L’éclectisme écologique en architecture : que peut-on attendre de la nomination du Pritzker price français en 2021 et après ?

L’action écologique en architecture ne peut pas ignorer le poids de la reconnaissance du parcours des nouveaux Pritzker Price Lacaton et Vassal - si singulier - promu au rang d’exemple. « Faire mieux avec moins », ou comment le motto « Less is more » de Mies van der Rohe est propulsé dans notre recherche contemporaine du bien-être. Les solutions de demain, pour se loger notamment, devront être pragmatiques et innovantes. Cette exemplarité sera-t-elle suffisante pour changer de paradigme jusqu’à parler d’impact ?

L’annonce n’est pas passé inaperçue mi-mars. Les architectes français Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont reçu le prix Pritzker 2021, la plus haute distinction internationale dans le monde de l’architecture. Il faut le dire, c’est une bonne nouvelle pour la France. Depuis 1979, ce prix a été attribué à deux autres architectes français, Christian de Portzamparc en 1994, puis Jean Nouvel en 2008. Une fois le sentiment d’euphorie retombé, cette nomination incite à comprendre ce qui motive un tel choix car les nouveaux lauréats ont peu de chose à voir avec leurs deux confrères prédécesseurs.

Depuis 9 ans, le Pritzker Price fait « ses courses » dans le Global Award for Sustainable Architecture : Wang Shu GA2007 puis Pritzker (Pr) 2012 ; Alejandro Aravena GA2008 puis Pr2016 ; Balkrishna Doshi GA2007 puis Pr2018, et Lacaton & Vassal GA2018 puis Pr2021. Le prix américain, plutôt décerné aux « starchitectes », avait récompensé en 2002 l’australien Glenn Murcutt dont l’appétence pour les milieux et l’écoresponsabilité a probablement été déterminant dans le comité de 2011 à 2018. En 2021, c’est Alejandro Aravena qui préside le jury américain dans lequel siège aussi Wang Shu.

Comme le mentionne le Global Award for Sustainable Architecture, le regard sur l’architecture mondiale change vers des pratiques « qui partagent les principes du développement durable et d’une approche participative de l’architecture aux besoins des sociétés ».

D’une approche marginale à une inspiration globale : quelle influence réelle du parcours récompensé ?

Le parcours d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal repose sur des valeurs qui n’ont pas été le leitmotiv des aménageurs, des maîtres d’ouvrages et des concepteurs durant les quatre décennies passées. Il faut dire que depuis les années 1980, ces deux architectes travaillent sur des projets qui situent en premier lieu l’usager dans un espace-temps de vie, conçoivent des intérieurs qui se projettent vers l’extérieur – et non l’inverse-, étudient des bâtiments « pauvres » qui ont une histoire forte à prolonger, prônent l’économie de moyen communément appelée frugalité. Cet engagement a marqué les esprits à plusieurs reprises. Dès 2005, Paris-Habitat lance un concours pour démontrer la validité d’une alternative à la démolition-reconstruction avec la réhabilitation de la tour d’habitation Bois-Le-Prêtre (Équerre d’argent 2011). Puis en 2017, L’opération Grand Parc à Bordeaux (Prix Mies van der Rohe 2019) qui traitera 530 logements existants en y adossant une double peau en béton préfabriqué réalisée par GTM Bâtiment Aquitaine VINCI Construction. Ces deux projets questionneront profondément notre rapport à l’héritage bâti des années 60.

Ces idées occasionnellement saluées par la profession lors de l’attribution de distinctions, ne se sont jamais imposées pour devenir la solution aux problèmes du « mauvais » logement et des facteurs aggravant au changement climatique. Dans l’ensemble, le « produit logement » n’a pas progressé en appliquant ces aspirations, ni même en réfléchissant à en développer les fondements. L’énergie a été mise dans la quête de droits à construire des ouvrages neufs, somme des réglementations en vigueur et des cahiers des charges les plus économes en surface. Pour autant, l’électrochoc Covid de 2020 semble rebattre les cartes, notamment sur la qualité d’usage de nos logements. Beaucoup d’entre nous auraient apprécié être confinés au printemps 2020 dans les jardins d’hivers de la cité Manifeste à Mulhouse , pourtant décriés par leurs premiers usagers.

Alors qu’est sorti en janvier 2021 le rapport Michel-Rivaton comme réponse au besoin futur de logements neufs – Leonard, sur un plateau – avec Robin Rivaton, auteur de « L’industrialisation de la construction » – et que Le Ministère de la Transition Ecologique planche en 2021 sur un nouveau référentiel du logement de qualité, l’inventivité est attendu de ceux qui dans le cadre de Réinventer Paris 3 arrêteront de démolir. Cette nouvelle édition se distingue des précédentes en faisant de la réversibilité (bureau vers logement) un cheval de bataille du temps longs, là où le foncier se fait rare, à Paris notamment.

Il en résulte aujourd’hui une prise de conscience sur l’incohérence du concept philosophique de la tabula rasa et plus largement d’un grand gaspillage de ressources. Le réemploi et l’économie circulaire, s’ils viennent en parallèle du travail sur l’existant, peuvent globalement être un levier significatif du bilan carbone de l’acte de construire. Leonard  fait ce pari en soutenant le projet la Resourcerie du BTP – intégré à notre parcours Intrapreneurs – une plateforme de référencement et de réemploi de matériaux déposés lors de déconstructions, afin de lutter contre le gaspillage.

Pragmatisme, écologie, économie : faire plus avec moins

Plus, c’est le nom de leur travail de recherche (ouvrage publié par les Editions Gustavo Gili SL, Barcelone, 2007) qui dénonce l’aberration de la politique de démolition des grands ensembles construits dans les années 60 à 70 (démolition-reconstruction : 1 pour 1), traduisant une forte volonté de transformer l’image des cités. Dans le même temps, un déficit important de logements sociaux est constaté, qui nécessiterait au contraire une augmentation et une accélération de la construction. La transformation permettrait de répondre aux besoins de façon plus économique, plus efficace et plus qualitative.

Une actualité brûlante : loi climat et résilience

La convention citoyenne pour le climat de 2020 a fait naître 149 propositions qui s’inscriront dans un projet de loi nommée Climat et Résilience. Le secteur de la construction se voit attribué deux défis majeurs sur la rénovation énergétique et la lutte contre l’artificialisation des sols (Articles 39 à 57). Les objectifs sont ainsi d’accroitre le bien-être de l’occupant d’un bâtiment en cherchant à ne pas aggraver la situation climatique et en ménageant la biodiversité notamment. Le bien-être est au cœur d’une ambition nouvelle ayant comme dénominateur commun le logement. Et si le débat actuel sur la rénovation énergétique n’était pas seulement abordé d’un point de vue technique, mais intégrait une valeur d’usage, d’une peau « doublée & habitée » tel un projet de Lacaton et Vassal ? Et si nous cherchions en partant de l’héritage des logements de la fin du XXème siècle, à répondre aux besoins des 50 prochaines années ? Et si nous avions une nouvelle définition de l’esthétisme, voir le beau non pas dans son rapport à la matière et au « m’as-tu vu », mais à l’expérience vécue qu’elle permet ?

Tant d’hypothèses, voire de scénarios de prospective, qui pourraient être les trajectoires raisonnables à prendre pour relever les défis à venir. Responsabilité, reconnaissance et une idéologie éprouvée ces 40 dernières années constituent en effet le triptyque d’un discours et d’une action écologique réinventés à travers l’attribution du récent Pritzker Price. C’est cela qu’on peut espérer advenir en 2021 et après, avec une naïveté assumée.

Etienne Bourdais, Projets innovants, Leonard

© Anaïs Dupuy-Moreau

 

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