"Gestion de crise : faire face à une inondation" - Retour sur la journée technique du 5 décembre 2019 à Aix-en-Provence

Le 5 décembre 2019 s’est tenue à Aix-en-Provence la journée technique sur la préparation à la gestion de crise inondation, organisée par le Cerema Méditerranée en partenariat avec le Service de Défense de Sécurité et d’Intelligence Economique (SDSIE) du ministère. 

Près de 80 personnes, dont une part importante originaire de collectivités territoriales aux côtés d’établissements publics, services de l'État, services de secours, associations et bureaux d’études, se sont réunies pour partager leurs expériences.

 

Introduction

En introduction, Gaëlle Berthaud, directrice territoriale Méditerranée du Cerema, a rappelé qu’il faut apprendre à vivre avec le risque inondation. Une zone inondable sera inondée, nous ne savons pas quand mais cela arrivera. Une réponse empirique ou exceptionnelle ne suffit plus,  lorsque l’inondation survient . L’ampleur des impacts humains et matériels des inondations maintes fois constatée ces dernières années nous oblige à affermir nos organisations de gestion de crise. Il est nécessaire que chaque acteur du territoire se prépare à faire face à un tel événement. Elle a indiqué que le Cerema est mobilisé pour accompagner les acteurs du territoire dans cette préparation.

Cette neuvième journée technique sur la gestion de crise est une des actions de diffusion des connaissances tout comme la publication du guide d’élaboration du volet inondation d’un Plan Communal de Sauvegarde (PCS) qui a été présenté lors de la journée.

Gaëlle Berthaud a précisé que le Cerema intervient sous différentes formes à toutes les étapes de la gestion du risque :

  • la connaissance de l’aléa ;
  • la prévision des crues ;
  • l’analyse et la réduction des vulnérabilités ;
  • la gestion des ouvrages hydrauliques ;
  • le retour d’expérience.

RETOUR SUR ÉVÉNEMENTS

Gestion des inondations à Bagnols-sur-Cèze

Jean-Christian REYprésident de la Communauté d’agglomération du Gard rhodanien, conseiller municipal aux risques majeurs de Bagnols-sur-Cèze

Inondation Bagnols
© Wikimedia Commons

Après un rappel sur la responsabilité du maire dans la gestion des risques et sur la nécessité pour une commune de se préparer à la gestion de crise en se dotant d’un Plan Communal de Sauvegarde, M Rey a détaillé la gestion de l’inondation du 9 août 2018 à Bagnols. Il a développé la montée en puissance de la réponse de la commune et la nécessité de s’adapter, car certaines actions n’avaient pas été identifiées dans le PCS. Il a conclu sur le rôle central des acteurs de terrain que sont les élus, et sur la nécessaire communication entre eux, y compris ceux des communes voisines. Il a insisté sur l’humilité à avoir par rapport aux événements climatiques et à notre capacité à anticiper, gérer et réparer, mais aussi sur le fait qu’un PCS efficace permet de diviser par deux les coûts des évènements, y compris les coûts humains.

Les inondations d'octobre 2018 dans l'Aude, interventions et enseignements

Olivier MARTIN, Conseil Départemental de l’Aude

Inondation Octobre 2018
©  Conseil Départemental de l'Aude

M. Martin a présenté les caractéristiques et les conséquences des inondations du 15 et 16 octobre 2018. Le Conseil Départemental s’est mobilisé pour aider la population, les collectivités, ses agents touchés et gérer les structures départementales endommagés. M. Martin a fait un focus sur l’action de la direction des routes et mobilité, et sur son organisation particulière en gestion de crise. Le PC route est situé dans le centre opérationnel départemental du SDIS ce qui permet de travailler en synergie avec les sapeurs-pompiers. Il a ensuite évoqué le travail réalisé depuis l’événement pour faire évoluer le dispositif de gestion de crise et notamment l’élargissement de la préparation à l’ensemble des directions.

L’objectif à terme est de créer une organisation générale de gestion de crise et se doter d’un plan de continuité d’activité.

Réflexions pour la préparation issues du travail de collecte d’informations après événements

Sébastien GOMINET, Institut des Risques Majeurs

inondations
© Institut des Risques Majeurs

L’IRMa est une association dont les objectifs sont de promouvoir des actions d'information, de prévention et de sensibilisation aux risques majeurs.

M. Gominet réalise un travail de terrain de reportages photos lors de catastrophes, axé sur la mémoire de ces dernières. Ces expériences l’ont conduit à s’interroger sur les consignes de sécurité en cas d’inondation : rester ou partir ? Et à quel moment ? Ce questionnement a été illustré en revenant sur des situations qu’il a pu observer. Rester ou partir il n’y a pas d’unique réponse. Il est très rare de ne pas avoir le temps de fuir mais pour passer à l’acte, il est nécessaire d’imaginer le pire et de se préparer à l’impensable. Il a conclu en détaillant les questions à se poser avant l’inondation pour envisager la meilleure solution.

 

ANTICIPER L’ÉVÉNEMENT

Prise en compte des capacités de prévision des crues dans les plans de gestion de crise, exemple de l’hôpital d’Avignon

Pierre-Yves VALANTIN, Service de Prévision des Crues Grand Delta

Hopital Avignon© Service de Prévision des Crues Grand Delta

L’hôpital d’Avignon est implanté sur la rive de la Durance derrière une digue. En 2005 un diagnostic de vulnérabilité au risque inondation a été réalisé. L’option de la délocalisation ayant été écartée, des travaux techniques importants ont été conduits pour réduire les fragilités. Il n’en demeure pas moins que le site est toujours en zone inondable. La direction de l’établissement a donc souhaité mettre en place un plan de gestion de crise inondation. Il existe des contraintes fortes pour la mise en sécurité de l’hôpital (temps incompressible de 24h pour agir et un coût des fausses alertes ou des alertes manquées très élevés voire inacceptable). C’est sur cette base que de travaux collectifs ont été menés avec le service de prévision des crues pour développer une réponse graduée permettant à la fois de prendre en compte les contraintes de la direction de l’hôpital et les capacités d’information et de prévision des crues du SPC. La gradation des actions permet de gérer les limites des données de prévision et les incertitudes associées.

 

Mieux connaître la vulnérabilité des territoires aux inondations pour mieux agir

LE 27 DÉCEMBRE 2019

Cellule de veille sur les crues et les inondations

Luc COLLANGECommunauté de communes du Golfe de Saint-Tropez (CCGST)

Inondation Golfe de Saint Tropez
© Communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez (CCGST)

Suite aux événements de 2014, les communes de la communauté du Golfe de Saint-Tropez ont demandé la création d’une cellule locale de veille pour anticiper les crues et les inondations. C’est le service cours d’eau de la CCGST qui anime cette cellule par une veille avec astreinte H24. M. Collange a détaillé l’organisation, le rôle, le fonctionnement et les outils externes et internes de la cellule. Il a évoqué les développements en cours dans le cadre du projet Interreg PROTERINA pour améliorer l’alerte crue et inondation.

Son exposé s’est terminé par l’évocation de la gestion des week-ends de 23-24 novembre et 30 novembre et 1er décembre 2019.

RETOURS D’EXPÉRIENCE

Les apports d’un exercice

Benjamin PERROT-MINNOTSyndicat mixte du bassin versant du Lez

 

Poste de coordination
© Syndicat mixte du bassin versant du Lez
 

Après avoir expliqué le contexte du territoire du bassin du Lez (Vaucluse/Drôme), M. Perrot-Minnot a décrit les outils de prévision et de gestion des événements portés par le syndicat :

  • un réseau d’alerte de crue et de suivi des débits ;
  • un système d’appel pour l’alerte de la population ;
  • une assistance en temps réel en période de crise pour la prévision, l’expertise en génie hydraulique et des travaux d’urgence.

Lors d’une crue, le syndicat met en place un poste de coordination pour piloter et prioriser les interventions pour les travaux et assurer le lien avec les communes. Pour s’entraîner, le syndicat organise chaque année un exercice de son poste de coordination. Il propose également aux communes des exercices PCS sur table. Il a été également en 2018 partenaire d’un exercice interdépartemental organisé par les préfectures du Vaucluse et de la Drôme. Les bénéfices de cette politique d’exercices sont nombreux. Les exercices permettent aux acteurs du territoire de renforcer leurs liens, de s’approprier les outils et d’améliorer les plans.

 

SE PRÉPARER POUR AGIR

Élaboration du volet inondation d’un Plan Communal de Sauvegarde

Lieutenant-Colonel Philippe BlancDirection Générale de Sécurité Civile et de la Gestion des Crises

 

Guide d'élaboration du volet inondation d'un PCS

80 % des PCS obligatoires le sont au titre du risque inondation, les événements sont récurrents : « il faut vivre avec ce risque ». Sur la base de ce constat, il faut gérer les crises inondations, conforter les PCS et appuyer leur amélioration opérationnelle. Une initiative commune de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, de la Zone de défense et de sécurité sud et de la Mission interrégionale inondation Arc méditerranéen a mobilisé le Cerema et l’Institut des risques majeurs (IRMa) pour réaliser un guide d’élaboration du volet inondation d’un PCS. L’intervenant a présenté le guide et insisté sur quelques points forts de la démarche :

  • l’auto-évaluation du PCS ;
  • la compréhension du phénomène sur le territoire ;
  • le principe d’anticipation et la maîtrise des outils nécessaires ;
  • le principe de graduation de la stratégie et de la réponse formalisé dans un plan d’intervention gradué.
 

Le Cerema participe à la réalisation du guide d’élaboration du volet inondation du Plan Communal de Sauvegarde

LE 06 DÉCEMBRE 2019

Les outils pour faciliter le retour d’expérience

Anne CHANALCerema

Durant la période qui suit l’inondation, alors que la gestion de la crise n’est pas terminée, la question du retour d’expérience (REX) mérite d’être abordée. Le REX est une démarche utile voire essentielle qui mérite d’être anticipée. Des outils de différentes natures sont disponibles pour se préparer à réaliser un retour d’expérience. Mme Chanal a d’abord présenté les guides « Après inondation » du CGEDD/Cerema et « Collecte d’information sur le terrain suite à une inondation » du Cerema. Elle a ensuite évoqué les outils pour faciliter la collecte des données (CRISI, Qfield) et un outil de partage des données : muREX.

CRISI est une application du Cerema pour smartphone ou tablette Android pour le relevé de terrain des laisses d’inondation.

muREX est une plateforme simple de mutualisation pour stocker et mettre en commun les informations collectées par les acteurs qui réalisent un retour d’expérience après inondations. Une démonstration des fonctionnalités de la plateforme a été faite.

Anticipation et coordination au niveau zonal

Colonel Gérard Patimo et le commandant Frédéric VaucouleurEtat-Major Interministériel de Zone de Défense et de Sécurité Sud

 

Zones de défense et de sécurité
© Zone de Défense et de Sécurité Sud

Le col Patimo a présenté l’échelon zonal. Aujourd’hui, il existe en métropole 7 zones de défense et de sécurité. Chaque zone est dirigée par un préfet de zone qui est le préfet de région du siège de la zone. En l’occurrence pour la zone sud, il s’agit du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Sous l’autorité du Premier ministre, le préfet de zone est le délégué des ministres dans leurs attributions de défense et de sécurité nationale. Il dirige les administrations civiles de l’État dans le cadre de la zone afin :

  • d’élaborer des mesures non militaires de défense ainsi que la coopération avec l’autorité militaire ;

  • de coordonner les moyens de sécurité civile dans la zone ;

  • d’administrer et mutualiser un certain nombre de moyens de la police et de la gendarmerie nationales et de moyens des transmissions du ministère de l’Intérieur ;

  • de préparer et gérer les crises.

En zone sud, Le préfet de zone est assisté d’un secrétaire général de la zone de défense et de sécurité qui se consacre exclusivement aux affaires zonales. La zone sud regroupe 3 régions (PACA, Occitanie et Corse) soit 21 départements. La zone intervient en anticipation et coordination pour la planification et la gestion d’événement. Le commandant Vaucouleur a détaillé la préparation de la réponse zonale face au risque inondation. Il est également revenu sur la gestion des derniers événements.

L’art comme moyen de sensibiliser la population, l’expérience « (Une nuit) »

Elsa Vanzande, La Folie Kilomètre

L'expérience "une nuit"
© La Folie Kilomètre

Basée à Marseille, La Folie Kilomètre est un collectif de création en espace public. Elle regroupe des artistes issus du spectacle vivant, des arts plastiques et de l’aménagement du territoire. À la croisée de ces pratiques, la compagnie imagine des expéditionsspectaclespromenades et ateliers qui font dialoguer les disciplines et jouent avec les échelles des lieux et les niveaux de lecture. Après une première expérience en 2012 avec la création « Jour inondable » à Tours, la compagnie a monté en 2019, nouvelle aventure artistique autour du risque inondation : « (Une nuit) ».

Ce projet s’est fait dans le cadre de l'appel à projets "Culture du risque - projets innovants" du Plan Rhône. C’est une expérience-spectacle. Le public est invité à participer à une aventure hors du commun. Convoqués dans différents endroits de la ville, les spectateurs vont progressivement comprendre qu’une inondation est annoncée. Ces 150 personnes vont passer une soirée et une nuit entre réalité et fiction. Elles sont évacuées et regroupées dans un gymnase, aménagé en centre d’hébergement d’urgence avec plusieurs zones : accueil, dortoir, cuisine, PC sécurité, point presse, poste de secours... Chaque espace a son propre rythme de fonctionnement. Le public est libre d’évoluer dans l’ensemble des lieux.

Sans chercher la vraisemblance d’une reconstitution, "une nuit" est une proposition sensible qui bouscule la place du spectateur et fabrique une mise en situation poétique, ménageant des zones de rencontre entre réel et imaginaire. Cette immersion dans des enjeux réels, environnementaux, techniques... est portée par une mise en récit artistique qui entremêle plusieurs axes :

  • actions documentaires : interventions de complices (élus, météorologues, secouristes...), utilisation de documents, archives, témoignages…
  • dimension spectaculaire : apparitions de personnages poétiques, installations plastiques, projections...
  • temps de la vie quotidienne extra-ordinaire : mise en scène, du repas, de l’endormissement...
 

CONCLUSION

Conclusion

Les témoignages des intervenants ayant été confrontés aux inondations ont mis en avant tout l'intérêt de la préparation à la gestion d'un événement.

Les exemples des différentes démarches présentées montrent que chaque acteur du territoire peut s'approprier le sujet en fonction de ses responsabilités et de son exposition. 

La diffusion et l'appropriation de ces bonnes pratiques est un enjeu important pour limiter les conséquences des prochains phénomènes.

 

Article publié sur Cerema Actualités
Consulter la source

 Gestion post-crise
 Inondations et submersion
 Vulnérabilité et résilience

Auteur de la page


  • Autres actualités

    Plus d'articles

    Sur les mêmes thèmes

     Gestion post-crise
     Inondations et submersion
     Vulnérabilité et résilience