Infrastructures : le Canada réinvente sa gestion de l’eau

Les différentes provinces canadiennes font face au vieillissement de leurs infrastructures. Partout dans le pays, des budgets sont débloqués et des partenariats publics-privés permettent de rendre efficiente la gestion de l’eau. Tour d’horizon d’un secteur qui participe pleinement au développement économique du pays.

Les projets se suivent et se ressemblent. Objectif : remettre les infrastructures canadiennes au niveau des meilleures normes internationales, notamment pour la gestion de l’eau. En mars dernier, à Terrace Bay et à Red Rock dans l’Ontario, les autorités fédérales et provinciales ont pu lancer un nouveau programme d’investissements[1] dans le sillage du plan gouvernemental Investir[2]. Doté de 180 milliards de dollars canadiens sur douze ans, ce plan englobe les transports en commun, les infrastructures durables, les routes… et l’eau. En Ontario, quelque 8,2 milliards seront ainsi dépensés. Dans un premier temps, une enveloppe de 100 millions de dollars sera réservé aux infrastructures vertes avec, entre autres, un programme spécifique pour l’amélioration de la gestion de l’eau potable, des eaux usées et des eaux de pluie.

Investir localement

A Terrace Bay (1600 habitants) et à Red Rock (900 habitants), la ministre de la Santé Patty Hajdu est venue en personne annoncer la bonne nouvelle : le gouvernement y injectera directement 2 millions de dollars, auxquels s’ajouteront 1,7 million de dotations provinciales. Des financements bienvenus afin de rénover les conduites d’eau principales, les égouts sanitaires et pluviaux, mais également d’installer les trous d’homme et les puisards. Menés à bien, les travaux prévus permettront par exemple de limiter les risques d’inondations et les pertes techniques dues à un réseau obsolète. « Nous sommes très reconnaissants de recevoir ces fonds d’infrastructure, qui sont essentiels pour les administrations locales, s’est félicitée Jody Davis, mairesse de Terrace Bay. La reconstruction du chemin Kenogami permettra d’améliorer et de remplacer toutes les infrastructures souterraines, mais surtout les égouts pluviaux, ce qui aidera notre collectivité à s’adapter au changement climatique. Ce financement nous permet d’achever un projet jugé prioritaire dans le plan de gestion des actifs du canton. »

Les autorités fédérales veulent aller vite. « Les investissements à long terme dans les infrastructures sont essentiels pour bâtir des collectivités saines et résilientes, et pour fournir des services importants aux résidents, a expliqué Patty Hajdu. Les améliorations apportées aux infrastructures essentielles à Terrace Bay et à Red Rock permettront d’offrir aux résidents un service de traitement de l’eau, des eaux usées et des eaux pluviales sûr et fiable qui protégera l’environnement et favorisera le développement de la collectivité. Le plan d’infrastructure du Canada permet d’investir dans des milliers de projets, de créer des emplois partout au pays et de bâtir des collectivités plus propres et plus inclusives. » Sur le terrain, l’ambition gouvernementale est donc en train prendre forme. Dans les petites bourgades comme dans les grandes villes.

Homogénéiser les infrastructures

En Ontario et au Québec, la capitale fédérale Ottawa et Montréal sont elles aussi en première ligne pour profiter de la cure de jouvence de leurs installations de distribution d’eau. Les gouvernements fédéral et provinciaux viennent d’y consacrer 637,8 millions de dollars, autour de 280 projets municipaux pour « l’approvisionnement en eau potable, la gestion des eaux pluviales et les installations de traitement des eaux usées », comme l’a détaillé Andrée Laforest, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation. L’objectif ici sera d’homogénéiser les infrastructures des deux provinces[3] – Ontario et Québec donc – afin de remettre en état les conduites d'eau, les stations de pompage et les usines de traitement d'eau, ainsi que de construire de nouvelles installations.

A Montréal, le Fonds pour l’infrastructure municipale de l’eau (Fimeau) encadrera le budget et veillera au bon déroulement des travaux. Quelque 86 millions de dollars seront spécifiquement alloués à la rénovation des canalisations vieillissantes de la grande région de Montréal afin de stopper l’hémorragie des pertes techniques, comme l’a précisé la ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, Chantal Rouleau.

Des partenariats locaux fructueux

Localement, tous ces projets seront mis en œuvre par les municipalités grâce à des partenariats avec des opérateurs privés, spécialisés dans la gestion de l’eau. C’est le cas par exemple de Veolia Water Canada qui travaille depuis plusieurs années avec différentes villes, comme Brockton (Ontario) ou Moncton (Nouveau-Brunswick). Dans ces deux villes de taille moyenne – respectivement 9500 et 85000 habitants –, la coopération technique entre les équipes municipales et l’opérateur commissionné a permis de mettre en place des infrastructures efficaces et pérennes. A tel point que Brockton a reconduit, pour la quatrième fois consécutive, le contrat de cinq ans[4] avec Veolia en novembre dernier.

« Les équipes de Veolia Water Canada ont été d’excellents partenaires pour la ville, assure Gregg Furtney, directeur de opérations de la municipalité. Elles disposent d'un personnel hautement qualifié et compétent qui travaille d'arrache-pied pour fournir à nos résidents de l’eau potable salubre et entretenir les importantes infrastructures appartenant à Brockton. » Lors des négociations avant la reconduction du contrat, de nouveaux projets ont été planifiés, comme une station de pompage des eaux usées, une autre station de pompage d’appoint, et la mise en place d’un système de surveillance opérationnelle de la chaîne d’approvisionnement en eau. « Ce serait très coûteux et risqué de faire tous cela par nous-mêmes, explique le conseiller municipal Steve Adams, d’autant que l’opérateur fournit une eau potable de bonne qualité et salubre. »

A l’extrême-est du pays, à Moncton, même scénario. Veolia Water Canada y est même depuis plus longtemps. A la fin des années 90, les autorités locales décident de moderniser un réseau antédiluvien[5], l’eau coulant au robinet y étant impropre à la consommation. En 1999, un premier contrat public-privé est signé. Ensor Nicholson, directeur des services des eaux municipales, a depuis suivi chaque étape du partenariat : « A l’époque, personne n’aurait envisagé de s’installer à Moncton pour faire des affaires en raison de la qualité de l’eau. A présent, les gens viennent à Moncton précisément à cause de la qualité de l’eau. » A tel point que le célèbre brasseur Molton a choisi d’y ouvrir, en 2007, sa 7e usine canadienne. La ministre Patty Hajdu a vu juste : une eau de qualité n’est pas qu’une affaire de santé publique, c’est aussi un gage de développement économique et donc un vecteur de création d’emplois.

 


[1] https://news.ontario.ca/fr/release/60713/le-canada-et-lontario-investissent-dans-lamelioration-dinfrastructures-dapprovisionnement-en-eau-de

[2] https://www.infrastructure.gc.ca/plan/about-invest-apropos-fra.html

[3] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1727990/eau-infrastructures-gouvernement-federal-provincial-traitement

[4] https://www.thestar.com/news/canada/2020/11/23/brockton-renews-contract-with-veolia-water-canada.html

[5] https://www.cbj.ca/moncton_water_and_veolia_canada/

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