[Dossier santé] #7 - Entretien : La lumière naturelle, essentielle à notre bien-être et notre confort

La lumière naturelle est plus qu’un simple indicateur de confort de ses occupants. Intimement liée à l’augmentation des performances scolaires, la flexibilité d’aménagement, ou encore à la santé, elle est un élément indispensable à prendre en compte lors de la conception d’un bâtiment. Elle figure au sein des réflexions autour de la RE2020 prévue à l’été 2021. Éclairage avec Catherine Juillard, Directrice des Relations Institutionnelles chez VELUX France.

Nous l’oublions souvent, mais il existe des normes européennes sur l’éclairement, pouvez-vous nous en dire plus ?

Catherine Juillard : La lumière naturelle n’est pas seulement un indispensable matériau de créativité architecturale, elle est aussi un déterminant pour la santé et le bien être des occupants d’un bâtiment.  Nous passons en moyenne 90% de notre temps dans un lieu clos, il est donc important de recréer à l’intérieur la luminosité présente à l’extérieur. L’être humain est programmé pour vivre en extérieur, et pour bénéficier d’un maximum de lumière naturelle. Ainsi, dans la construction d’un bâtiment, il est primordial de bien calibrer cette entrée de lumière naturelle.

La norme EN 17037, adoptée en décembre 2018, est la première norme européenne sur la lumière naturelle dans les bâtiments. Elle préconise des recommandations minimales en termes de quantité de lumière naturelle à atteindre. 3 niveaux de performances possibles sont distingués : minimum, moyenne, et haute. Au-delà de ces recommandations quantitatives, son périmètre introduit d’autres aspects sur la lumière naturelle, comme l’exposition à la lumière directe du soleil, la protection contre l’éblouissement, et la vue vers l’extérieur. Est ainsi introduite la notion de connexion avec l’extérieur, au ciel, aux paysages environnants, qui a un écho particulier en ce moment avec le confinement. A travers cette norme, on passe d’une approche technique à une approche plus large en réponse aux besoins des occupants.

L’adoption en pratique de cette norme européenne dépend notamment de sa prise en compte dans les législations nationales.  Elle commence à faire son bout de chemin : certains pays européens l’ont déjà introduite dans le cadre de leurs travaux règlementaires, comme au Danemark ou encore aux Pays-Bas. En France, elle est aujourd’hui étudiée.

 

Quelle place pour la lumière naturelle dans la RE2020 ?

C. Juillard : Sur un plan méthodologique, la question du maintien de gardes fous spécifiques qui existent dans la réglementation thermique de 2012 a été abordée. Parmi ses exigences minimales, la RT 2012 impose notamment de prévoir au minimum 1/6e de la surface habitable en surface de baie. Cette règle est essentielle car elle garantit un accès minimal à l’éclairage naturel pour tous les logements. C’est pourquoi nous soutenons vivement son maintien dans la réglementation 2020. Au-delà même du prisme énergétique, il y a derrière la lumière naturelle une dimension sociale à prendre en compte. Accéder à la lumière naturelle, c’est s’assurer d’une qualité minimum de logement et de salubrité. Encore une fois, c’est une problématique qui est actuellement soulevée avec le télétravail : il est important que chacun bénéficie d’un environnement sain et lumineux.

Cet accès à la lumière naturelle pourrait être atteint grâce au maintien de la règle des 1/6e, ou, en alternative, via un objectif de résultat. Celui-ci fonctionnerait avec une quantité minimale de lumière naturelle à atteindre directement inspirée de la norme européenne EN 17037, avec également une notion d’accès à la vue sur l’extérieur.

Ainsi, il paraît essentiel que la lumière naturelle ait sa place dans la réglementation RE2020. Il existe toute une palette de solutions pour maîtriser l’éclairement et assurer le confort thermique des occupants.  Il existe des vitrages à contrôle solaire, permettant de maîtriser les apports solaires en faisant barrière aux rayons du soleil en été, des ouvrants à ouverture motorisée pour aérer et permettre un rafraichissement programmé ou automatique en fonction de la variation de température, etc. Le pilotage automatique peut également permettre de contrôler les protections extérieures, comme les volets ou les stores, afin d’optimiser la lumière et les apports solaires.

 

 

Quel est l’état des connaissances du bien-être de la lumière naturelle ?

C. Juillard : La lumière a un impact sur la santé, c’est aujourd’hui prouvé.  Au XIXème siècle déjà, on parlait de ses vertus thérapeutiques, et des conséquences potentielles de son déficit. Les logements mal aérés et éclairés étaient suspectés d’être des foyers de maladies infectieuses, et notamment de tuberculose. La lumière naturelle joue également un rôle essentiel dans notre rythme circadien, c’est-à-dire qu’elle synchronise notre horloge biologique. Cela présuppose une exposition à la lumière le jour et une obscurité la nuit pour bien aborder la séquence de sommeil.

De même, différentes études soulignent l’importance de la lumière naturelle sur les performances scolaires des enfants. Par exemple, celle menée par l’UPMC (Université Pierre-et-Marie-Curie)/ INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) en 2016 a révélé que les élèves travaillant dans une salle avec de grandes fenêtres obtiennent des résultats 15% supérieurs, dans des tests de mathématiques et de logique, que des élèves travaillant dans des pièces plus sombres. L’abondance de lumière naturelle et le sentiment de « confinement » réduit a donc un impact sur les performances des élèves.

Dans le même ordre d’idées, une autre étude[1] menée dans un call center a comparé la manière de traiter les appels par les employés. Ceux travaillant dans une salle donnant sur l’extérieur et bien éclairée traitaient les appels 6 à 12% plus rapidement que leurs collègues n’ayant pas de vue extérieure.

Les sondages corroborent les études scientifiques : à l’échelle européenne, 63%des personnes interrogées[2] sont convaincues que la lumière du jour impacte sur leur productivité. De même, 53% des français vivant dans un logement peu lumineux disent manquer d’énergie[3], contre 19% affirmant en manquer lorsque le logement bénéficie d’une lumière suffisante. Il y a bien un lien direct entre le manque de lumière et le manque d’énergie.

Améliorer l’exposition de son logement à la lumière naturelle est la 3ème motivation des Français pour rénover leur logement[4], derrière la réduction des dépenses énergétiques et l’amélioration du confort.

 

Le plan bâtiment durable lance une démarche d’accompagnement à la RE2020 l'an prochain avec pour but de l'accompagner et d'aller plus loin en embarquant les aspects confort /santé. Quelle place pour la lumière ?

C. Juillard : La lumière a toute sa place dans ce futur label, qui définira les critères de qualité d’un bâtiment responsable. Les premières réflexions formulées autour de ce label semblent se tourner vers le confort en été, et vers la qualité de l’air intérieur. Ce sont effectivement des aspects-clés à prendre en compte, auxquels doivent venir s’ajouter d’autres composantes du confort comme l’acoustique et également l’accès optimal à la lumière naturelle.
Cette dernière n’est pas spontanément évoquée. Il y a donc un travail de sensibilisation à réaliser afin qu’elle puisse faire partie de cette réflexion, et qu’elle devienne un indicateur à part entière dans la conception et la rénovation des bâtiments responsables de demain

En effet, Il est essentiel de considérer la lumière sous ses multiples facettes. Outre le confort visuel, la lumière naturelle diffusée par les fenêtres induit également des aspects intimement liés à la santé. Les fenêtres permettent l’aération, l’évacuation de charges virales… et contribuent ainsi à l’amélioration de la qualité de l’air intérieur.

Au-delà, un bon éclairage naturel apporte une plus grande flexibilité d’aménagement pour s’adapter aux modes de vie de chacun. Une pièce mal éclairée va figer dans le temps l’aménagement d’une pièce. A l’inverse, si la lumière naturelle arrive en profondeur dans la pièce, il semblera plus facile de la transformer. Enfin, de manière plus subjective, la lumière apporte une sensation d’espace. Un logement bien éclairé paraît toujours plus spacieux que le même logement moins lumineux.

La lumière naturelle coche donc beaucoup de cases pour faire partie de ce nouveau label !

 

 

 Consulter l'article précédent :  #6 - Confort visuel et ambiances lumineuses, définitions et enseignements

 


           

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