Eau et changement climatique : destins croisés

1319 Dernière modification le 03/11/2023 - 11:36
Eau et changement climatique : destins croisés

Comment envisager la ressource en eau dans un contexte d'adaptation au changement climatique ? Pascal Berteaud, directeur général du Cerema, a écrit un article dans la revue Responsabilité & Environnement d'octobre 2023, des Annales des Mines. Une réflexion sur les enjeux forts liés à l'eau et leur intégration dans les stratégies d'aménagement des territoires.

L’eau, enjeu sociétal majeur, s’impose chaque jour un peu plus comme l’un des premiers marqueurs du changement climatique. Les menaces que font peser les évolutions hydroclimatiques à l’œuvre, tant sur la qualité de la ressource que sur sa quantité, mais aussi l’augmentation des risques liés à l’eau qu’elles génèrent, interrogent notre capacité à continuer à habiter les territoires et à y vivre.

Relever le défi de l’adaptation au changement climatique nécessite de prendre conscience que l’eau est un facteur limitant de notre développement, et qu’à ce titre, il nous faut apprendre à composer avec les risques liés à l’eau, à repenser nos usages et à nous projeter dans un partage de la ressource.

C’est notre paradigme même d’aménagement que nous devons dès à présent revoir, en remettant l’eau au centre de nos préoccupations si nous voulons faire face aux bouleversements en cours.

L’eau, marqueur du changement climatique et enjeu sociétal majeur

Le rapport de synthèse du GIEC paru en mars 2023 nous a rappelé si cela était nécessaire le caractère non équivoque de l’influence humaine sur le réchauffement de l’atmosphère, de l’océan et de la terre [1]. Les changements sont d’ores et déjà à l’œuvre et s’observent notamment dans les phénomènes extrêmes tant en termes de fréquence que d’intensité : vagues de chaleur, sécheresses, fortes précipitations, cyclones, feux de forêt... La fonte des glaciers fait par ailleurs peser une menace croissante sur le cycle de l’eau et sur la disponibilité future de la ressource en eau douce.

L’augmentation du niveau des mers accroît le recul du trait de côte et les risques de submersion marine des territoires littoraux. L’eau apparaît ainsi dans toutes ses dimensions comme un des premiers marqueurs du changement climatique. En France, l’accentuation des contrastes saisonniers de précipitations [2] observée depuis quelques années, les ouragans et tempêtes comme Irma en 2017 et Alex en 2020 ou la sécheresse qui sévit depuis 2022 et conduit à des tensions extrêmes sur la ressource en eau, dans plusieurs départements, en sont les douloureuses illustrations.

Le changement climatique et ses conséquences actuelles et futures impliquent donc de remettre l’eau au centre de nos politiques d’aménagement et de nos usages individuels et collectifs. Pour cela, il est nécessaire d’appréhender les évolutions en cours et à venir, parfois encore incertaines, pour mettre en place des actions efficaces d’adaptation comme d’atténuation. 

La consultation publique sur la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique lancée en mai dernier par le ministère de la Transition écologique nous invite à travailler sur un scenario de réchauffement de + 4°C en 2100 dépassant les accords de Paris de + 2°C en France à la fin du siècle [3]. La définition d’un tel scenario est fondamentale car structurante pour l’avenir. L’eau est en effet un enjeu sociétal majeur et les évolutions hydroclimatiques à l’œuvre font peser des menaces croissantes sur la quantité et la qualité de la ressource, augmentent les risques liés à l’eau, impactant les activités économiques, les usages humains de la ressource ou encore les milieux et l’habitabilité des territoires. Gérer et préserver la ressource en eau, limiter les risques, contribuent ainsi à maintenir l’équilibre social et économique des territoires. Cela implique que toutes les parties prenantes s’attellent à la tâche : État, collectivités, entreprises, monde agricole, associations et particuliers.

Nous devons apprendre à vivre avec les risques liés à l’eau, repenser nos usages pour nous projeter davantage dans un partage d’une ressource devenue plus rare et donc changer de paradigme d’aménagement.

Vivre avec les risques liés à l'eau 

Poser les constats des impacts du changement climatique sur la ressource en eau, c’est acter de la nécessité d’apprendre à mieux intégrer dans nos réflexions et actions les risques liés à l’eau : sécheresse (météorologique, hydrologique, du sol avec phénomènes de retrait-gonflement des argiles) et feux de forêt associés, risques naturels hydrauliques (inondations par ruissellement, débordement de cours d’eau, submersion marine) et risques terrestres associés (glissements de terrain, coulées de boue, éboulements rocheux).

À l’échelle mondiale, un double phénomène d’augmentation probable de la fréquence des épisodes de fortes précipitations à l’origine de davantage d’inondations d’origine pluviale dans la plupart des régions au cours du XXIe siècle et d’augmentation de la proportion de terres soumises à des épisodes de sécheresse extrême à un moment donné, est attendu. En France, les pluies extrêmes sont d’ores et déjà deux fois plus fréquentes qu’il y a soixante ans et vont devenir jusqu’à 20 % plus intenses et les sécheresses se multiplieront. 

L’augmentation de ces phénomènes extrêmes et de leur fréquence nous oblige à organiser une réflexion systémique sur les risques liés à l’eau auxquels sont soumis les territoires. Pour cela, il est nécessaire d’établir un diagnostic de résilience appuyé sur une approche multi-dangers tenant compte des interdépendances afin d’éviter les effets de silos et l’inadaptation qui sont encore légion... (lire la suite)

[1] IPCC (2023), “Synthesis report of the IPCC sixth assessment report (AR6)”, longer report, 20 mars, p. 6.

[2] https://climatology.edpsciences.org/articles/climat/full_html/2004/01/climat20041p11/climat20041p11.html

[3] https://www.ecologie.gouv.fr/trajectoire-rechauffementreference-ouverture-consultation-publique


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