[Focus Green Solutions #2] Tour d'horizon des enjeux de la biodiversité et de la végétalisation dans le cadre bâti


La volonté de végétaliser nos villes n’est pas nouvelle et l’on retrouve maintenant différents types de végétalisations ; plus ou moins innovatifs, durable et performants d’un point de vue environnemental. Les habitants du 13ème arrondissement de Paris verront en 2023 s’ériger l’immeuble ALGUESENS, dont la particularité repose sur sa façade SymBI02 qui permet de cultiver des microalgues, un important puit carbone. Ce projet offre une solution originale et à la pointe de l’innovation en matière de végétalisation. Mais dans un contexte de budget maîtrisé ; quelles sont les bonnes pratiques réplicables pour végétaliser et favoriser la biodiversité au sein de quartiers et de bâtiments ? Quelles sont les tendances de la végétalisation et de la préservation de la biodiversité dans le cadre bâti ? 


Ilots de chaleur et adaptation au changement climatique


La température à Paris peut être jusqu’à 10 degrés plus élevée que dans les zones rurales alentours. Ce phénomène appelé « îlots de chaleur urbains » touche les milieux urbanisés très minéraux à forte concentration de bâtiments et aux surfaces largement imperméabilisées. Il se fait ressentir en été, lors des périodes de canicules, et représente un danger pour la santé et le bien-être des citadins. Dans un contexte de changement climatique, il est donc nécessaire de trouver des moyens de rafraichir nos villes afin qu’elles puissent s’adapter à des températures croissantes. Une des solutions les plus simples et efficaces est bien de réintroduire la nature en ville car une couverture végétale absorbe moins le rayonnement du soleil. 

C’est pour cette raison que de nombreux plans d’urbanisme favorisent l’inclusion du végétal au sein du cadre bâti. Des zones entières sont donc réhabilitées pour accorder une place plus importante au végétal. Par exemple, la Lisère d’une Tierce Forêt est une infrastructure développée spécifiquement pour améliorer la résilience face au changement climatique de ce quartier à Aubervilliers. Au-delà des arbres plantés, des mécanismes contrôlant leur santé ont été mis en place afin de maximiser leur capacité de puits carbone. Un système hydraulique performant remplit cette fonction en diminuant efficacement le stress de la végétation face aux sécheresses. Plus frugalement, le réaménagement du boulevard Aubanel à Miramas a entrainé la transformation d’une 2x2 voies d’entrée de ville en une 2x1 voie pour faire place à une promenade végétalisée. Ainsi, la végétation rafraichit la voirie et le revêtement en sable stabilisé contribue à la reconstitution du cycle naturel de l’eau en favorisant son infiltration in-situ.

Cette volonté de végétaliser pour réduire les îlots de chaleur urbains se retrouve également à l’échelle du bâtiment, notamment dans le secteur tertiaire. Le Centre Médico-Social de Rivière Salée s'articule entièrement autour d'un large patio central végétalisé, un véritable havre silencieux et ombragé au cœur de la ville minérale et surchauffée environnante. Avec 687 m2 de végétation dense et stratifiée, pas besoin de recourir à une ventilation mécanique pour assurer le confort des usagers. De plus, un système de récupération des eaux de pluie en toiture couvre l’irrigation des plantes, même en périodes de sècheresse. De même, l’Ecocampus Provence alterne espaces verts et zones bâties basées selon des principes bioclimatiques pour le rafraichissement et la ventilation naturelle. 


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Végétaliser des espaces minéraux denses


Malgré la reconnaissance de l’impact positif de la végétalisation, le manque d’espace dans des milieux urbains qui doivent réunir de nombreux usages limite souvent son étendu. Place alors à l’innovation : toitures végétalisées, murs végétaux, balcon verts (…) ; de nombreuses solutions ont été mises en place pour végétaliser des parcelles bâties. La co-résidence Edison Lite est exemplaire sur cet aspect. En plein cœur du 13ème arrondissement parisien, sa façade est entièrement végétalisée grâce à 280 jardinières et un jardin-potager sur son toit. Ce projet fait preuve d’une forte dimension sociale grâce à sa démarche participative, l’inclusion de 2 logements sociaux et la création d’espaces partagés à louer afin de financer les charges de copropriétés et d’offrir des zones de partage entre les résidents. Le projet de la Crèche Justice, particulièrement restreint au niveau de l’espace disponible et des besoins d’espaces extérieurs des enfants, met également à profit sa toiture qui abrite une aire de jeux entourée de jardinières à la végétation dense et variée.

Certains porteurs de projets se concentrent maintenant sur l’optimisation de ces espaces végétalisés pour augmenter leur impact en termes de refroidissement et de préservation de la biodiversité. C’est le cas de la Ferme Urbaine de l’Arche Végétale, une ferme maraîchère multi-technique de 1000 m² située sur le toit d’une école de cuisine dans le 20ème arrondissement parisien. La culture des végétaux est basée sur l’agroécologie, avec l’utilisation de 4 techniques de culture différentes et la réintroduction d’une diversité végétale qui a permis le retour immédiat des oiseaux et insectes pollinisateurs et auxiliaires. Au total, cette infrastructure durable permet d’éviter le rejet de 12 tonnes de CO2 chaque année ! La végétalisation innovante du bâtiment Respiro reflète une vision similaire. Inspirée du fonctionnement écologique typique des prairies sèches, elle inclut des habitats pour la faune, des espèces indigènes sélectionnées avec soin pour leur impact sur la biodiversité et fait preuve d’un suivi écologique approfondi. Le bâtiment BIOTOPE et le centre de loisirs Jacques Chirac ont également des terrasses conçues comme habitats pour la biodiversité, marque de l’intérêt et du déploiement grandissant de ce type de solutions.


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Etendre la valorisation de la biodiversité à l’échelle du quartier


A l’échelle d’un quartier, la préservation de la biodiversité devient un enjeu d’autant plus important. Petits gestes réplicables et actions à grande échelle, le champ des possibles fourmille d’opportunités. 

Ces stratégies reposent sur l’inclusion d’espaces privilégiés pour les espèces animales et végétales. Par exemple, pour le projet d’aménagement de Nanterre Cœur Université, une terrasse accessible à plusieurs résidences couvre le RER. Elle comporte une vingtaine de jardins potagers, un hôtel à insectes, des nichoirs, une grainothèque, des outils de jardinage en libre accès, une zone de biodiversité protégée, des panneaux pédagogiques et même des cochons d’Inde. La dimension collaborative et participative permet de sensibiliser les résidents afin de protéger la biodiversité sur le long terme. Les aménageurs adoptent alors un rôle de formateur et leur impact s’étend par conséquent au-delà de la phase conception du projet.

Ces espaces peuvent être inclus dans un plan d’urbanisme du quartier et conçus en maillage pour construire une trame verte et/ou bleu pour protéger la biodiversité à plus grande échelle. C’est une démarche bien plus poussée, qui vise à construire une infrastructure offrant un réseau d’échanges entre divers espaces aux animaux et végétaux. De nombreuses actions peuvent être prises pour s’assurer qu’ils puissent circuler, se reproduire et prospérer. Dans le Quartier des Rives de la Haute Deûle, la biodiversité s’exprime par une mosaïque d’habitats avec un étagement des strates maximisant les possibilités de la greffe d’une infrastructure vivante et durable en ville. Concrètement, cela passe par des grandes pelouses type prairies, des plans d’eau, des zones boisées et des zones humides. Le bâti est également utilisé comme support de biodiversité grâce à la mise en place de gîtes et de nichoirs pour les oiseaux, ainsi qu’à la réalisation de toitures terrasses plantées et de murs biogènes. Le gain de la biodiversité a permis l'apparition et la colonisation de nombreuses espèces. De même, pour l’Ecocité du pré vert à St Nolff, une coulée verte a été construite afin de relier le quartier qui se situe sur des terres agricoles entourées de franges naturelles à la vallée de Kerloc, une zone à la biodiversité florissante. Le quartier nordiste La Maillerie est également parsemé de corridors écologique. Le projet de jardin suspendu recréé des milieux écologiques variés et adaptés au contexte du bâtiment, en reproduisant au maximum le milieu écologique préalablement existant. Le parti paysager des toitures intègre certaines variétés végétales relevées sur le site avant le projet. Enfin, Le Plan Bleu a défini les grandes orientations visant à la renaturation partielle de la zone par le raccordement d’une rivière naturelle, la Marque, à un bras mort du système de canaux, la branche de Croix.



Adopter de telles démarches demande un véritable effort de compréhension, d’adaptation et de collaboration de la part des aménageurs. C’est le cas des acteurs impliqués dans la conception de L’écoquartier Font-Pré, qui ont travaillé en partenariat avec la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) locale pour la formation des intervenants et le suivi des actions prises. De plus, un travail pluridisciplinaire entre le paysagiste et l’écologue en phase conception a permis d’optimiser les habitats reconstruits. Par ailleurs, l’exploitation du site a été anticipée via la mise au point d’un plan d’entretien écologique. En effet, les 10 000 m2 d’espaces verts sont entretenus sans produits phytosanitaires et selon les principes de gestion différenciée écologique (c’est-à-dire une gestion spécifique - par exemple fréquence de tonte différente - des différents espaces pour y conserver des refuges pour la biodiversité). 


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En bref


Par son interdisciplinarité et sa technicité, le sujet de la protection de la biodiversité dans le cadre bâti est à la fois vaste et complexe. Les projets exposés ci-dessus démontrent que les actions de végétalisation se multiplient et sont généralement bien reçues. Néanmoins, l’arbre ne doit pas cacher la forêt : il faut jeter un regard critique sur ces initiatives et s’inspirer des projets découlant d’une véritable stratégie en collaboration avec des experts, et non de ceux qui utilisent la plantation de quelques arbustes comme cachet d’un aménagement durable. La nature suit son propre cours, alors n’oublions pas de protéger la biodiversité existante avant de créer de nouveaux habitats ! 
 

Article rédigé par Mariette Guermonprez - Construction21, La rédaction

 

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