[Livre blanc R-evolution] Du concepteur au constructeur : des formations à réinventer ? Impacter toute la chaîne de valeur

Rédigé par
Magali HOULLIER

Responsable communication

2335 Dernière modification le 06/08/2020 - 09:30
[Livre blanc R-evolution] Du concepteur au constructeur : des formations à réinventer ? Impacter toute la chaîne de valeur

Avec un monde en mutations sociales, sociétales, économiques, écologiques, comment penser le bâtiment de demain dès aujourd’hui ? Comment généraliser ces compétences au service d’un bâtiment plus responsable, et d’une filière moins polluante ? Dans un premier temps, il s‘agit pour toutes ces nouvelles formations de se démarquer pour s’imposer dans le paysage national de la formation et réglementaire.

#Premier atout : la transversalité

« Sur nos chantiers-formations, rapporte Raphaël FOURQUEMIN, il y a aussi bien des architectes (maîtrise d’œuvre) que des artisans (réalisation). Je pense que c’est le point fort et cela se traduit très concrètement par de la co-formation. En fait, dans la formation qu’on dispense, on utilise véritablement le savoir et le savoir-faire des personnes qui viennent se former pour former les autres. Par exemple nous avons dernièrement vu comment déposer des plaques de plâtres, c’est nous qui avons fait cette partie-là (outils, détails) mais il y avait parmi les stagiaires un plaquiste professionnel qui a montré comment il procédait pour remettre en état des plaques de plâtre abimées. Les stagiaires se formaient entre eux. C’est très enrichissant, pour moi, pour eux, et les retours que nous avons eus étaient vraiment positifs. Le résultat, c’est qu’il y a des architectes qui se sont fait former par un plaquiste. »

Chantier-formation

« Une approche transversale qui devient de plus en plus indispensable, ajoute Nicolas RABUEL. Nos formations Pro-Paille permettent aux acteurs de se rencontrer : des architectes avec des plaquistes, des maçons, des charpentiers... on a des fois des formateurs, voire même parfois des bureaux de contrôle, et plus rarement des assureurs... Des gens qui d’habitude s’affrontent ou ont peur d’échanger les uns avec les autres. Là, ils sont tous autour de la table avec chacun leurs problématiques. Ce qui est intéressant, c’est la pratique. Quand on a un architecte qui barbouille de l’enduit avec un maçon qui a 40 ans d’expérience et lui montre des petits trucs et vice-versa, quand les maçons entendent parler de STD (Simulation Thermique Dynamique), de transmission de la vapeur d’eau, c’est d’une grande richesse. Tout le monde sort de sa zone de confort et apprend des sujets de chacun. Ce qui est très riche également, ce sont les échanges hors cadre, hors du programme, où chacun partage son expérience : cela crée ce terrain de transversalité, de partage, qui devient indispensable aujourd’hui ».

De gauche à droite, Adrien RIGOBELLO, Elodie MORAUD, Nicolas RABUEL Raphaël FOURQUEMIN Sophie BRINDEL-BETH, Vincent LEFORT

Cette notion d’interdisciplinarité se retrouve également au niveau mastère comme le raconte Adrien RIGOBELLO :

« Nous avons des élèves qui viennent avec leurs projets, leurs envies, leurs passions, et vont se diriger vers des questions comme ‘‘Comment améliorer les trames vertes en ville en regardant et en identifiant des opportunités d’intervention par rapport aux écoulements d’eau ?’’. Ce sujet est en ce moment étudié par un de mes élèves, c’est un exemple frappant d’interdisciplinarité. Il est allé rencontrer au sein de l’école un spécialiste des écoulements d’eau et des terrains, notamment en ville. Côté fabrication numérique, un domaine qui est friand d’expérimentation, nous avons des expériences avec des tailleurs de pierre par exemple, avec de la robotique, avec de l’impression 3D béton . Il y a un fort engagement également avec l’artisanat et notamment le réemploi. »

Et cette transversalité n’est pas uniquement le fait des formations présentielles mais également des formation TICE (Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement), MOOC ou E-learnings tel le Campus Hors Site. Pascal CHAZAL a fait le choix de développer cette école en E-Learning gratuite assortie de nombreux ateliers. Selon Elodie MORAUD, ces formations digitalisées « ont une transversalité. L’objectif est de former toute la chaîne de valeur, c’est une formation interactive, il s’agit d’une plateforme où l’on peut s’autoévaluer, apprendre, passer les étapes, grandir dans son champ de connaissance, quel que soit son niveau d’avancement, sa profession, que l’on soit artisan, architecte... Tout le monde peut aller sur cette plateforme d’e-learning, il n’y a aucun frein à l’apprentissage. »

Cette transversalité des métiers et des compétences apparait comme une des clés de la réussite de ces nouvelles formations.

« Il très important d’essayer de former les jeunes architectes au dialogue avec d’autres professions »

Sophie BRINDEL-BETH

#Second atout : des pédagogies alternatives

Markerspace, École des Ponts

Pour susciter l’envie d’apprendre, le goût de la découverte, ne faudrait-il pas désapprendre pour mieux apprendre ?

Il faut instaurer de nouvelles pédagogies à l’instar de l’enseignement inverse comme en témoigne Sophie BRINDEL-BETH.

« Lorsque j'ai enseigné, nous étions en amphithéâtre avec 150 élèves et seulement quelques questions à l’issue du cours. J'ai trouvé qu'à la fin de mes années d'enseignement, mes élèves commençaient à être mûrs pour ce qu'on appelle l'enseignement inverse : vous distribuez des documents à étudier et le cours est là pour répondre aux questions que les documents ont soulevées. C'est en effet beaucoup de travail pour les élèves, beaucoup de travail pour les enseignants mais quand ça marche, on gagne un temps absolument fou dans la connaissance. »

Sophie BRINDEL-BETH, ENSA Marne-la-Vallée, Signataire du Manifeste pour une Frugalité Heureuse et créative

Cette pédagogie est également plébiscitée par Adrien RIGOBELLO :

« Dans notre formation nous avons un format exécutif pour des personnes en poste, à raison d’une semaine par mois sur un an et demi. La première année est consacrée aux cours et les six derniers mois à un projet où l’on doit faire le maximum. Je peux témoigner que l'enseignement inverse fonctionne bien et permet d'intégrer les étudiants dans le processus d’apprentissage dès le départ. »

N’oublions pas néanmoins l’objectif de base : susciter la curiosité des apprenants dès le commencement comme Sophie BRINDEL-BETH s’y emploie :

« Quand, au commencement, on vous demande de dessiner une maison, il n’est pas question d’une maison standard telle qu’apprise dans les livres. Il s’agit de dessiner la maison avec toutes ses imperfections, la maison de chaque élève et sur laquelle je leur faisais comprendre la thermique, l’acoustique, la lumière. Tous les projets pouvaient amener en inconfort, en isolation, mais le fait que ce soit leur maison à eux, faisait que ça rentrait beaucoup mieux que n’importe quel autre exercice. »

 

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