[Dossier Hors-site] # 15 - Le bois dans le hors-site : quand modularité rime avec durabilité

On ne présente plus le bois, matériau à la fois bas carbone, léger et polyvalent. Mais à l’heure où le hors-site devient l’un des alliés de poids de la réduction du poids carbone des chantiers, le bois a bien d’autres atouts. Facilement industrialisable, il permet des assemblages précis. Surtout, sa filière de transformation possède une solide expérience en termes de conception et de fabrication assistée par ordinateur. L’arrivée du BIM y a donc été perçue comme une simple évolution, là où elle représente une vraie révolution pour d’autres acteurs. Rencontre avec Michel Veillon, Directeur Général d’Ossabois et Mathias Boissière, Directeur Technique d’Ossabois.

1. Pourquoi travailler exclusivement avec le bois dans vos projets ?

M. Veillon : Ossabois a 40 ans d’existence. Créée par un fils de charpentier, l’entreprise porte historiquement le bois dans son ADN. Il est même possible de dire que le développement d’Ossabois a accompagné celui de la filière bois en France. Le bois est un matériau idéal pour la construction hors-site et modulaire. Ce qui importe dans le hors-site, c’est de pouvoir diminuer le temps de chantier tout en construisant des logements de qualité. Le bois est très avantageux pour cela. D’une part, il ne nécessite pas de temps de séchage, à l’inverse d’autres matériaux. Le bois est donc utilisable dès que le produit est transformé. Ensuite, c’est un matériau qui permet de construire des bâtiments très qualitatifs, avec de bonnes performances énergétiques et isolantes. En plus des performances bas carbone ! Son processus de transformation nécessite peu d’émissions carbone. Le bois n’a pas besoin d’être cuit, ni fondu pour être transformé. Il consomme non pas de l’énergie thermique, mais de l’énergie électrique, et cela change tout.

M. Boissière : Qui dit hors-site dit production industrialisée, en usine. Or, le bois est un matériau fait pour être travaillé sur machine, à partir du numérique. Quand on travaille le bois, on dessine en amont les pièces nécessaires sur des logiciels 3D. Cela permet une précision au millimètre près. C’est essentiel d’avoir une telle précision dans la construction modulaire, où tous les éléments doivent s’emboîter parfaitement. L’arrivée du BIM n’a donc pas été une révolution pour la construction bois : le traitement de ce matériau était déjà numérisé depuis une vingtaine d’année. En revanche, il a fallu apprendre à convertir les fichiers de travail pour les partager avec les différents bureaux d’études et pour les rentrer dans le BIM.

crédit photo : Lotfi Dakhli

2. Est-ce que la filière bois française a les capacités de répondre aux enjeux du modulaire et du hors-site ?

M. Veillon : Aujourd’hui, il est tout à fait possible de s’approvisionner localement en bois, ce qui limite les émissions liées au transport des matériaux, tout en favorisant l’économie locale. Les forêts françaises sont cultivées de plus en plus intelligemment, afin d’avoir une utilisation optimale du bois, qui ne menace pas la biodiversité. En fait, le bois a besoin d’être coupé, sinon il peut pourrir, et dans certains cas même relâcher du méthane. Il faut donc savoir l’exploiter au bon moment. Le bois reste par ailleurs une filière prometteuse. Il serait ainsi possible de doubler la production de bois français rien qu’en optimisant l’exploitation des forêts disponibles sur le territoire. Chez Ossabois, nous nous approvisionnons dans les forêts du Nord et de l’Est du pays, principalement en résineux, comme l’épicéa. Nous avons développé quatre usines à travers la France, afin d’être au plus près des sites de production.

Cependant, sur certains éléments, la production française est inexistante ou très faible, et manque de certifications. C’est pourquoi nous travaillons également avec du bois de Belgique, d’Autriche et d’Allemagne. Pour l’instant, plus de 50 % du bois que nous utilisons est français. D’ici 3 ou 4 ans, nous souhaitons atteindre 60 % voire 70 %. Nous comptons sur le développement des avis techniques sur les produits français, qui demandent quelques années d’études et de nombreuses démarches administratives pour aboutir.

3. Sur quels types de projets êtes-vous sollicités en général ?

M. Veillon : Nos premiers chantiers concernaient surtout des maisons individuelles. Aujourd’hui nous intervenons sur du logement collectif, du tertiaire, des bâtiments de santé, ou encore des EHPAD. En fait, il est possible de trouver du bois dans quasiment tous les projets de construction. Chez Ossabois, nous sommes spécialisés dans l’ossature des bâtiments. Cela permet d’avoir des murs légers et très isolants. C’est pourquoi le logement représente plus de la moitié de notre activité. Nous sommes aujourd’hui capables de réaliser 12 appartements par semaine.

Notre capacité à travailler de manière quasi industrielle, fait que nous avons une forte demande des projets avec des délais très courts. Cela concerne surtout les bâtiments qui dépendent d’une rentrée scolaire, comme des internats, ou des saisons touristiques, comme des hôtels, ou encore la construction de logements d’urgence, à destination de bailleurs sociaux par exemple. Nous gagnons au moins 50 % de temps comparé à un chantier traditionnel. En effet, le travail en usine est rapide, car industrialisé. Et grâce au BIM, tout est prévu à l’avance, au millimètre près. Il n’y a donc plus qu’à assembler sur place les différents éléments de la construction, selon la maquette prévue. C’est beaucoup plus rapide, et cela évite les erreurs de compréhension entre les différents corps de métier qui interviennent. Il n’y a pas besoin de repenser le chantier en cours de route.

4. Vous avez travaillé sur le projet du collège Revaison dans le quartier Saint-Priest à Lyon. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quel bilan faites-vous de ce projet ?

M. Boissière : Le projet du collège Revaison, réalisé en partenariat avec Bouygues Bâtiment Sud-Est, nous a permis de montrer que le hors-site bois peut tout à fait répondre à des enjeux d’inertie, de masse et d’acoustique, en construisant des bâtiments très qualitatifs. Le collège Revaison, c’est environ 1200m³ de bois utilisé, dont 200m³ de bois contrecollé, 250m³ de bois abouté et 600m³ de bois lamellé collé. Il a été réalisé avec les architectes Aurelie Dargnat et Sarah Bigot, ainsi qu’avec les dessinateurs Amelie Gibrat et Dimitri Chaussinand.

Le Collège de Revaison
Crédits : Architectes : Aurelie Dargnat & Sarah Bigot, Dessinateurs: Amelie Gibrat & Dimitri Chaussinand

                                             

crédit photo : Bouygues - Ossabois

L’établissement se compose de trois bâtiments. Le bâtiment A est une salle réservée aux activités sportives. Il fallait donc une structure qui puisse répondre aux besoins de grande portée de la salle. Nous avons choisi d’utiliser une structure poteau-poutre en lamellé collé. Les bâtiments B et C sont des espaces d’enseignements, construits à partir d’une centaine de modules préfabriqués. Le B a un rez-de-chaussée en poteau-poutre, sur lequel sont posé deux étages modulaires. Pour le rez-de-chaussée du bâtiment C, l’entreprise BBSE a réalisé une structure dalle béton, sur laquelle s’empilent également deux étages modulaires. Chaque bâtiment a des besoins en acoustique importants, d’où l’utilisation de planchers en lamellé collé, qui ont apporté de la masse dans le volume. Avoir de la masse permet de renforcer l’isolation acoustique des salles. Lors de ce chantier, nous avons pu poser quatre à six modules par jours. Grâce à cela, notre intervention n’a pas duré plus de six mois pour l’ensemble des trois bâtiments. Mais il est encore possible de réduire encore les temps de chantier, en anticipant autant que possible en phase d’étude, notamment grâce au BIM. C’est quelque chose sur lequel le secteur de la construction doit encore travailler.

5. Vous avez également été en charge de la construction d’une résidence hôtelière pour le groupe Maulin au Corbier dans le domaine des Sybelles (73). En quoi le modulaire bois permet-il de réaliser des bâtiments complexes de ce type ?

M. Boissière : Il y avait deux enjeux principaux dans ce projet, que nous avons réalisé avec Hubert Architecture. Le premier, c’était la rapidité de la construction. La résidence devait être prête rapidement. La cuisine, les salles de bain, les sols, tout a été réalisé à partir de modules. Nous avons ainsi utilisé 304 modules préfabriqués, pour un total de 1400m³ de bois. L’hôtel se compose de huit étages. Nous avons eu un rythme de pose de 8 modules/jour, soit une semaine de construction par étage. Il faut savoir que la construction en hiver n’est pas possible en montagne. Il faut donc agir vite, et de façon efficace. Avec la pause hivernale, un tel projet aurait pris un an de plus pour un chantier traditionnel. Le second enjeu était de réduire autant que possible l’impact de la construction sur l’environnement. L’utilisation du bois a permis de limiter le poids de la structure du bâtiment ainsi que les dimensions des fondations, afin de ne pas peser trop sur la montagne. Comparé à une structure en béton, le poids a été réduit d’au moins 50 %. Mais le bois présente également des avantages logistiques : les moyens de levage à mettre en place sont moins importants, puisque les éléments sont légers. Choisir le bois a permis au maître d’ouvrage d’optimiser son projet en termes de délais et de frais de gestion de chantier.. Dans ce projet précis, en prenant en compte tous l’ensemble des frais de construction, un chantier traditionnel en béton aurait été beaucoup plus cher. Alors que nous sommes à la toute fin du projet, comme pour le collège Revaison, notre bilan est que l’anticipation est plus que nécessaire afin de gagner du temps. Les échanges entre le maître d’œuvre, le maître d’ouvrage, les bureaux d’études et les corps d’états secondaires doivent se faire autant en amont du projet que possible.

Résidence hôtelière dans le domaine des Sybelles (73) - crédit photo : Hubert Architecture 
       
 
       
 crédit photo : Lotfi Dakhli        

6. Un dernier mot ?

M. Veillon : Si le hors-site ne devait avoir comme objectif que la réduction des délais, ce serait déjà très bien pour le renouveau du secteur de la construction. Mais le hors-site, et la modularité, c’est également une opportunité de repenser la construction vers des bâtiments plus durables, plus respectueux de l’environnement. Dans ce contexte, ce serait très dommage de se passer du bois. Bien sûr, il ne s’agit pas de faire du bois à tout prix. Il est important de mettre le bon matériau au bon endroit. Mais le bois est encore sous-estimé. Ne ratons pas les occasions de mettre du bois dans un bâtiment, quand cela est avantageux.

 

Michel Veillon, Directeur Général d'Ossabois

Mathias Boissière, Directeur Technique d'Ossabois

 

 crédits photos portraits : Lotfi Dakhli

Ossabois est une entreprise spécialisée dans la construction modulaire bois. Créée en 1981, elle possède à présent 3 usines en France. Son chiffre d’affaire est de 40 millions d’euros. En 2018, Ossabois a rejoint le groupe GA, promoteur immobilier, constructeur et gestionnaire.

 

Propos recueillis par Manon Salé, Construction21

 

Consulter l'article précédent :  # 14 - La modularité à l’usage

 


           

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crédit photo principale : Bouygues - Ossabois

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