[Focus Green Solutions #5] Tour d'horizon des enjeux du réemploi et de la réutilisation


L'économie circulaire invite à porter un regard différent sur les ressources et les déchets. Appliqués au secteur de la construction, ses principes ouvrent des perspectives prometteuses pour les professionnels en quête de chantiers décarbonés.

Au premier rang de ces solutions figure le réemploi de matériaux et de matières. Une nouvelle façon de percevoir la construction qui pousse à repenser en profondeur les usages. Les acteurs de la construction ne s'y sont pas trompés, le nombre de chantiers faisant appel au réemploi est en forte progression. Encouragés par une réglementation environnementale favorisant ces pratiques, toutes les conditions sont réunies pour développer de nouvelles façons de faire et, cela, malgré des critiques tenaces. Jugé plus onéreux, peu fiable et plus compliqué à mettre en œuvre, le réemploi n'a pas encore fait ses preuves auprès de l'ensemble des acteurs. Et pourtant, de nouveaux usages logistiques et de nouveaux acteurs apparaissent en professionnalisant le sourcing de matériaux, tout en facilitant leur stockage et les approvisionnements. Les assistances à maîtrise d'ouvrage proposent désormais de véritables accompagnements sur toute la durée des travaux, en même temps que le nombre de matériaux issus du réemploi ne cesse d'augmenter.

 

Adapter la logistique du chantier aux matériaux de réemploi


Deux grandes étapes conditionnent la bonne mise en œuvre du réemploi sur un chantier : le sourcing des matériaux disponibles et leur intégration durant la phase de travaux. Ces aspects logistiques n’ont rien d’anodins, surtout lorsque l’on connaît les délais souvent serrés des chantiers de construction et de rénovation.

Faire appel à des matériaux de seconde main nécessite donc souvent de changer d’approche sur la gestion du temps et le mode d’organisation du chantier. En effet, les matériaux n’arrivent pas toujours en nombre suffisant, en bon état et supposent parfois des temps longs de stockage entre leur déconstruction et la nouvelle utilisation.

Pour répondre à ces questions, des solutions existent et cela débute dès la phase de sourcing. Le fait de choisir des matériaux déjà disponibles sur place constitue l’option la plus simple. Le projet 85 Rue Petit a opéré la transformation d’un parking en logements grâce à la conservation de la structure poteaux-poutre existante et à la conservation de plus de la moitié des surfaces de planchers existants. Gain de l’opération : 3 080 m3 de béton non démoli soit environ 7 000 tonnes. La transformation d’un magasin en zone de loisirs et zone commerciale à La Réconciliation a quant à elle été faite en conservant l'intégralité de la structure bois. Le clos couvert du nouveau bâtiment a ensuite été repensé pour être le plus léger possible et ne pas fragiliser cette structure existante.



Autre piste : avoir recours à des matériaux disponibles localement. Lors de la rénovation de la maison du Costil dans l’Orne, la majorité des matériaux réemployés sont issus de filières locales. Des briques de terre cuite ont été sourcées sur une ruine à proximité du chantier. Des éléments de charpente en bois, des pavés en bois et des bouchons en liège ont été récupérés auprès d'industriels du bois présents localement pour assurer l’isolation, la structure et le sol.

Enfin, au sujet de l’approvisionnement en matériaux, il peut être judicieux de faire appel à une plateforme de stockage. Projet d’envergure, la réhabilitation dans le 12e arrondissement à Paris de la Caserne de Reuilly pour créer des logements, a par exemple eu recours au centre de maintenance et d’approvisionnement de la Ville de Paris situé à Bonneuil-sur-Marne pour stocker des matériaux, en fonction de l’avancement de ses travaux. Même cas de figure avec Octant, un chantier de rénovation de bureaux. Cette fois, les matériaux ont été stockés sur site. L'ensemble des matériaux a été entreposé par zone en fonction de leur localisation finale. Cela a toutefois supposé une coordination avec l'ensemble des corps de métier pour éviter de se gêner.
 

Projets illustrant ce paragraphe :

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Le réemploi avec ou sans AMO ?


Se lancer seul dans un projet de réemploi peut s’avérer trop compliqué pour bon nombre d’acteurs, notamment sur des grands projets nécessitant des quantités importantes de matériaux. Pour éviter cela, un nombre croissant de maîtres d’ouvrage font le choix de l’assistance à maîtrise d’ouvrage. L’avantage ? Bénéficier d’un partenaire qui l’accompagnera durant toute la durée du chantier pour sourcer les matériaux disponibles et organiser leur implémentation.

Durant le projet Lyon 55 de réhabilitation d’un plateau de bureaux en logements, des réunions ont été mises en place toutes les deux semaines afin de valider ou non les propositions faites par l’assistant à maîtrise d’ouvrage, missionné pour aider à sourcer les matériaux qui avaient été préalablement listés par le MOE. Tous les acteurs du projet étaient présents : l’entreprise, le MOE, l’AMO et le MOA. Cela a permis de valider autant le côté technique, que fonctionnel et esthétique. Des matériaux ont également été directement trouvés sur la plateforme de matériaux de réemploi de l’AMO. Autre exemple : l’emblématique projet des Canaux qui a fait appel à un nombre important de partenaires pour mener sa stratégie de réemploi. L’AMO a par exemple permis de bénéficier d’un soutien pour gérer l'assurabilité des poutrelles métalliques réemployées.

Autre illustration, pour mener le projet de réhabilitation de ses locaux, le réseau Envie a fait le choix de ne pas passer par un AMO. Et si pour le second œuvre du bâtiment le maître d’œuvre a fait un travail de sourcing dans leurs stocks de fins de chantiers franciliens, le MOA ferait le choix d’opter pour un AMO si c’était à refaire.

Voici l'exemple aussi d'un projet pour lequel il n'y a pas eu de collaboration avec un AMO, pour la bonne raison que cela n'est pas encore développé s'il s'agit d'un projet mené par un particulier. C'est l'habitante elle-même qui a mené à bien sa rénovation avec la volonté de faire appel au réemploi. Ainsi, elle a eu recours, pour sa Maison Circulaire dans le Rhône, aux sites de revente entre particuliers pour se fournir en matériaux réemployés. Une démarche qui a toutefois demandé un fort investissement en temps mais qui, espérons, puisse ouvrir la voie à d'autres. 


Enfin, les démarches sans assistance peuvent également avoir un effet moteur sur les territoires comme avec le projet du siège de l'Ordre des Architectes Réunion/Mayotte à la Réunion qui a permis de faire émerger des solutions de réemploi, alors que la filière réemploi était avant inexistante sur l'île.


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Ressources supplémentaires :

 

Construire en neuf grâce au réemploi


Si le réemploi semble pleinement cohérent lorsqu’il intervient dans le cadre d’une rénovation, en s’appuyant sur l’existant notamment, dans un contexte de construction neuve il est également un atout. Partant d’une page blanche, le projet de construction neuve permet parfois de porter de plus hautes ambitions, sans être contraint par un bâtiment déjà réalisé.

Cela a été le cas avec l’Office intercommunal de tourisme Cèze/Cévenne dans le Gard puisque tous les composants de cet office de tourisme sont entièrement démontables et réutilisables et font que ce projet respecte les principes du Cradle to Cradle (C2C), avec des matériaux recyclables à l’infini. Le projet Retrival a quant à lui réalisé l'aménagement de 300 m² de bureaux et locaux sociaux neufs à partir de 80% de matériaux de réemploi.

Quand on parle de construction neuve, il est d’ailleurs important de préciser l’apport essentiel que représente la nouvelle réglementation environnementale RE2020 entrée en vigueur le 1er janvier 2022. En instaurant une analyse de cycle de vie (ACV) des matériaux de construction, avec notamment l’indicateur « Ic Construction », la nouvelle réglementation fait la part belle au réemploi. En effet, les matériaux en étant issus comptent pour zéro dans le calcul de l’ACV. Une forte incitation donc pour les maîtres d’ouvrage désireux de diminuer au maximum l’impact carbone de leur bâtiment.

Les projets de rénovation restent cependant les plus nombreux et constituent une véritable source d’inspiration pour les constructions neuves qui souhaitent recourir au remploi. Par nature, ces projets ont la capacité de donner une seconde vie ou une nouvelle fonctionnalité à un bâtiment implanté dans un territoire en mutation. On peut citer des exemples comme la Grande Halle de la Colombelle qui a su conserver la structure d’un bâtiment industriel abritant des hauts fourneaux pour en faire un lieu d'accueil d'événements culturels et professionnels, ou encore le Hangar Zéro qui a transformé une friche portuaire en laboratoire citoyen de la transition écologique.


Projets illustrant ce paragraphe :

Ressources supplémentaires :

 

Les matériaux de réemploi les plus fréquemment utilisés


Tous les matériaux ne se réemploient pas aussi facilement. On imagine bien qu’il est plus aisé de réutiliser des terres excavées, des pavés, du mobilier, des menuiseries intérieures ou des matières isolantes plutôt que des éléments de structure ou de façade du bâtiment.

On assiste cependant, avec le déploiement du réemploi soutenu par la réglementation, à une diversification des matériaux réemployés, donnant ainsi naissance à de nouvelles filières localement ou plus largement. Voici quelques exemples de chantiers illustrant les différentes solutions en réemploi existantes et déjà mises en œuvre :

  • La Cabane de Silhac : menuiseries extérieures, la menuiserie intérieure (plans de travail, carrelage, vasque de douche...), les appareillages électriques (interrupteurs, prises et luminaires), la terrasse en bois, le revêtement mural et de plafond en planches et tasseaux bois, les ossatures des cloisons et les lambourdes, les éléments sanitaires, les grilles de ventilation / entrées d’air, la peinture des murs… 
  • Résilience - La Ferme des Possibles : menuiseries extérieures, cloisons, menuiseries intérieures (portes vitrées), électricité (luminaires), plomberie (WC et lave-mains), radiateurs en fonte, pavés en granit pour les terrasses extérieures.
  • Javelot : escalier métallique, parquet, vitrages et bardage. 
  • Réhabilitation d'une grange en Tiers Lieu : charpentes existantes, couvertures de tuiles plates, zinguerie... Le réemploi concerne également le mobilier issu de l'upcycling de bois de charpente ou de menuiserie (chênes, sapin, hêtre) qui ont permis de réaliser bureaux, tables et caissons de rangement.
  • Eco-fourrière des Quarante Sous : menuiseries intérieures (panneau bois pour habillage intérieur), serrurerie-métallerie (portes extérieures en acier, grille en acier, garde-corps…), aménagements extérieurs (gabion, terre des déblais, terre végétale).



Ressources supplémentaires :

 

Pour plus d’infos sur le réemploi dans le bâtiment, retrouvez en novembre prochain notre Dossier Spécial Réemploi parrainé par Valdelia et assuré par le Booster du Réemploi.

 

Article rédigé par Grégoire Brethomé - Construction21, La rédaction

 

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