[Entretien] Tester, former, accompagner : les leviers du réemploi

[Entretien] Tester, former, accompagner : les leviers du réemploi


La prise en compte du réemploi dans les projets de bâtiment est loin d’être une évidence. Pourtant, les leviers existent bel et bien. Pour Elodie Citroën, Directrice de la marque et de la RSE, OGIC et Eva Hominal, Responsable de programmes Immobilier d’Entreprise, OGIC, pas de doutes : il faut tester, former et accompagner. OGIC a rejoint en mars 2021 le Booster du réemploi et a participé à la démarche Bureaux de demain pilotée par l’Ifpeb et le Cerema, qui vise à favoriser le réemploi dans le tertiaire. Retour d’expérience. 

Pouvez-vous nous présenter OGIC ? Pourquoi vous êtes-vous lancés dans des démarches de réemploi ?

Elodie Citroën : OGIC est un promoteur immobilier indépendant qui existe depuis un peu plus de 50 ans. Spécialisés dans le résidentiel et le tertiaire, nous avons un savoir-faire historique dans la réhabilitation et la restructuration d’actifs. Nous sommes implantés sur le bassin Ile-de-France ainsi que les régions Rhône-Alpes, Savoie, Provence-Alpes-Côte-d'Azur et bientôt Toulouse. 

Nous avons engagé une démarche de RSE depuis 2018, convaincus que notre secteur devait revoir ses façons de faire, d’aménager, etc. Notre stratégie RSE comprend notamment un axe sur l’excellence écologique, qui englobe des objectifs bas carbone et de préservation de la biodiversité. La question du réemploi est venue naturellement s’intégrer à notre réflexion. Nous avons commencé par nous concentrer sur le réemploi de nos propres matériaux sur des chantiers ou sur du réemploi in situ. Notre partenariat avec le Booster du réemploi nous a permis par la suite d’élargir notre champ de recherche de matériaux, en bénéficiant d’un facilitateur de mise en connexion de l’offre et la demande.

Vous avez réussi à mobiliser vos équipes internes sur le réemploi. Quels leviers de mobilisation avez-vous identifiés ?

Elodie Citroën : La formation a été le levier de mobilisation le plus fort dans notre cas. Avec le Booster du réemploi, nous avons organisé des sessions de formations de trois heures dans toutes les régions où nous sommes implantés, sous la forme d’ateliers ludiques et participatifs. Nos équipes ont pu comprendre ce qu’était concrètement l’économie circulaire dans notre métier et comment nous pouvions la favoriser. Cela a été un véritable déclic pour elles. Nous avons noté un grand changement dans les pratiques des collaborateurs suite à cette formation. Dans le logement par exemple, il n’était pas si évident pour nos équipes d’imaginer ce qui pouvait être réemployé, comment, etc. Cela a changé avec la formation. 

Quels obstacles rencontrez-vous au quotidien dans la mise en œuvre du réemploi ? Comment les dépasser ?

Elodie Citroën : Jusqu’ici, nous avons surtout rencontré des points de blocage liés à des problèmes juridiques et pratiques. Nous faisons également face aux réticences de certains acquéreurs, qui doivent comprendre et accepter pourquoi nous proposons du neuf avec des matériaux anciens, réemployés. Cela pourra être dépassé grâce à un long travail de sensibilisation sur l’économie circulaire. 

Eva Hominal : Nous rencontrons également des obstacles liés au processus de validation des matériaux. Tout d’abord, les entreprises doivent réaliser un travail de sourcing poussé, ce qu’elles n’ont pas l’habitude de faire, avec comme contrainte de garder une cohérence esthétique entre les matériaux choisis. Ensuite, une fois les matériaux repérés, ils sont soumis à toute une chaîne de validation, alors que les flux évoluent très rapidement. Si ce processus de validation est trop long, les matériaux peuvent très bien ne plus être disponibles à la fin. Enfin, les entreprises doivent fournir des attestations d’assurances relatives aux matériaux mis en œuvre sur le chantier issu du réemploi. Or, les assurances sont encore peu sensibilisées et formées au réemploi. 

Le levier principal, pour dépasser ces points de blocages, réside dans la pratique et le retour d’expérience. Je suis certaine que, quand nous serons un peu plus rodés sur le processus, cela sera plus simple.

Vous avez plusieurs projets en cours intégrant un objectif de produits issus du réemploi. Quelles ont été les stratégies suivies dans ces projets ?

Eva Hominal : Nous avons effectivement deux projets en cours en tertiaire. Le premier est une restructuration légère consistant à rénover complètement les surfaces de bureaux. Le bâtiment s’élève en R+6 développant une superficie SDP d’environ 3000 m². Pour le réemploi, nous avons décidé de cibler certains lots, essentiellement du mobilier. En effet, les délais du chantier étant assez courts, il nous a fallu faire des choix. De plus, le mobilier présente l’avantage de ne pas avoir besoin d’être assuré. Nous avons également prévu l’usage de matériaux neufs qui pourront facilement être déposés et réemployés par la suite, comme de la moquette. Le second est une restructuration lourde d’un bâtiment haussmannien. Le projet a bénéficié d’un accompagnement du Booster du réemploi, dans le cadre du projet Bureaux de demain. Nous sommes en phase finale d’exécution pour l’instant, nous ferons un bilan poussé quand le projet sera livré. 

Elodie Citroën : Nous avons également deux projets en cours en résidentiel, pour lesquels nous avons fait le choix d’être accompagnés par un AMO réemploi. 

Quels enseignements tirez-vous de ces deux projets ?

Eva Hominal : Le réemploi est un travail de longue haleine ! Il est essentiel de noter les objectifs et critères de réemploi le plus en amont possible de la phase de conception. Cela permet aux entreprises du projet d’être informées dès le début des ambitions d’économie circulaire et de mettre en place un processus efficace.  

Elodie Citroën : Il faut également éduquer et sensibiliser tous les acteurs du secteur. Tant que toute la chaîne ne se mettra pas en ordre de marche, le réemploi sera compliqué. Les clients favorables au réemploi ne sont pas encore chose commune. 

Propos recueillis par Construction21, La Rédaction


Ces éléments ont été partagés dans le cadre du programme Bureaux de demain et croisés avec d'autres retours d'expérience, les conclusions ayant permis d'aboutir à des enseignements diffusés publiquement en juin 2022. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter les sites de l’Ifpeb et du Cerema sur le sujet. 

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