L'État table sur deux fois moins d'énergies fossiles dans 10 ans

Rédigé par
Anne-Sophie Tardy - Construction21

Responsable de l'éditorial

868 Dernière modification le 27/11/2023 - 00:00
L'État table sur deux fois moins d'énergies fossiles dans 10 ans

Le gouvernement a mis en consultation sa stratégie pour l'énergie et le climat. Un document de 102 pages dans lequel le ministère de la Transition énergétique livre les grandes lignes de la prochaine programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).

Les grands axes étaient connus depuis le discours de Belfort d'Emmanuel Macron en février 2022. Ils sont désormais officiels depuis la publication ce mercredi 22 novembre de la stratégie française pour l'énergie et le climat (SFEC). Le document, attendu depuis six mois, a pour objectif de donner la trajectoire pour sortir des énergies fossiles d'ici à 2050.

Aujourd'hui, le mix énergétique français est encore majoritairement composé d'énergies fossiles, gaz et pétrole en tête. Des 58 % actuels, le ministère de la Transition énergétique vise à réduire cette part à 42 % en 2030 et 29 % en 2035, soit deux fois moins en dix ans. Pour comparer, sur les dix dernières années, la part des énergies fossiles dans la consommation énergétique en France n'a diminué que de 4 %. Autrement dit, pour atteindre l'ambitieuse diminution que souhaite le gouvernement, il va falloir drastiquement modifier les pratiques et les déploiements. Quatre angles d'attaque ont été définis par le ministère.

Le premier se passera à l'intérieur des foyers, avec une baisse drastique des consommations énergétiques des Français. D'après le document, elles devront baisser de 30 % d’ici à 2030 par rapport à 2012, puis de 40 à 50 % en 2050 par rapport à 2021. Si l'on se permet encore une comparaison avec les années passées, la consommation d’énergie a diminué de seulement 5 % entre 2012 et 2019. Oui, mais, comme le note le gouvernement dans son rapport, la diminution s'est faite plus rapidement depuis 2022. Pour cause, la sobriété observée l'an dernier est une conséquence d'un hiver doux, de la guerre en Ukraine et des prix des énergies aux fluctuations incertaines. Il n'empêche que le gouvernement espère capitaliser sur cette dynamique du "moins".

Rénover plus pour consommer moins

Cela n'étonnera personne, la baisse des consommations énergétiques des Français passera donc par la rénovation du parc immobilier. Le ministère de la Transition énergétique a rappelé l'objectif de 200 000 rénovations énergétiques d’ampleur dès 2024, soit plus d’un doublement par rapport au rythme annuel actuel, à l'aide d'une enveloppe de 5 milliards d’euros. Le gouvernement espère ensuite 900 000 rénovations d’ampleur par an en 2030.

Sur les routes, la décarbonation passera par l'évangélisation du véhicule électrique. Comme le précise le ministère dans le document, le déploiement sera soutenu par un système de bonus-malus et de prime à la conversion rénové en 2024 ainsi qu'un lancement du leasing à 100 euros pour les Français les plus modestes avec toujours comme objectif, la fin de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035.

Atomes crochus

Bien sûr, à électrifier le parc automobile et le chauffage des bâtiments, à l'instar de l'émergence des pompes à chaleur, le gouvernement va devoir augmenter significativement la production d'électricité décarbonée, de 35 % dès 2035 et de 55 % d’ici à 2050 par rapport à 2021. Le ministère confirme d'ailleurs la prolongation de tous les réacteurs nucléaires qui pourront l'être et la construction de six réacteurs EPR2 à partir de 2035. Une étude de faisabilité est également en cours pour huit réacteurs supplémentaires.

Les usages qui ne pourraient quant à eux pas être électrifiés, tels que l'industrie, devraient voir se massifier la chaleur bas carbone d'ici à 2035 au travers de la géothermie, du biogaz et du solaire thermique.

Pour participer à la sortie des énergies fossiles, les énergies renouvelables devront véritablement se déployer. Si le gouvernement les adoube dans sa stratégie, les qualifiant de rentables et compétitives, il prévoit notamment d'atteindre 18 GW produits par l'éolien en mer d'ici 2035, contre 0,5 GW aujourd'hui, mais également 75 GW produits par le solaire photovoltaïque à la même échéance, au lieu des 16 GW actuellement, ainsi que le doublement des productions d'énergies par l'éolien terrestre, les réseaux de chaleur et de froid et le biogaz.

Reste à voir si et comment ces objectifs ambitieux seront atteints. Un document interne au ministère de la Transition énergétique révélé par Contexte montrait les doutes du cabinet d'Agnès Pannier-Runacher pour atteindre véritablement la neutralité carbone en 2050. La stratégie énergie et climat du gouvernement est quant à elle ouverte à la consultation publique jusqu'au 22 décembre.

 

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