Énergies renouvelables : l’Europe accélère !

Énergies renouvelables : l’Europe accélère !

Le 14 septembre 2022, à une très large majorité, le Parlement européen a adopté la révision de la directives énergies renouvelables intégrée au paquet climat « Fit for 55 » . Décryptage avec Neil Makaroff, responsable Europe du Réseau Action Climat.

Cette directive correspond-elle à vos attentes ?

Neil Makaroff, responsable Europe du Réseau Action Climat : 

D’abord, je tiens à saluer l’ambition de cette directive énergies renouvelables. L’objectif qu’elle s’est fixée, à savoir 45% de renouvelables dans la consommation finale de l’Union européenne d’ici 2030 revient à doubler la part des énergies renouvelables dans le mix européen en 7 ans ! Je me réjouis aussi de l’exclusion de l’huile de palme et du soja des agrocarburants.

Sur ce sujet important -la biomasse représente 60% des énergies renouvelables au niveau européen- nous sommes loin d’un consensus sur les critères de durabilité. La première génération d’agrocarburants, à base par exemple en France, de colza, de tournesol ou de betterave, est toujours considérée comme une énergie renouvelable alors qu’avec la guerre en Ukraine, les pressions sur le marché alimentaire sont de plus en plus fortes.

L’ONG Transport & Environnement a calculé que pour notre seul pays, ces agrocarburants représentaient 9 millions de baguettes et 7 millions de litres d’huile végétale. Il va falloir choisir un jour entre nos moteurs et nos assiettes. La question du recours au bois-énergie doit également être évaluée à l’aune de la séquestration du carbone mais aussi de la protection de la biodiversité. Enfin, et c’est très regrettable, un certain nombre de propositions de la Commission n’ont pas été reprises, en particulier la définition de « zones propices » au développement des énergies renouvelables, ou la simplification de l’octroi de permis pour développer ces énergies.

Quel signal cette directive envoie-t-elle ?

N.M : La forte accélération du développement des énergies renouvelables est un signal puissant dans la crise énergétique que nous traversons aujourd’hui. Les énergies renouvelables garantissent à la fois la souveraineté énergétique européenne et la décarbonation indispensable à la lutte contre le changement climatique. Cette accélération doit toutefois s’accompagner d’une plus grande efficacité pour parvenir à une baisse des consommations d’énergie. Notons que là aussi les ambitions ont été renforcées, passant d’un objectif d’économie de 9% à 14,5% en 2030. Du fait de la guerre en Ukraine, la sobriété est un thème qui commence enfin à émerger.

Est ce que cela oblige la France à revoir ses objectifs ou plutôt ses actions pour les atteindre ?

N.M : La France est le pays européen le plus en retard dans le développement des énergies renouvelables. C’est le seul à ne pas avoir atteint ses objectifs en 2020, avec 19 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique alors que l’objectif fixé était de 23 %. Pour beaucoup de pays, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a conduit à changer de braquet : l’Allemagne s’est fixée l’objectif de 80% d’énergies renouvelables électriques en 2030, l’Italie accélère massivement leur déploiement pour atteindre une part de 70% de son mix électrique à la même échéance. Les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark misent sur l’éolien offshore… La France doit elle aussi accélérer ! 

Quels sont les leviers pour y parvenir ?

“Les énergies renouvelables constituent la seule source d’énergie que nous sommes en mesure de déployer rapidement.”

N.M : Selon la législation européenne, la limite fixée pour l’examen et l’attribution de permis de développement des énergies renouvelables est de 24 mois. En France, il faut en moyenne 66 mois, c’est-à-dire 5 ans et demi, pour obtenir un permis éolien, et 36 mois pour un permis concernant le solaire. Face à l’urgence énergétique et climatique, ces délais sont insoutenables. D’autant que cette lenteur procédurière ne relève pas, comme on l’entend parfois, du respect indispensable du droit de l’environnement, mais est purement une barrière administrative.

Le projet de loi relatif à l’accélération des énergies renouvelables qui sera présenté en octobre aux parlementaires doit parvenir à lever cette barrière, en particulier dans les zones où il y a un potentiel important sans risque d’impact sur des écosystèmes fragiles. Partout en Europe, le système énergétique est sous tension. En France, nous risquons de manquer d’électricité cet hiver et l’hiver prochain. Les énergies renouvelables constituent la seule source d’énergie que nous sommes en mesure de déployer rapidement. Nous n’avons pas le temps d’attendre 3 à 5 ans pour avoir l’autorisation de les installer !

 

Le Parlement européen a décidé de porter à 45 % d’ici 2030, au lieu de 22 % actuellement, la part des énergies renouvelables dans le mix électrique de l’Union européenne.

 

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