d’œuvre. Une mission d’assistance à maitrise d’ouvrage sur la thématique de l’économie circulaire et du réemploi a été confiée à l’agence Na ! architecture.

Les repères, références et critères de l’économie circulaire dans le BTP

Face aux manques de données comparatives entre démolition « classique » et démolition incluant de la déconstruction sélective en vue de réemploi, GAM et l’EPFLD ont choisi de mener un chantier permettant de mesurer les impacts financiers, temporels, environnementaux et sociaux de ces opérations.
Les 15 000 m2 de bâtiments présents sur le site étaient à peu près identiques en termes de mobilier, finitions intérieures, plomberie, électricité et structure. En conséquence, 4 d’entre eux ont été choisis pour le scénario avec réemploi et 2 autres pour le scénario sans réemploi.

 

Contractualiser le réemploi dès le montage du projet

 

La force du diagnostic ressources pour valoriser la matière et le réemploi

Le diagnostic déchets a identifié 35 000T d’éléments considérées comme des déchets, hors déchets dangereux. 

Trois diagnostics « ressources » ont également mis en avant les forts potentiels du site pour du réemploi : pierres, briques, tuiles, charpente, éléments patrimoniaux et éléments de second œuvre sériels. Ils ont été successivement réalisés par Erevna, Na ! architecture et Batirim.

Ces données ont permis de démontrer aux acteurs du projet l’intérêt de mettre en place une expérimentation sur la déconstruction sélective. Elles ont également mis en évidence le manque d’homogénéité dans les unités utilisées par les différents diagnostiqueurs. Un point d’amélioration majeur qui devrait être pris en compte dans les futurs diagnostics Produits Equipements Matériaux Déchets (PEMD) mis en application au 1er janvier 2023 et les formulaires Cerfa associés. 

Fort de ces constats, l’EPFLD a fixé un objectif de valorisation matière à 85% au lieu des 70% que demande l’article L541-1 alinéa 6 du code de l’environnement.

Le rapport d’expérience a ainsi mis en exergue les points de réussite d’une démarche d’économie circulaire dans le BTP :


La nécessité de l’exutoire pour favoriser la mise en œuvre du réemploi des matériaux

Dans le planning du projet, les fiches de lot n’imposaient pas de lot réemploi. Cependant, pour atteindre l’objectif de 85%, le réemploi était incontournable.
Le marché a été écrit avec une partie en prix global et forfaitaire comprenant :

  • une démolition classique sur l’ensemble du site,
  • une déconstruction sélective pour les quatre bâtiments expérimentaux,
  • une partie à bon de commande pour les éléments visés par la déconstruction sélective qui auraient trouvé un exutoire par le biais d’un système de prévente mis en place par le candidat à la demande des maitres d’ouvrages.

Eco’Mat38, acteur sur la toute la filière du réemploi a ainsi proposé un catalogue en ligne assorti d’une visite sur site en amont de la déconstruction, et la mise en place d’un magasin de chantier éphémère, la Bâtitec. Un franc succès !

Découvrir le concept Bâtitec

Obtenir des indicateurs : impacts sur le planning, les coûts de main d’œuvre et la gestion des déchets

Le réemploi dans le cadre de cette opération avait plusieurs objectifs :
-    un allègement du bilan économique du chantier,
-    la réduction du bilan carbone,
-    le développement d’un circuit court pour les matériaux de construction sur le territoire métropolitain,
-    la création d’emplois et de nouveaux savoir-faire,
-    la dynamisation et la structuration de la filière et des acteurs locaux.

Cette expérimentation a donc fait l’objet d’un retour d’expérience spécifique en direction des maitres d’ouvrage et a mis en avant plusieurs indicateurs.


Le REX en version PDF est consultable et téléchargeable directement sur ce lien

L’impact de la déconstruction sélective sur le planning des travaux

En termes de délai, il a fallu 70% de temps en plus pour la déconstruction sélective par rapport à la démolition classique. Cependant, cet écart n’a pas eu d’impact sur le temps global du chantier puisque les entreprises ont intégré ce surplus en temps masqué : elles ont échelonné de manière coordonnée les travaux de désamiantage, curage sélectif et démolition sur les différents bâtiments du site.

L’expérience a ainsi permis de calculer et comparer les ratios de temps passé sur un curage sélectif, en moyenne 1,3 m2/heure, par rapport à un curage classique, environ 2,2 m2/heure.

L’articulation « agile » du planning est donc un élément prépondérant dans ce type d’opération.

Par ailleurs, confier la prestation de curage à l’entreprise en charge du réemploi comme Eco’Mat 38 permet d’optimiser les cadences. Les équipes de déconstruction maitrisent les techniques et process de dépose, de manutention, de conditionnement et stockage dans le respect des consignes de sécurité. Le fait de pouvoir travailler en milieu amianté est un plus. La polyvalence et la capacité d’adaptation sont des critères clés dans la composition des équipes dédiées au réemploi.

L’impact économique de la démolition conventionnelle versus la dépose sélective

D’un point de vue économique, la dépose soignée de matériaux en vue de leur réemploi a engendré +18% de coût supplémentaire pour la déconstruction vs la démolition. La déconstruction sélective commandée a représenté 165 k€ pour 8 100 m2 soit 20.37€ du m2. A cela s’ajoutent les coûts des trois diagnostics ressources ainsi que l’accompagnement d’un AMO thématique. Le surcoût total est donc de 27%. Mais ce pourcentage est appelé à diminuer sur les expériences suivantes.

Ces coûts sont à mettre en regard du réemploi des ressources conservées sur place qui ont permis environ 40% d'économie à l’échelle du projet global (hors transport). Il est donc primordial d’intégrer les matériaux issus de la déconstruction sélective au futur projet d’aménagement ou dans l’écosystème local pour dégager une économie financière conséquente.

Enfin l’expérimentation a permis de comparer les tonnages moyens de déchets générés :
-    démolition classique : 2.3 T/m2,
-    déconstruction : 1.5 T/m2 pour la seconde,

La dépose sélective fait diminuer de 35% la production de déchets. Cette donnée a évidemment un impact sur le coût de traitement. Au final, le réemploi a permis de diviser par 10 le coût de gestion des déchets au m².

Impacter écologiquement et socialement par le réemploi : le bilan carbone et la création d’emplois

320 tonnes détournées de la benne pour réemploi, 30% de l’économie carbone sur le chantier

Le réemploi est un moyen de préserver les ressources et de réduire la production de déchets en allongeant la durée de vie des matériaux. C’est donc un outil simple et pratique à mettre en œuvre pour préserver la planète.

Pour répondre aux objectifs de l’expérimentation, il a été choisi d’évaluer les émissions de gaz contribuant à l’effet de serre comme dioxyde de carbone, méthane, chlorofluorocarbures, protoxyde d’azote. Ils sont ramenés à une unité unique : le kg (ou tonne) équivalent dioxyde de carbone.

L’impact carbone se mesure à partir du cycle de vie de chaque matériau réemployé. Et bien que l’on puisse regretter l’absence de préconisation ou démarche commune sur la méthodologie à suivre, de nombreux acteurs se penchent actuellement sur la question : la Fondation Energie Bâtiment, le CSTBBobi réemploi, Cycle up… Des outils pertinents sont ainsi à la disposition de tous : fiches de déclaration sanitaire et environnementale de la base Inies, base de données GES de l’Ademe.

La base de la méthode est de calculer la différence entre le scénario “matériaux neufs” et le scénario incluant du réemploi. Le fait de réemployer un matériau allonge sa durée de vie et supprime les impacts environnementaux qui auraient été produits pour la fin de vie du matériau 1 et la production du matériau 2.

Avec 320 tonnes détournées de la benne pour réemploi, les résultats du bilan environnemental de l’opération du Cadran Solaire montrent un impact majeur notamment avec les matériaux du second œuvre. En effet si ces derniers représentent à peine 1% en masse de déchets ils participent à hauteur de 30% de l’économie carbone du chantier. Cela s’explique par le fait que ces matériaux du second œuvre nécessitent l’extraction de matières premières rares et énergivores pour être produits et restent difficiles à traiter en fin de vie.

Le réemploi, créateur d’emplois et de nouveaux savoir-faire

Concernant l’impact social, la déconstruction sélective est une activité créatrice d’emploi et de nouveaux savoir-faire.
L’association Aplomb à travers son pôle réemploi Eco’Mat38, a embauché pour le chantier du Cadran solaire 12 salariés ETP.

Au terme des 8 mois de chantier, 6 ont débouché sur un CDI en 2021. Ces salariés, pour la plupart assez jeunes, retrouvent sens et valeurs dans ces nouveaux métiers. Ils ont contribué à la vente directe de 230T de matériaux (69%) par le biais du magasin de chantier éphémère. 99% de ces ressources vendues sont restés en Isère.

Enfin, les charges de l’activité de déconstruction sont majoritairement portées par le coût de la masse salariale (98%) et plus anecdotiquement par la logistique (2%). A savoir que les recettes dues aux ventes ne couvrent que 20% des charges. L’activité de déconstruction sélective est donc peu amortie par la vente des matériaux.

L’exutoire reste cependant un maillon essentiel de la réussite de la filière réemploi. Depuis début 2022, 4 personnes d’Eco’Mat 38 animent la première matériauthèque de l’Isère à Saint-Appolinard. L’équipe magasin assure ainsi l’exutoire des matériaux déposés et collectés par les équipes chantier d’Eco’Mat 38.

La boucle est bouclée, l’économie circulaire tourne dans le bon sens…


 
Fiche outil a télécharger en PDF 

Le chantier de déconstruction du Cadran solaire en vidéo :


Un article signé Bruno Jalabert, Directeur développement Eco’Mat38


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Auteur de la page

  • Bruno Jalabert

    directeur d'Aplomb, président de la Fédération Ecoconstruire

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