Incendie : peut-on vraiment empêcher les maisons en bois de brûler ?

Incendie : peut-on vraiment empêcher les maisons en bois de brûler ?

Les maisons en bois connaissent un développement important depuis plusieurs années. Mais elles posent une question cruciale relative à la sécurité des biens et des personnes : peut-on réellement les empêcher de brûler ?

Le bois est utilisable en construction

Les constructions en bois représentaient en 2016 9,1% des parts de marché des maisons individuelles, 4% des logements collectifs, et 28% des extensions / surélévations (source : Syndicat Français de la Construction Bois). Connu pour être un combustible efficace, le bois semble donc cependant trouver sa place dans le secteur du bâtiment. Non sans soulever de légitimes questions quant à sa résistance au feu, et à la sécurité incendie des bâtiments.

Les professionnels de la construction en bois valorisent certains arguments pour répondre à ces interrogations. En premier lieu, ils avancent que le bois se consume lentement. En effet, quand il brûle, la formation d’une couche carbonisée en surface permet d’apporter une isolation relative aux couches intérieures, qui se consument donc moins rapidement. En outre, sa résistance mécanique est importante : le bois ne se déforme pas avant de tomber en cendres. Ces caractéristiques sont intéressantes, pour permettre de laisser le temps aux personnes d’évacuer une maison en feu.

D’autre part, le bois de construction est traité spécifiquement pour résister au feu. Ce traitement ignifuge, de surface ou autoclave (pénétrant) lui permet notamment de répondre aux normes de sécurité anti-incendie des bâtiments. Un classement des matériaux existe en effet pour en déterminer la réaction et la résistance au feu. En France, ce classement va de M0 (incombustible) à M4 (facilement inflammables). La norme européenne prend quant à elle également en compte l’opacité des fumées, et les gouttelettes et débris enflammés. Utilisable en construction parce que conforme aux normes établies, le bois reste tout de même un matériau vulnérable au feu, dont les propriétés présentent de sérieux inconvénients face au risque incendie.

Une combustion lente… mais totale

Si le bois se consume lentement – plus ou moins toutefois selon les essences choisies et les traitements subis – il finira cependant par se consumer… totalement. C’est cette propriété d’ailleurs que l’on recherche notamment quand on l’utilise comme combustible. C’est pourquoi après l’incendie d’une maison en bois, il ne reste plus rien. Ce n’est pas forcément le cas avec les autres matériaux utilisés en construction, et c’est un risque à ne pas occulter avant d’opter pour une construction tout en bois.

Allumage et propagation

Autre problématique à prendre en compte : celle de l’allumage. Certes, une fois embrasé, le bois résiste relativement longtemps. Mais l’allumage lui-même reste rapide – bien plus qu’avec d’autres matériaux. Ainsi, le feu se déclenchera plus vite, et plus facilement, avant de se propager dans tous les éléments structurels de l’habitation. Il sera très difficile de contenir le feu sur une partie de l’habitation.

Tout ceci n’est pas sans poser question à l’heure où plusieurs projets d’habitations collectives en bois sont en train de voir le jour. A Paris, à Bordeaux, à La Défense… Les projets se multiplient, portés par une communication très élogieuse autour du bois. Qui balaie un peu vite ses risques et inconvénients… Au Havre, on vient d’annoncer la construction d’une tour de 14 étages, en bois. Si un incendie venait à se déclencher dans une construction de ce type, qu’en resterait-il ? Pourtant les pouvoirs publics continuent, comme si de rien n’était, à soutenir - avec zèle - les projets de ce genre. On a ainsi vu naître ces derniers mois une « Alliance nationale bois construction rénovation » entre les ministres du Logement et de l’Environnement, l’Association des Régions de France, l’ADEME et les professionnels de la filière ; ou encore un troisième « plan national bois construction » visant à « densifier l’usage du bois dans la construction ».

La question des traitements

Surprenant, quand on sait également que les traitements ignifuges que doit subir le bois pour mieux résister au feu le rendent porteur de nombreux produits chimiques. D’autant que pour être utilisé en construction, le bois doit aussi recevoir des traitements contre les insectes, les champignons ou encore l’humidité. Devenant ainsi grand émetteur de Composés Organiques Volatils (COV), le bois devient aussi source de pollution de l’air intérieur. Et en cas de combustion, ces produits ajoutent à la toxicité des fumées. Sans compter que ces traitements, pour être efficaces, doivent être renouvelés régulièrement. Dans les maisons individuelles, se posera la question de leur renouvellement effectif par les habitants.

Si nous sommes loin des clichés où les maisons en bois partiraient en fumée en un clin d’œil, il est important d’aller au-delà des discours commerciaux et orientés des acteurs de la filière, et de ne pas fermer les yeux sur les réalités du bois. Matériau intéressant peut-être sous certains aspects, mais porteur de risque assurément, le bois a sans doute sa place dans le bâtiment. Mais une place qu’il faudrait définir et encadrer avec davantage de rigueur, et de raison. 

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