INTERVIEW - Le numérique, un accélérateur de la transition écologique - Thomas Cottinet (ECOLAB)

1047 Dernière modification le 27/02/2023 - 10:42
INTERVIEW - Le numérique, un accélérateur de la transition écologique - Thomas Cottinet (ECOLAB)

 

L'Ecolab, laboratoire d'innovation autour de la donnée, intervient au service des ministères de la Transition écologique, de la Cohésion des territoires, de la Transition énergétique et du secrétariat d'État chargé de la Mer. Son directeur, Thomas Cottinet présente au travers des missions du laboratoire, les initiatives portées, les outils expérimentés et les actions accompagnées sur les territoires.

Pouvez-vous vous présenter et présenter Ecolab, le Laboratoire d’innovation pour la transition écologique, ses objectifs, ses missions et ses valeurs ?

Avant de parler d’Ecolab, permettez-moi deux mots sur le Commissariat Général au Développement Durable (CGDD) au sein duquel se situe le laboratoire, car c’est important pour comprendre la suite : il éclaire et alimente, par la production de données et de connaissances, l’action du ministère. Grâce à son positionnement transversal, il contribue à donner une perspective globale à l’action du ministère.

Ecolab intervient comme catalyseur de l’écosystème environnemental et facilitateur de projets pour répondre à l’urgence de transformation écologique et numérique, au service des ministères de la Transition écologique, de la Cohésion des territoires, de la Transition énergétique et du secrétariat d'État chargé de la Mer.logo greentech

Avec l’initiative Greentech Innovation, nous sélectionnons et accompagnons des startups/PME innovantes. Sur le volet Data/IA, nous assurons pour le compte du CGDD le rôle d’administrateur ministériel des données, des algorithmes et des codes sources. Notre stratégie sur la donnée consiste à créer et mobiliser des données de qualité, et d’offrir un meilleur accès à la donnée pour les territoires, les entreprises et les citoyens. Sur l’IA, Ecolab met en place une gouvernance adaptée dans le pôle ministériel et généralise son usage au service de la transition écologique lorsque ceci est pertinent. Aussi, nous accompagnons et incubons des projets exploitant la donnée.

Ecolab intervient comme catalyseur de l’écosystème environnemental et facilitateur de projets pour répondre à l’urgence de transformation écologique et numérique.


Et plus particulièrement, pouvez-vous nous dire en quoi consiste l’initiative Greentech Innovation ?

Greentech Innovation est un ensemble de programmes dédié au soutien de l’écosystème de la Greentech en France, les acteurs de l’innovation verte (startups et PME, et incubateurs de l’innovation verte). Il rassemble 247 start-up et PME, lauréates de notre "appel à manifestation d’intérêt" annuel.

En bref, elles bénéficient d’un accompagnement complet et d’une visibilité accrue. 

Le Meet-up Greentech est le rendez-vous annuel de l’écosystème français de la Greentech où solutions et besoins de divers acteurs du développement durable s’entrechoquent, au travers de conférences et rendez-vous d’affaires ou encore pitchs inversés. Nous organisons également les rencontres des décideurs Greentech qui permettent de rapprocher entreprises innovantes, acteurs publics et grands comptes privés afin d’accélérer la transition écologique dans les territoires. 

Le ministère de la Transition écologique a également impulsé la construction d’un Réseau National des Incubateurs Greentech pour favoriser l’échange de pair à pair. Les membres de ce réseau animent autour d’eux un écosystème de start-up et PME de l’innovation verte.

Greentech Innovation rassemble 247 start-up et PME, lauréates de l'appel à manifestation d’intérêt annuel.


Une offre à destination des acteurs économiques est également proposée : que contient le programme d’aide et d’accompagnement aux start-up, aux PME et aux incubateurs de l’innovation verte ?

Un accompagnement gratuit est proposé aux entreprises lauréates de l’appel à manifestation d’intérêt.

Il comprend 5 leviers d’accompagnement : un levier sur la visibilité (mise en avant des activités des entreprises sur les canaux de communication ministérielle), un accompagnement digital (formations en ligne, webinaires, mise à disposition d’études de marché, d’une base de contacts "presse", d’outil de partage d’offre d’emploi), un accompagnement commercial et réseaux (organisation de session pitch investisseurs), un accompagnement sur la commande publique (mise à disposition d’un outil de contacts institutionnels, participation à des salons professionnels), et un booster "Green20", d’accompagnement sur-mesure proposé aux entreprises lauréats de ce programme.

Nous hébergeons également des entreprises Greentech dans le living-lab Greentech du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, à Saint-Mandé. Ce Living-Lab repose sur un partenariat avec Paris Est Marne & Bois, qui comprend 13 communes à l’est de Paris, et permet d’accélérer l’expérimentation, la contractualisation entre les collectivités et les porteurs de projets innovants et durables, pour développer les transitions écologiques territoriales. Nous comptons capitaliser dans les prochains mois sur les marques d’intérêt sensibles de la Commission européenne - DG Grow - pour ce projet en nous connectant avec des initiatives proches néerlandaises et italiennes.

Un accompagnement gratuit est proposé aux entreprises lauréates de l’appel à manifestation d’intérêt "Greentech Innovation".

Le ministère de la Transition écologique a publié en 2021, la feuille de route de la donnée, des algorithmes et des codes sources. Quels sont ses enjeux, les principaux points techniques abordés et où en est-on actuellement ?

Feuille de route de la donnéePour le pôle ministériel de la transition écologique, de la cohésion des territoires et de la mer, la feuille de route doit répondre à 3 enjeux clés :  être meilleurs sur la donnée pour être plus pertinent et efficient ; partager nos données, algorithmes et codes sources pour renforcer l’impact écologique des politiques publiques ; et en démocratiser la gestion pour plus de transparence de l’action publique et pour plus d’innovations. Nous avons 13 actions phares qui regroupent les initiatives de la Feuille de route.

Nous avons développé un support vulgarisé pour rendre les principes généraux de qualité des données plus accessibles à tous les agents du pôle ministériel.

Nous avons mis en place un comité de pilotage du site Applisat qui propose des solutions satellitaires pour l’environnement ; et créé un site Internet pour l’espace commun de données du Green Data for Health  sur le thème de la donnée en santé environnement.

Le 9 mars 2023 aura lieu la 2° Edition de la Communauté de la Donnée en santé environnement où nous  échangerons sur les enjeux d’une meilleure mobilisation des données en santé-environnement au service des politiques publiques. 

la feuille de route doit répondre à 3 enjeux clés : être meilleurs sur la donnée pour être plus pertinent et efficient ; partager nos données, algorithmes et codes sources pour renforcer l’impact écologique des politiques publiques ; en démocratiser la gestion pour plus de transparence et plus d’innovations.


Comment se décline en pratique la feuille de route au niveau des territoires et ses collectivités ? Quels bénéfices peuvent-ils en retirer ou en attendre ?

La Mission Connaissance nous permet de créer des pôles régionaux à vocation nationale qui bénéficieront à l’ensemble des acteurs de l’Etat et des Collectivités territoriales, tout en contribuant à la transition écologique et énergétique dans les territoires. Cette mission a déjà initié 6 projets de pôles dédiés à la connaissance de la transition écologique : 5 pôles thématiques (rénovation énergétique des bâtiments, énergies renouvelables, artificialisation des sols, qualité de l'eau, mobilité durable), et complété par un pôle de service transverse qui mutualise à l'échelle nationale des outils numériques basés sur la donnée déjà développés à l'échelle régionale. 

Nous avons accompagné des territoires dans le développement de plateformes régionales de données avec notamment l’utilisation de PRODIGE, un logiciel libre et gratuit, qui permet de partager des données géographiques et de réaliser plus facilement des études sur un territoire donné, et en lien avec des projets d’accélération de la transition écologique. De même, l’appel à projet « Démonstrateur IA dans les territoires » vise à développer des applications d’IA mises au service des objectifs de décarbonation, de transition écologique et énergétique des territoires, premiers acteurs de ces objectifs, dans le cadre de la feuille de route IA du pôle ministériel.  

En phase avec les directions stratégiques apportées par la feuille de route, Ecolab propose également un accompagnement au pôle ministériel pour le développement de projets autour de la donnée et de l’IA, dont les outils de la Mission Connaissance en sont des exemples en services déconcentrés.

L’appel à projet « Démonstrateur IA dans les territoires » vise à développer des applications d’IA mises au service des objectifs de décarbonation, de transition écologique et énergétique des territoires.


Le domaine des mobilités fait face à de grands enjeux de transition écologique et énergétique. Comment les data et l’IA peuvent-ils stimuler l’innovation et apporter des réponses concrètes ? Avez-vous un ou des exemples sur cette thématique ?

infographie de circulation en villeC’est la mission première de l’Agence de l’Innovation pour les Transports (AIT), et Ecolab y contribue à plusieurs niveaux. Nos experts participent en tant que jury du programme « Propulse » de l’AIT, qui accélère les projets de porteurs d’innovation dans les transports durables, le partage de données et l’aménagement des espaces. La feuille de route IA et transition écologique consacre une action spécifique à la « mobilité moderne, résiliente et durable », et témoigne de l’importance de la donnée pour optimiser la gestion des flux physiques, et du besoin d’expérimenter des applications innovantes d’IA. Cela a débouché sur la réussite du projet porté par l’Université Gustave Eiffel de jumeau numérique multi-agents qui représente la mobilité des personnes sur tous les modes disponibles sur un territoire donné.  

Nous développons des indicateurs opérationnels standardisés aux différentes échelles spatiales (communes, départements, établissement public de coopération intercommunale, régions, nationale) pour offrir une vision synthétique des enjeux territoriaux, et fournir un ensemble d'informations "en temps réels" (données, tableaux, cartes) en lien avec les politiques de mobilité durable. Ainsi, l’entreprise Urban Radar qui utilise de la donnée pour construire des outils analytiques dans les territoires a été labellisée Greentech innovation et travaille actuellement avec le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires dans le cadre de la démarche France mobilités !

La feuille de route IA et transition écologique consacre une action spécifique à la « mobilité moderne, résiliente et durable ».

De manière plus globale, comment concilier le développement croissant du numérique dans notre société avec les impératifs de sobriété énergétique et de préservation des ressources naturelles ?

Dans le contexte de transformation numérique de la société et de la croissance des usages, la question de la soutenabilité du numérique est clivante, alors même que la prise de conscience des citoyens appelle à des réponses politiques.

La position d’Ecolab est celle du Ministère : "La transition écologique sans le progrès numérique est impossible, et la transition numérique doit s’inscrire dans l’exigence écologique" [SEVS, 2023] .Numerique et environnement

Pour la convergence de ces transitions, le législateur s’est saisi de cette problématique à travers divers dispositifs aujourd’hui opérationnels, comme la loi Anti gaspillage et économie circulaire (AGEC), la loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique (REEN) ou encore la Feuille de route gouvernementale "numérique et environnement".

Dans les faits, Ecolab va plus loin avec la mise en place d’une clause environnementale dans le cadre de l’appel à projets "démonstrateurs d’intelligence artificielle dans les territoires" (DIAT). Derrière ce critère de "balance environnementale globale nette anticipée", il est demandé d’évaluer l’impact des solutions mises en place à partir de modèles scientifiques, reconnus par "EcoInfo" du CNRS. Cela permet d’évaluer la sobriété énergétique de la solution, les baisses d’émissions de GES ou encore la consommation de ressources. 

La transition écologique sans le progrès numérique est impossible, et la transition numérique doit s’inscrire dans l’exigence écologique.

Un mot de conclusion ?

2023 représente une année importante pour nous. Après une phase de réflexion stratégique sur les feuilles de route et de test sur plusieurs nouveaux outils, 2022 a vu l’entrée dans une phase de déploiement. Ces outils, tel que le Green Data for Health qui valorise la donnée environnementale pour la recherche en santé environnement, répondent directement aux enjeux de la transition énergétique. Ils témoignent de l’engagement du Commissariat Général au Développement Durable et de son Ecolab dans la stratégie de planification écologique "France Nation Verte" initiée et porté par la Première Ministre Elisabeth Borne. Du côté GreenTech, une nouvelle promotion de startups labellisées GreenTech Innovation sera annoncée en 2023 ! 

N’hésitez pas à nous suivre sur l’ensemble de nos canaux de communication, vous y trouverez notre actualité et les avancées de ces outils innovants.

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Actualité publiée sur Cerema actualité
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