[Entretien] Intégrer les matériaux biosourcés dans l’isolation du patrimoine bâti


Les matériaux biosourcés ont de nombreux atouts dans l’isolation du bâti. En plus de présenter des caractéristiques isolantes performantes, leur variété permet de s’adapter à tout type de bâti, notamment le bâti ancien. Pourtant, ils demeurent peu connus ou utilisés sur les chantiers. Pour Cyril Lemoing, Responsable du pôle Enduits de Façade chez Parexlanko, il est temps de développer les filières locales du biosourcé et de sensibiliser les artisans à leur utilisation.

Quels sont les besoins du patrimoine bâti français en isolation ?


Cyril Lemoing : En France, il y a eu trois grandes périodes dans la construction. Avant 1948, les maisons étaient faites de pierres, terre crue et de bois. Le parc immobilier construit en amont de cette date représente encore 30 % des logements. L’après seconde Guerre mondiale marque un tournant : la France entre en période de reconstruction. On fait avec ce qu’on a sous la main, dont des restes d’anciens bâtiments. Puis, à partir des années 1970, se développe le bâti moderne, avec le développement des zones pavillonnaires et les premières exigences thermiques. Les besoins actuels en isolation dépendent de l’âge du bâtiment. Sur le bâti ancien, l’isolation est déjà de bonne qualité. Il est possible de la parfaire en utilisant des enduits biosourcés. Mais dans les constructions plus récentes, on note un fort problème d’humidité. L’isolation présente ne permet pas de l’évacuer correctement, il faut venir en renfort.

En plus de ces périodes, il faut prendre en compte une spécificité française, qui est la régionalisation du bâti. Les maisons ne sont pas construites avec les mêmes matériaux en Bretagne, que dans les Hauts-de-France, ou encore qu'en Corse. Les besoins en isolation ne sont donc pas les mêmes. Nous avons besoin d’une approche qui corresponde à l’environnement rural local français. L’avantage des biosourcés, c’est qu’en plus de proposer une réponse adaptée à chaque bâtiment, ils permettent de développer les filières locales.

 

Vous avez développé un isolant chaux-chanvre. Pourquoi ce choix de matériaux ?

 

C. Lemoing : L’avantage de ce mélange, c’est qu’il permet de capter l’humidité, tout en ne faisant pas barrière à la respirabilité des murs. Il offre ainsi de bonnes performances thermiques comparé aux autres solutions béton/chanvre qui existent. Il y a trois constituants dans le chanvre : les graines, la fibre, et la partie ligneuse, qui forme le paillage. C’est cette dernière que nous utilisons. Le paillage a de grandes capacités absorbantes : 1 L de chanvre peut absorber jusqu’à 4 L d’eau. De son côté, la chaux permet d'obtenir des mortiers perméables à la vapeur d'eau, particulièrement adaptés au bâti ancien. Ainsi, une fois associé, le mélange chaux/chanvre permet d'exploiter toutes les performances de chacun des matériaux. De plus, ces matériaux ont un bilan carbone très faible, permettant de répondre aux nouveaux critères environnementaux du bâtiment.

C’est pour toutes ces raisons que nous avons créé un enduit chaux/chanvre, sous notre gamme Parnatur. Nous avons veillé à mettre en place un dosage qui utilise moins de chaux que dans d’autres procédés pour faire la part belle au chanvre et alléger le bilan carbone. Enfin, Parnatur Corps d’enduit chanvre est compatible avec les règles professionnelles de Construire en Chanvre pour l’assurabilité des chantiers.

 

Comment démocratiser l’utilisation de matériaux biosourcés sur les chantiers ?


C. Lemoing : L’utilisation des matériaux biosourcés sur les chantiers n’est pas encore automatique. Les artisans savent qu’il y a une mutation dans le secteur du bâtiment aujourd’hui et que les clients ont de plus grandes attentes environnementales et une vigilance sur leur confort de vie avec l’utilisation de produits sains pour eux. Mais ce n’est pas évident de connaître des solutions concrètes pour répondre à ces attentes. Aussi, il est important de proposer des outils et produits qui ne révolutionnent pas la manière de travailler des artisans, tout en répondant aux enjeux de la transition et une valorisation de leur savoir-faire. Il y a un gros travail pédagogique à faire à leur contact, dans les salons par exemple. Aujourd’hui, ils ont encore du mal à venir vers nous. Nous menons donc un travail d’approche de terrain au niveau local, pour sensibiliser au chanvre et aux biosourcés. Pour l’instant, nous sommes plutôt satisfaits de l’accueil que nous recevons.

En complément de cet article, lisez 2 questions à Cyril Lemoing, chef de marché façades chez PAREXLANKO

Pour en savoir plus sur Parexlanko, parrain des Green Solutions Awards 2020-21

Propos recueillis par Construction21, la Rédaction

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