Erik Orsenna, grand témoin de la Matinée de l'eau des Canalisateurs déclinée le 22 mars dans 15 régions

Rédigé par
Patricia Desmerger

Directrice

1548 Dernière modification le 23/03/2023 - 11:39
Erik Orsenna, grand témoin de la Matinée de l'eau des Canalisateurs déclinée le 22 mars dans 15 régions

Les Nations Unies, qui célèbrent chaque année par une journée mondiale l’importance que nous devons attacher à la protection de l’eau douce et son accession à tous sur la planète, avait choisi pour objectif en 2023 : « eau propre et assainissement pour tous d’ici à 2030 ». Erik Orsenna1 est intervenu à New-York aux Nations Unies au sujet des grands fleuves, tandis que, partout dans le monde, de nombreux événements étaient organisés.

1800 participants réunis sur le thème Sécurisation et préservation de la ressource

En France, les Canalisateurs ont organisé, à cette occasion, la deuxième édition de la Matinée de l’Eau, placée cette année sur le thème « Sécurisation et préservation de la ressource ». Déclinée simultanément dans 15 régions2 de France par ses délégations territoriales, l’événement a réuni 1800 participants partout en France.

Dans chaque région, La Matinée de l’Eau a été introduite par la diffusion de l’interview exclusive donnée par Erik Orsenna, avant son départ pour New York, à Pierre Rampa, président des Canalisateurs.  Cette première séquence a été suivie par  des tables rondes organisées dans chaque région, avec des témoignages spécifiques pour inscrire les débats dans les problématiques locales.

Ces deux temps fort visaient à rappeler que préserver la ressource en eau est devenu un enjeu écologique vital pour les territoires, tous aujourd’hui confrontés, à la récurrence des épisodes intenses de sécheresses et d’inondations et à l’épuisement de la ressource. Et qu’à l’heure où le gaspillage d’1 milliard de m3 chaque année en France n’est plus soutenable, il est plus jamais impératif de maintenir la qualité et la pérennité des infrastructures de réseaux.

Parution du Livret Bleu : 4 clés pour faire face à la crise de l’eau, 4 engagements des Canalisateurs

La Matinée de l’Eau a également été l’occasion de remettre à tous les participants le Livret Bleu rédigé par les Canalisateurs, force de proposition pour faire face à la crise de l’eau et offrir un approvisionnement en eau de qualité aux Français. En concevant et construisant des réseaux durables et performants, puis en déployant des solutions efficientes et vertueuses permettant de gérer l’eau et les déchets, de sauvegarder la biodiversité et d’économiser l’énergie, les Canalisateurs contribuent activement à préserver, sécuriser et renouveler la plus précieuse des ressources.

Le Livret Bleu présente les 4 clés pour faire face à la crise de l’eau : renforcer la connaissance du patrimoine pour des investissements efficaces, améliorer la performance des réseaux pour une gestion économe de l’eau, réutiliser l’eau pour économiser la ressource naturelle, protéger la ressource pour préserver les sols et la biodiversité.  Il recense ensuite les 4 engagements majeurs des Canalisateurs pour relever les défis du changement climatique : construire des réseaux durables et performants, proposer des solutions alternatives et innovantes, participer à la décarbonation, se mobiliser pour sauver l’eau et les milieux naturels.

Erik Orsenna et Pierre Rampa : une même passion pour l’eau : quelques extraits et le lien

Visionner l’intégralité de l'entretien

Pierre Rampa : Avec votre vison planétaire des sujets qui nous préoccupent, quel est votre sentiment sur l’état de la planète  par rapport à l’eau aujourd’hui ?

Erik Orsenna : L’eau, c’est à la fois global, on parle du grand cycle de l’eau, et extrêmement local. Chaque fleuve, chaque bassin a son histoire. Il ne faut pas généraliser mais croiser les regards.  Il y a quinze ans quand j’ai écrit L’avenir de l’Eau tout le monde pensait que la France ne serait jamais touchée avec son climat tempéré. Depuis l’été 2022 terrifiant et les prévisions pour l’été prochain toutes aussi terribles, l’alternance de sécheresses et d’inondations, devenue incontrôlable,  la préoccupation est plus forte.

PR : À ce propos, trouvez-vous des similitudes entre vos observations planétaires et ce que l’on peut observer en France quant à l’état des fleuves et des conflits liés à la rareté de l’eau ?

EO : Il y a plusieurs similitudes, la première c’est que l’échelle planétaire, c’est l’échelle du bassin. Comme dans vos métiers de canalisateurs, pour bien agir, il faut tisser un réseau, qui dépend de la qualité du sol, de l’état antérieur, de l’urbanisation… Il faut être concret.  Il y a une aussi une belle allégorie entre le système vasculaire du corps humain et celui des réseaux de canalisations car votre métier est aussi d’apporter la vie, d’être au cœur de la vie. Il faut apprendre à nos compatriotes que l’eau n’est pas un cadeau du ciel, que pour disposer au robinet d’une eau de qualité 24 h sur 24 h, il faut travailler en amont. Si Dieu nous a donné de l’eau, il ne nous a pas donné les filtres, les canalisations.

PR : Notre métier est mal connu du grand public. Comment faire pour faire connaître le patrimoine des réseaux. Il y a deux sujets : celui  de la qualité des réseaux à réhabiliter et le problème de la ressource qui est encore plus grave.

EO : Il faut faire un bilan, à l’image du bilan sanguin, prendre soin des canalisations comme on prend soin de son corps.  Il faut répéter,  ne pas se laisser aller à l’air de temps mais imposer la volonté d’une meilleure répartition et aménagement du territoire.

PR : Quel est votre retour d’expérience dans d’autres pays dont nous pourrions nous inspirer pour l’eau ?

EO : Dans d’autres pays mais aussi dans d’autres temps… Les canalisations romaines  antiques sont à ce titre un excellent exemple d’apport de richesse dans les infrastructures pour résister aux menaces. Il faut articuler l’humilité face à la nature et la détermination. Ne pas préparer l’avenir, ne pas investir dans les infrastructures est une dette pour les nouvelles générations.

PR : En matière de recyclage, qu’avez-vous pu observer à l’étranger ?

EO : En Israël et à Singapour, deux pays qui souffrent de pénuries d’eau, on recycle depuis longtemps les eaux usées. A Singapour, on donne même des cours dans les écoles pour expliquer le recyclage des eaux des toilettes chimiquement.  On peut aller beaucoup plus loin en France sans remettre en cause la santé de nos contemporains.

PR : Que pensez-vous du stockage de l’eau, un sujet aigu et délicat actuellement ?

EO : Il y a les pro-bassines et les anti-bassines ; il faut arrêter d’utiliser ce terme mais parler plutôt de réserves ou de réservoirs. Tout dépend avant tout des territoires. En France, on est trop jacobin, on veut tout généraliser alors que notre trésor c’est la diversité, ce sont les écosystèmes.

PR : Nous avons un système en France pertinent : les agences de l’eau

EO : Le système est pertinent mais on a failli en être privé ou restreindre énormément leur pouvoir. Partout où je vais dans le monde, on salue les agences de bassin, c’est le bon territoire,  c’est l’endroit du dialogue. Nous allons devoir apprendre le partage d’une ressource essentielle de plus en plus rare. L’eau est un formidable défi pour notre démocratie. <

PR : Vous avez un rôle essentiel de pédagogue. Quelle est votre idée sur la manière de faire passer nos messages auprès du grand public.

EO : Le mot clé est celui de la solution. Si vous ne faîtes qu’alerter, inquiéter, c’est perdu. Il faut comprendre, expliquer, alerter et proposer des solutions en n’oubliant aucun maillon de la chaîne.

PR : Je sais que vous avez des idées pour la jeunesse, pour l’éducation sur le sujet de l’eau.

EO : Il faut sensibiliser les jeunes dès leur plus jeune âge. J’ai lancé un projet dans l’école qui porte mon nom en Bretagne Nord pour proposer aux classes primaires d’adopter 200 mètres de rivières, un vrai morceau de vivant ; et de jumeler le petit fleuve local avec l’Amazone.

1. Erik Orsenna, né le 22 mars 1947, est un écrivain, économiste, membre de l’Académie française, élu au fauteuil de Jacques-Yves Cousteau en 1998. Auteur d’une cinquantaine de livres, il a notamment publié deux ouvrages sur la thématique de la ressource eau : « L’avenir de l’eau » en 2008 et « La Terre a soif » en 2022. Parmi, ces nombreuses distinctions, il a obtenu le Prix Goncourt en 1988 pour son livre « L’exposition coloniale ». En plus de l'écriture, les voyages, la mer et la musique tiennent une place essentielle dans sa vie.

2. Alsace, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Centre-Val de Loire, Champagne-Ardenne, Hauts-de-France, Île-de-France,, Lorraine, Martinique, Normandie, Occitanie-Méditerranée,  Occitanie–Pyrénées, Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

Lien vers le site des Canalisateurs avec les événements organisés en région 

https://www.canalisateurs.com/matin%C3%A9e-de-leau

Photo Pierre Rampa et Erik Orsenna. Crédit Vincent Lappartient

 

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