La formation BTP de demain sera numérique ou ne sera pas !

Rédigé par
Franck Le Nuellec

Directeur du marketing, du développement et de l'innovation

2925 Dernière modification le 19/10/2022 - 12:35
La formation BTP de demain sera numérique ou ne sera pas !

Aujourd’hui, les formations du BTP font face à une triple pression : elles doivent répondre aux besoins des entreprises, aux impératifs de la transition du secteur du bâtiment, ainsi qu’aux attentes et aux profils des jeunes apprentis. Le numérique apparaît alors comme un allié incontournable et de taille pour répondre à ces enjeux. Rencontre avec Pascal Miché, Responsable du Pôle Ingénierie et Innovation pédagogique au CCCA-BTP. 

De quels métiers et compétences a besoin le secteur du BTP pour construire et rénover des bâtiments bas carbone et résilients ? 

Pascal Miché : La transition du secteur concerne tous les métiers du BTP, notamment ceux qui touchent à l’enveloppe des bâtiments et à la gestion de l’énergie. Il n’y a pas besoin de nouveaux métiers en soi, mais plutôt de nouvelles compétences et connaissances dans des métiers déjà existants. Les jeunes ont par exemple besoin de se former à la performance énergétique et environnementale du bâti. Cela nécessite entre autres une connaissance fine des caractéristiques des différents matériaux et de leurs modalités de mise en œuvre, des différentes réglementations qui touchent au bâtiment, etc. 
 

« Le numérique » fait-il partie de ces nouvelles compétences ? Quelles sont les compétences numériques à acquérir par les (futurs) professionnels ? 

Pascal Miché : Le numérique fait évidemment partie des nouvelles compétences à acquérir. Le secteur du bâtiment connaît actuellement une transition digitale importante. De plus en plus de bâtiments sont équipés de solutions domotiques, de capteurs divers, de systèmes énergétiques intelligents, etc. La formation des futurs professionnels aux métiers du BTP doit être capable de s’emparer de ces sujets. 

Aujourd’hui, le digital offre une meilleure compréhension d’un bâtiment et des éléments qui le composent. Grâce au processus BIM et aux maquettes numériques, nous pouvons avoir de nombreuses données sur un bâtiment, avec des informations très précises sur les matériaux présents, son organisation interne, les chemins de câbles, etc. C’est la carte vitale du bâti ! C’est essentiel pour optimiser les performances énergétiques et environnementales d’un bâtiment. Et cela garantit en même temps une meilleure interopérabilité entre les métiers du BTP lors des interventions. Cela vaut également pour les chantiers : grâce au numérique (processus BIM, applications métiers), les chefs de chantier et d’équipe vont pouvoir gérer plus facilement les activités sur le site, la logistique et le stockage et petit à petit se passer des plans papiers.  

 

Pourquoi et comment l’apprentissage peut aider à mieux former sur les enjeux liés au dérèglement climatique ? 

Pascal Miché : L’apprentissage permet de former des citoyens actifs, qui ont conscience des enjeux liés au dérèglement climatique (gestion de l’eau, de l’énergie, impact environnemental des pratiques, etc.). Ces sujets, de plus en plus présents dans les référentiels de formation, sont abordés lors des périodes de formation en organismes de formation (OFA). Les formateurs expliquent aux apprenants, les enjeux et les impacts sur les systèmes constructifs du bâtiment et ceci pour les métiers du BTP. 

C’est grâce à la mise en œuvre de la pédagogie de l’alternance s’appuyant sur une véritable complémentarité des enseignements entreprise/OFA, que les apprentis vont pouvoir appliquer concrètement les nouvelles connaissances vues en OFA dans leurs entreprises et sur les chantiers, par exemple, sur le choix de matériaux durables et leur mise en œuvre. Ils vont également pouvoir prendre du recul sur les pratiques des entreprises qui les accueillent et peut-être même pour les plus qualifiés participer à des changements internes de fonctionnement.  
 

En quoi le numérique peut-il rendre les métiers du BTP et les formations associés plus attractifs ? 

Pascal Miché : Tout d’abord, il convient de rappeler qu’aujourd’hui, environ 75% des apprentis disent être venus d'eux-mêmes dans les formations aux métiers du BTP. C’est leur choix ! Dans le même temps, les jeunes sont particulièrement à l’aise avec les outils numériques. Ils sont en demande de modalités de formation intégrant le digital. De plus, il y a également une forte demande de la part des entreprises, dont les métiers ont déjà commencé à changer avec le digital. Il faut donc proposer en OFA des formations adaptées et plus attractives. 

De plus en plus d’OFA intègrent dans leurs formations des modalités pédagogiques utilisant le numérique. La marge de progression est grande et les possibilités digitales variées (réalités augmentées, virtuelles, serious games, etc.). Les jeunes s’y retrouvent bien et sont très preneur de ces nouvelles modalités de formation.  

Au-delà du numérique, il est important de permettre aux jeunes d’être plus autonomes si nous voulons continuer à être attractifs. Il faut les impliquer rapidement dans les métiers, les rendre acteurs de leur formation et prévoir des modalités adaptées au choix de leur orientation. Cela passe aussi par une revalorisation des formations. 
 

Qu’est-ce que le numérique peut changer dans les formations ? 

Pascal Miché : Le numérique impacte à la fois le fond et la forme des formations. Sur le fond, les jeunes vont apprendre à manier de nombreux logiciels et outils numériques, dont ils se serviront dans leurs métiers. 

Sur la forme, il faut savoir que les OFA visent à mettre en place la modularisation et l’hybridation des parcours. L’objectif est de personnaliser le plus possible les parcours des apprenants en s’appuyant sur des formations multimodales. La transition digitale peut apporter beaucoup sur ce point, par exemple avec la mise en place de séquences de formation en distanciel, que les apprentis pourront suivre selon leurs besoins. 

De plus, les formateurs peuvent utiliser des outils et applications numériques lors de leurs séquences de formation pour faciliter l’apprentissage des nouvelles compétences et connaissances. Ainsi, grâce aux modalités de formation immersive, il est possible aujourd’hui de mettre les apprentis dans des conditions similaires à celles d’un chantier et de réaliser en autonomie certaines activités, tâches, d’utiliser des outils ou machines, faire des choix techniques et tout cela de manière virtuelle. Cela favorise chez l’apprenant la mémorisation, l’acquisition de méthodologie de travail tout en ayant le droit à l’erreur. Je pense que les modalités immersives sont vraiment l’avenir de la formation car elles vont apporter de la complémentarité aux actions de formation en atelier en OFA et aux séquences de formation en technologie.  

A quoi ressemblera l’OFA de demain ? 

Pascal Miché : L’objectif central d’un OFA de demain est de décloisonner les métiers. Il faut absolument renforcer à travers les enseignements proposés l’interopérabilité des métiers afin d’avoir des bâtiments plus performants. Pour cela, il est nécessaire de mettre en place des plateaux techniques multi-usages dans les OFA, qui permettent de la coactivité tout en mettant les jeunes en situation de chantier et en phase réflexion sur l’amont et l’aval de son intervention. 

L’OFA de demain doit avoir un centre de ressources repensé pour aller vers un learning labs à disposition des apprentis mais également des entreprises de leur territoire. Certains OFA commencent par exemple à s’équiper de matériauthèques évolutives. Cela permet de mettre à disposition et de valoriser un large éventail de matériaux, qui change au fur et à mesure des avancées du secteur. 

Enfin, l’OFA de demain doit offrir une meilleure synergie entre entreprises formatrices et formateurs. Il y a besoin d’échanges, de partage, de collaboration, pour garantir la meilleure formation possible aux jeunes et assurer leur suivi.  

Ces objectifs sont à la portée de tous les OFA ! L’évolution générale des formations doit se faire en deux temps. D’abord, il faut réfléchir sur l’organisation, le fonctionnement de l’OFA, la mise en mouvement des équipes de formateurs à partir des évolutions possibles de l’offre de formation et de ses ingénieries de formation et pédagogique. Ensuite seulement, il sera possible de faire évoluer les espaces de formation vers plus de complémentarité et de modularité. 


Entretien de Pascal Miché du CCCA-BTP. Propos recueillis par C21 La Rédaction. 


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