[Dossier Hors-site] # 14 - La modularité à l’usage

Andrea Guazzieri, architecte fondateur de l’agence homonyme Andrea  Guazzieri Architecte, s’interroge  sur la question de la réversibilité  des logements dans des contextes  périurbains. Il propose de poser un nouveau regard sur la typologie  d’habitat et l’évolution des modes de  vie des habitants d’un logement au fil  du temps. 

« On peut considerer la ville comme un écosystème en constante évolution. L’un des défis de l’architecture est d’anticiper et traduire en forme les changements des modes de vie de demain. » Andrea Guazzieri  

Situé sur une parcelle d’angle, à la limite entre les communes de Vitry et Villejuif, le projet de sept logements explore un modèle d’habitat capable de s’adapter à ses habitants.  « L’architecture est en quelques sortes à la recherche d’un équilibre entre le contenu du programme et les opportunités que l’on perçoit dans le contexte. Les rues étroites qui déterminent la parcelle du projet nous ont suggéré, par contraste, de trouver une stratégie  pour agrandir la profondeur de champ visuel. Et c’est en recherchant un équilibre entre masse bâtie et transparence que nous avons perçu qu’il était opportun d’explorer pour cette opération une nouvelle typologie de logement individuel. » 

La stratégie a été développée en réponse à des problèmes spatiaux concrets : au lieu d’un  immeuble de logements avec des parkings souterrains, les logements ont été placés au premier étage pour libérer entièrement le rez-de-chaussée. Cet espace peut servir au départ  aussi bien d’accès, de terrasse couverte, d’extension du jardin, ou de parking pour un ou  deux véhicules. Un tel système ouvert permet par avance la croissance et la reconfiguration de ses espaces : le rez-de-chaussée peut être fermé en ajoutant simplement quatre murs,  créant ainsi une extension naturelle de la maison, au gré des besoins et des décisions des futurs habitants.  

« Ce projet se fonde sur deux postulats de la ville de demain : la mobilité et l’aménagement  du territoire. Posséder une voiture est aujourd’hui la norme, notamment en périphérie »,  explique Andrea Guazzieri. « Ce sera vraisemblablement moins le cas demain, en examinant  les dimensions sociales, culturelles et économiques de la vie urbaine, ainsi que l’évolution  des transports en commun. Par ailleurs, l’idée selon laquelle la terre et le territoire sont des ressources précieuses et limitées est une clef de voûte dans la stratégie du projet. En  tant qu’architectes, nous avons le devoir de valoriser chaque mètre carré et d’imaginer la  façon dont notre architecture pourra s’adapter aux futurs changements de style de vie et à l’évolution des usages et des modes d’occupation. »   

Une solution à la complexité croissante  

Alors que le secteur résidentiel est confronté à de multiples problématiques, la conception aborde quelques facteurs limitatifs dans le BTP et les réalités sociales existantes des milieux  urbains. Selon des statistiques récentes, la taille moyenne des logements a diminué d’environ 30% entre 1985 et 2020. De surcroît, des habitants locaux ont signalé au cours de  l’année passée plusieurs actions de violence dans le quartier et ce aussi pour un manque  de relation entre voisins et d’un sens d’appartenance au lieu. Autour du site, le bâti est hermétique : les maisons individuelles construites en limite de propriété font de barrière  entre la rue et la cour d’ilot. Situation que la ville souhaite changer au profit d’une majeure  perméabilité entre propriété privée et domaine public pour favoriser les échanges entre  voisins. 

La modularité à l’usage  

Premièrement, notre stratégie pour libérer le rez-de-chaussée nous permet d’explorer les dynamiques sociales d’occupation du territoire urbain et de créer un sentiment de  communauté. Cette perméabilité élargit les options en faveur d’une diversité de modes d’habiter - un dispositif particulièrement important en ce qui concerne les modèles de familles et de foyers contemporains. L’espace non-affecté a été conçu pour être adaptable, par exemple un niveau supplémentaire, un jardin, un garage ou encore un lieu de travail.  Cette conception modulaire reflète la diversité des structures domestiques (des foyers). La  surface moyenne de chaque étage est d’environ 45m2.  

Cette surface a été étudiée sur la base de deux questions pratiques :  

- Quelle est la dimension maximale d’une construction sans devoir déposer un permis de construire? Autrement dit, sera-t-il possible d’aménager le rez-de-chaussée sur la base d’une simple déclaration de travaux?  

- Existe-t-il une surface hybride qui permette de réaliser un grand T2, un petit T3, un petit local d’activité ou un bureau de quatre à cinq personnes?  

Un rectangle de dimension 6 x 7.5 mètres permet plusieurs configurations d’aménagement.  Pour un logement, la largeur minimale pour créer une chambre et un séjour, ou deux chambres, s’élève à six mètres. 

 

Vue depuis la rue (c) Flooer

Maisons sur pilotis  

« Nous aurions pu dessiner des maisons individuelles avec une emprise au sol limitée, isolées les unes des autres par des jardins, mais cela aurait conduit à un morcellement des espaces  extérieurs et un accroissement du développé de façades », explique Andrea Guazzieri. « Le concept emprunte une approche moins conventionnelle, pour développer une forme  intelligente qui privilégie et amplifie qualité d’usage, fluidité spatiale et transparence. Plutôt que d’asseoir de façon classique la maison au niveau du sol et les stationnements en dessous, nous avons choisi de libérer complètement le rez-de-chaussée et de placer les maisons sur des pilotis. Ce simple geste permet d’offrir aux habitants un jardin partiellement couvert se déployant sur toute la parcelle, ainsi qu’une complète perméabilité de l’extérieur vers l’intérieur de l’îlot. Les habitants peuvent ainsi bénéficier de 100 mètres carrés d’espaces  extérieurs, au lieu de 40 mètres carrés. »  

Une structure standardisée  

Le choix de la matérialité et du mode constructif a été une étape importante du projet et est intervenue de façon précoce dans le processus. Il s’agissait de parvenir à une cohérence  visuelle et constructive globale, en créant une présence forte mais subtile, tout en s’inscrivant  dans l’enveloppe financière. Le système de structure est complètement indépendant du plan des logements. Une ossature standardisée, qui pourra être réalisée en béton, bois ou acier, soutient les planchers, les escaliers et le toit. A l’intérieur tout est libre, et modifiable à l’envie.  Le recours à une structure préfabriquée permet de rationaliser et d’optimiser les coûts de construction. Cette structure sera ensuite habillée avec une ossature légère et un bardage dont le motif varie.  

L’achèvement du projet est prévu pour fin 2021.

Vue depuis les jardins intérieurs (c) Flooer

Vue intérieure, R+1 (c) Flooer

Vue du projet de la rue de Génie (c) Flooer



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Crédit photos Andrea Guazzieri Architecte

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