La force d'une stratégie sectorielle de l'openBIM au service de la transition écologique de la Construction

Rédigé par

guersendre nagy

Responsable communication - relations publiques et membres

2945 Dernière modification le 05/10/2022 - 12:54
La force d'une stratégie sectorielle de l'openBIM au service de la transition écologique de la Construction

Face à l’urgence climatique rappelée par les rapports du GIEC, les acteurs de la construction se sont engagés pour mettre en œuvre une économie circulaire et atteindre la neutralité carbone en 2050. Des solutions innovantes et disruptives émergent mais nécessitent une definition partagée des méthodologies de calcul d’impact. Seule l'agilité des outils numériques le permettra, dès lors que les caractéristiques de sobriété, de pérennité et de partage des informations débarrassées des obstacles techniques y seront associées, dans le respect de la propriété intellectuelle de chacun. L’interopérabilité permise par l’openBIM, telle que l'industrie de la construction la développe, garantit à tous la possibilité de participer à la conception, la construction, à la gestion et à la gestion de l’obsolescence de l’ouvrage. A partir des travaux déjà engagés sur la transformation digitale de la Construction, plusieurs organisations professionnelles du secteur – FNTP, EGF.BTP, le projet national MINnD et Syntec Ingenierie, rejoints par buildingSMART France – se sont fixé trois ambitions communes pour aller plus loin dans la transition écologique des métiers de la filière grâce au numérique. C’est ce manifeste qui est publié ici après la prise de parole des signataires.

La FNTP

« La FNTP a engagé la filière des travaux publics pour réduire ses émissions de Gaz à Effet de Serre de 40% en 2030 (vs 1990) et à la neutralité carbone en 2050, sur l’ensemble de l’acte de construire (matériaux et énergies comprises). La FNTP a démontré – avec buildingSMART France, EGF-BTP, le pn MINnD et Syntec Ingénierie - que la transition digitale, avec le BIM, est indispensable pour respecter cet engagement fort, et donc permettre une transition écologique vigoureuse. Pour cela, la FNTP met en place un dispositif de formation à destination de ses 8 000 adhérents, sur sa plateforme d’e-learning tp.demain. Les entreprises de travaux publics pourront ainsi monter en compétence, afin d’atteindre une maturité élevée, gage de collaboration entre les différents acteurs de la filière. Les adhérents de la FNTP pourront ainsi tirer le meilleur parti du BIM, sur tous les aspects de sécurité, d’émissions de GES et bien entendu de productivité et de qualité. Le BIM est un outil qui permet d’optimiser un ouvrage sur son cycle de vie complet, de la conception à la construction, à l’exploitation/maintenance, et jusqu’à la transformation ou la déconstruction. Il est donc indispensable que les maîtres d’ouvrage généralisent son usage pour en exploiter pleinement le potentiel d’améliorations des mêmes aspects de sécurité, d’émissions de GES, d’économies, de productivité et de qualité. »

EGF.BTP

« EGF est l’organisation professionnelle des entreprises générales du bâtiment et des travaux publics, reconnues pour leur capacité à innover et leur approche globale et durable de l’acte de construire. Les entreprises générales membres d’EGF œuvrent avec conviction pour répondre aux enjeux sociaux, sociétaux, et environnementaux de notre époque. La transition numérique en fait évidemment partie, le BIM étant un levier majeur pour réussir la transition écologique de la filière construction. »

Le pn MINnD

« En mobilisant l’ensemble de l’écosystème des acteurs français de BIM pour les infrastructures depuis 2014, MINnD a généré une dynamique collaborative qui a fait avancer la compréhension et la formulation des besoins des attentes autour de la digitalisation de la filière. De nombreux livrables auront été produits notamment en matière de pré-normalisation (cf article sur les IFC4.3 catalyseurs d’infrastructures durables de ce dossier), mais aussi des spécifications pour positionner la pratique du BIM dans l’opérationnel (rétro-engineering, gestion des incertitudes, lien avec le PLM, archivage, revue de projet). Développant une approche globale appuyée sur des standards ouverts, MINnD a proposé des visions ambitieuses sur le partage des données, les plateformes collaboratives, les jumeaux numériques, l’impact carbone ou la ville intelligente (à découvrir dans la revue RGRA sept. 22). Les questions de formation et de structuration d’un pôle recherche ont aussi été abordées en permettant la mise ne place du réseau académique EduBIM. Les résultats du projet national MINnD contribueront à la mise en œuvre de la stratégie commune de l’openBIM au service de la transition écologique : à découvrir à BIM World 2023. »

Syntec Ingénierie

« De manière à renforcer son action dans la lutte contre le réchauffement climatique, la France s’est engagée a adopté dès 2015 la première Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC). Les sociétés d’ingénierie se sont pleinement engagées pour atteindre cet objectif, notamment par la mise en place d'une charte climat de Syntec-Ingénierie, permettant de réduire l’impact carbone de leurs propres activités, ainsi qu’agir concrètement en faveur du climat au travers des projets qui leurs sont confiés. Le BTP est le premier secteur consommateur d’énergie et le deuxième plus gros émetteur de GES en France. L’un des leviers pour réduire son impact carbone réside dans le jumeau numérique des ouvrages. Dans ce but, toute la profession et les acteurs de la chaine de valeur se mobilisent depuis de nombreuses années pour le déploiement du Jumeau Numérique auprès des acteurs publics et privés. Pour répondre à cet enjeu, Syntec-Ingénierie est engagée à travers sa représentativité dans de nombreuses instances nationales et régionales : l’élaboration d’une note de position portée à l’occasion de l’évènement InfraBIM Open en janvier 2022, mais également la publication d'une récente tribune aux côtés de la FNTP, d'EGF.BTP, de MINnD et buildingSMART France illustrent cet engagement. Le jumeau numérique offre en effet l’opportunité de pouvoir accélérer la transition écologique de la filière à travers une optimisation de l’empreinte carbone globale d’un ouvrage dès sa phase de conception. En complément, l’interopérabilité et la standardisation des processus sont aujourd’hui clés pour garantir un accès égal et libre à tous les systèmes. La généralisation de son usage est dès lors fondamentale pour assurer une transition écologique et numérique réussies pour l’ensemble des acteurs de la filière. » 

bSFrance

« Au-delà des travaux menés depuis des années au développement des normes BIM – ce qu’on appelle openBIM – par la communauté buildingSMART reconnu par le World Economique Forum, de nouveaux horizons s’ouvrent à nous avec les actions de la Commission Européenne et différents projets comme Gaia-X ou Atlas. Au cœur des réflexions, l’optimisation du partage d’informations pour faire de la commande publique un catalyseur du Digital decade et du Green Deal. Cela implique la standardisation des appels d’offres et des cahiers numériques d’un ouvrage (ou Building Digital Logbook) ainsi que des process collaboratifs liés à ces environnements de données. Clairement nous avons dépassé la vision d’un BIM d’image pour nous focaliser sur les données nécessaires aux métiers et l’interconnexion des bases de données ». 

Manifeste « l’openBIM au service de la transition écologique »

Face à l’urgence climatique rappelée par les rapports du GIEC, les acteurs de la construction (Maîtres d’œuvre/Constructeurs/Exploitants/Mainteneurs) sont engagés pour mettre en œuvre une économie circulaire et atteindre la neutralité carbone en 2050. Les outils numériques permettant de proposer des solutions, de simuler les trajectoires et d’en suivre la progression, sont des leviers indispensables pour assurer cette transition écologique

L’impact carbone et le numérique

Un projet d’infrastructure est complexe, étant donné la multiplicité des interfaces entre les acteurs, les propriétés physiques, la durée de vie des ouvrages... La maturité des outils numériques permet désormais de simuler, de mesurer, de comparer et de gérer les informations et leurs échanges. L’openBIM, reposant sur des normes ouvertes de données et de processus de travail, permet à tous les acteurs de la construction de collaborer autour d’une même représentation numérique, indépendamment de la solution logicielle utilisée. Techniquement, les entreprises françaises de conception comme de construction, d’exploitation et de maintenance, se sont engagées depuis de nombreuses années dans cette transformation numérique.

Les entreprises françaises de conception, de construction, d’exploitation et de maintenance ont innové et leurs offres sont désormais prêtes.

Leurs outils numériques permettent maintenant tout à la fois de mieux appréhender la complexité et l'état des infrastructures existantes, d’assurer la précision du dimensionnement en garantissant la durée de vie de l’ouvrage, de simuler son vieillissement, avec par exemple les conséquences d’évènements climatiques prévisibles, mais également de générer des informations fiables à tous les niveaux, pour les achats, les livraisons, les phases de travaux, la sécurité, les prises de décisions, la gestion des documents à jour…

Cette efficacité numérique est ainsi mise au service d’ouvrages faiblement générateurs d’émissions de CO2. Elle permet de travailler simultanément notamment sur les matériaux, les objets, les procédés de construction, les usages. Les gains de chaque phase se mutualisent avec ceux des autres phases, et ce, pendant toute la durée de vie des ouvrages.

L’openBIM autorise la définition d’indicateurs et l’acquisition de données fiables pour les renseigner. Il permet aussi d’en assurer le traitement afin de prédire le comportement, suivre et vérifier la performance des ouvrages.

Des solutions innovantes, disruptives, vont devoir émerger. Seule l'agilité des outils numériques le permettra, dès lors que les caractéristiques de sobriété, de pérennité et de partage des informations débarrassées des obstacles techniques y seront associées.

L’interopérabilité permise par l’openBIM, telle que l'industrie de la construction la développe, garantit à tous la possibilité de participer à la conception, la construction, au pilotage et à la déconstruction de l’ouvrage.

A l’échelle du quartier ou d’un territoire, ces données permettent d’avoir une vision plus large des enjeux en produisant des bilans pertinents.

A partir des travaux déjà engagés en matière de numérique, la profession s’est fixé trois ambitions pour aller plus loin dans la transition écologique de ses métiers :

  • Une vision commune,
  • Un référentiel partagé,
  • Une feuille de route commune.

Ambition 1 : une vision commune

La transition numérique ne pourra être efficace qu’en conformité avec la vision commune de la profession. Pour rappel : 

  • L'openBIM et l’openSIG garantissent l’accessibilité aux données, seul gage de collaboration entre acteurs et d’efficacité dans les différentes étapes d’un projet.
  • Les données doivent être interopérables, exploitables de façon pérenne, et correctement tracées, afin de fluidifier les échanges et d’établir la confiance entre tous les acteurs du projet.
  • Les clouds sont nécessaires au partage des informations, mais ne doivent pas être confisqués par des tiers qui ne garantiraient pas la souveraineté, la neutralité, la réversibilité et la sobriété (en termes de redondance de données).
  • La réglementation doit être complétée et améliorée pour protéger les données, les savoir-faire et les propriétés intellectuelles de chacun.

Une vision commune de l’openBIM au service de la transition écologique signifie un objectif partagé par tous, y compris les donneurs d'ordre. Cette vision inclut, grâce à la mise en œuvre des jumeaux numériques, le suivi de la trajectoire bas-carbone tout au long de la vie de l’ouvrage.

Ambition 2 : un référentiel partagé

Ces dernières années, Les acteurs de la filière ont élaboré et publié un ensemble de documents normatifs. Les donneurs d'ordre peuvent donc s'appuyer sur ce corpus complet du domaine du bâtiment, des infrastructures et des territoires. Certains maîtres d'ouvrage et gestionnaires d'actifs construits et de territoires ont d’ores et déjà mis en œuvre une stratégie volontariste prescrivant le recours à l'openBIM et aux jumeaux numériques. Il faut désormais généraliser ces pratiques. L'écosystème français de la construction, particulièrement dynamique, accompagne ces transformations de façon concertée et opérationnelle, avec les partenaires internationaux et les éditeurs de logiciels.

Le corpus actuel agit sur :

  • L'organisation de la donnée autour des objets à construire : on peut citer notamment la norme IFC 4.3, dénommée ISO 16739, qui traite de toutes les données du jumeau numérique du territoire.
  • L'organisation des processus sur les échanges de données, avec la norme ISO 19650, permettant la mise en œuvre des processus numériques dans les contrats.
  • La structuration de la connaissance métier liée aux objets de la construction avec la norme ISO 23386 qui donne les moyens aux experts-métier de définir les propriétés des objets. De là découlent de véritables quantitatifs et l'élaboration d’indicateurs mesurables de performance. 

Ambition 3 : une feuille de route commune

La commande publique ne peut plus attendre pour jouer pleinement son rôle de levier de la transition écologique. Elle doit inciter dès à présent tous les acteurs à la mettre en œuvre au travers de la transformation numérique, pendant toutes les phases du développement et de la vie des ouvrages. Ceci exigera de nouveaux cadres et termes de référence pour orienter les consultations, incluant les phases d'exploitation/maintenance pour conduire et contrôler le suivi des ouvrages.

Les termes de référence (spécifications techniques des Cahier des Clauses Techniques Générales et Cahier des Clauses Administratives Générales) de la commande publique devraient :

  • Inclure les spécifications techniques orientant vers les technologies openBIM et « open Cloud ».
  • Inclure les spécifications favorisant la constitution de jumeaux numériques comme actifs numériques pérennes.
  • Intégrer ces indicateurs dans les systèmes de notation afin de comparer les offres et de valoriser les mieux-disantes en termes d’empreinte carbone et d’économie circulaire.
  • Optimiser, grâce au numérique, les investissements (CAPEX) et les dépenses d’exploitation (OPEX), et donc la gestion patrimoniale des infrastructures.
  • Intégrer des paramètres quantifiables, standardisés et transparents de comparaison des offres, afin de ne pas créer de distorsion de concurrence.


Une tribune signée FNTP, EGF.BTP, Syntec ingénierie, pn MINnD et bSFrance 


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