[Entretien] Intégrer les matériaux biosourcés dans les formations : l’exemple du CFA d’Ocquerre

Le CFA d’Ocquerre s’est lancé dans la formation biosourcée (chanvre) depuis plusieurs années déjà. Précurseur dans ce domaine, son principal atout réside dans la construction interne d’un démonstrateur sur l’écoconstruction. Lionel Correia, directeur du CFA d’Ocquerre, a récemment participé à l’épisode 4 du WinLab' Innovation Live : « L’approvisionnent durable : solution efficiente à la gestion des ressources et des compétences ? », organisé par le CCCA-BTP en partenariat avec Agyre. Suite à cette conférence, Lionel Correia est revenu avec nous sur les raisons qui ont poussé le CFA à développer une telle offre de formation et sur le succès de son démonstrateur auprès des jeunes et des entreprises.

Pourquoi avoir développé une offre de formation tournée vers les biosourcés ?

Lionel Correia : Au CFA d’Ocquerre, nous proposons des formations autour du chanvre. Ce choix est avant tout territorial. Quand je suis arrivé à la direction du CFA en 2015, les équipes avaient commencé à proposer des modules de formations chanvre sur les CAP maçon. Cela faisait suite à une demande territoriale pour faire connaître le chanvre auprès de nos apprentis. En effet, l’écosystème local et territorial du chanvre est très complet.

En 2012, les élus locaux et l’association Planète Chanvre ont créé une usine de transformation de chanvre à 20 minutes de l’établissement. Depuis, le tissu territorial du chanvre s’est fortement développé. Une usine de préfabrication en ossature bois avec isolation en chanvre, Wall’up, s’est installée à côté de Planète Chanvre. En 2021 a eu lieu l’inauguration d’une usine locale spécialisée dans le béton-chanvre. Nous pouvons également compter sur l’association Construire en chanvre Ile-de-France, qui accompagne le développement de la filière depuis une vingtaine d’années. Enfin, l’Université Paris-Est Créteil accueille un campus des métiers du bâtiment, qui comprend un volet biosourcés. Ce campus va nous permettre de fédérer et de communiquer auprès des lycées et universités sur les techniques biosourcés. Nous avons d’ailleurs de multiples projets prévus avec des établissements locaux.

Le CFA d’Ocquerre est clairement précurseur sur la formation chanvre en Ile-de-France. Nous avons commencé à réfléchir sur la problématique du chanvre dans la formation il y a 7 ou 8 ans, alors que par exemple, le 1er référentiel sur le CAP maçon prenant en compte cet aspect pour la 1ère fois est attendu pour la rentrée 2021.

Encart : les formations proposées par BTP CFA Ile de France

BTP CFA Ile de France association régionale en île de France gère 7 CFA dont celui d’Ocquerre, forme environ 30% des formations BTP en Ile-de-France. Il propose des cursus du niveau CAP, BAC pro et Brevets professionnels, Titre pro, BTS et DUT, Licence professionnelle et enfin master. Ces formations se répartissent en six pôles : menuiserie ; maçonnerie et travaux publics ; plaques et finitions ; fluides-énergie ; métallerie ; couverture.

En plus de ces formations, BTP CFA Ile de France propose des modules de quelques jours, notamment sur la transition énergétique (par exemple : construction bois, isolation thermique par l’extérieur filière humide, béton de chanvre parcours artisans et parcours maîtres d’œuvre, etc.).

Le CFA d’Ocquerre a mis en place un démonstrateur de la construction biosourcée. Pouvez-vous revenir sur les enjeux de ce projet ?

L. Correia : Ce projet est en réflexion depuis plusieurs années déjà, mais n’avait pas pu aboutir plus tôt par manque de financement.

A partir de 2015, nous avons pu obtenir un co-financement de la Région Ile-de-France, du CCCA-BTP, de la fondation BTP+, de la communauté de commune du pays de l’Ourcq, de la Fédération Française du Bâtiment Est Francilien.

Nous avons pu commencer la construction du démonstrateur en 2017. Les travaux devraient s’achever en octobre 2021.

Le démonstrateur se compose d’un bâtiment sanitaire, d’une salle de réunion, d’un plateau pédagogique et de deux auvents. Il répond à plusieurs enjeux de la formation à l’écoconstruction :

  • Démocratiser l’accès aux formations sur les matériaux biosourcés. De plus en plus d’entreprises du bâtiment souhaitent monter en compétence sur les biosourcés. Le démonstrateur est un support concret de formation, que nous ouvrons à nos apprentis, mais aussi aux lycéens, à des demandeurs d’emploi et à des entreprises locales.
  • Développer la connaissance sur les matériaux biosourcés. Le démonstrateur fera office de médiathèque sur le sujet. Cela nous permettra de communiquer sur les atouts de l’éco-construction auprès du grand public et des professionnels.

Quelles techniques de construction et quels matériaux avez-vous utilisés sur le chantier ?

L. Correia : Nous avons profité de ce projet pour explorer de nombreux matériaux biosourcés, pas seulement le chanvre. Ainsi, la structure du démonstrateur est en ossature bois. L’isolation a été réalisée en chanvre projeté, chanvre banché mélangé avec de la chaux ou en Biofib’ Trio (un mélange de coton, de chanvre et de lin). Lors du chantier, nous nous sommes également rapprochés d’une entreprise locale qui fait de l’enduit et de l’isolation en terre crue. Les artisans sont venus sur le chantier pendant trois semaines et ont pu former nos jeunes sur place à l’utilisation de la terre crue.

Nous avons tenu à impliquer nos apprentis dans toutes les étapes de la construction du démonstrateur. Cela nous permet de leur donner des formations concrètes sur l’éco-construction, directement sur le terrain. Ils peuvent ainsi rapidement monter en compétences. Tous les corps de métier que nous formons au CFA ont participé au projet, même ceux qui ne sont pas directement liés aux biosourcés. Par exemple, les couvreurs ne posent pas de chanvre. Mais quand ils sont venus travailler sur la toiture du démonstrateur, ils ont pu s’intéresser à ce matériau. Cela permet à tous nos jeunes d’apprendre la transversalité entre les métiers et de savoir qu’il est possible d’isoler, enduire, etc., en chanvre.

Quel accueil reçoivent vos formations et ce démonstrateur auprès des jeunes et des entreprises ?

L. Correia : Les jeunes sont très motivés par nos formations biosourcées et le démonstrateur. D’une part, ce sont des thèmes qui leur parlent, ils y sont sensibles. De plus, cette spécificité du CFA, leurs permets de travailler en transversalité avec tous les métiers du bâtiment

Les entreprises sont également très intéressées. Elles viennent nous voir et se renseignent de plus en plus sur la formation pour leurs propres salariés. En effet, grâce à l’agrément Construire en Chanvre de notre formateur, nous pouvons former des professionnels sur la construction et la rénovation en chanvre.

Au-delà des jeunes et des entreprises, il existe une prise de conscience générale sur l’importance de l’éco-construction. Les politiques et le grand public aussi commencent à s’approprier le sujet. Les formations comme les nôtres sont de plus en plus valorisées.

Quels sont les freins à l’intégration des biosourcés dans la construction ?

L. Correia : Du point de vue de l’artisan et de l’entreprise du BTP, je dirais que le frein principal est la méconnaissance des matériaux biosourcés.

Les acteurs pensent qu’il faut assimiler de nouvelles pratiques et techniques de construction pour manier les biosourcés, ce qui les rend assez frileux. Or, les techniques liées aux biosourcés ne sont pas forcément plus compliquées que les techniques classiques. Par exemple, le processus pour faire du chanvre banché nécessite de faire couler puis sécher le produit. C’est le même processus que pour le béton. Idem pour l’enduit plâtre et l’enduit chaux-chanvre : la technique est très proche.

Pour lever ce frein, il faut de la pédagogie, produire des supports de connaissances et, surtout faire vivre le démonstrateur. Nous sommes en bonne voie : le caractère vertueux des biosourcés est de plus en plus acquis dans les consciences. J’ai pu constater personnellement cette évolution depuis mon arrivée au CFA d’Ocquerre.

Propos reccueillis par Manon Salé, Construction21 - la rédaction


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  • Franck Le Nuellec

    Directeur du marketing, du développement et de l'innovation

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