[Dossier santé] #21 - La qualité de l’air dans les bâtiments construit avec des matériaux issus du réemploi

L’analyse de cycle de vie (ACV) est une méthode qui a été choisie pour évaluer l’impact carbone c’est-à-dire l’impact d’un processus sur le changement climatique. Cette méthode va se démocratiser avec l’arrivée de la RE2020 prévue pour 2021 pour les bâtiments neufs et les extensions. 

L’économie circulaire étant un vecteur important de réduction de l’empreinte carbone, notamment à travers le réemploi, devrait donc se populariser. Le réemploi est  une des solutions en pleine croissance ces dernières années pour répondre également aux objectifs de réduction de la quantité de déchets produits par le secteur du BTP.

A l’origine, la RE2020 devait prendre en compte la qualité de l’air intérieur alliant ainsi la problématique du changement climatique à travers l’impact carbone, avec celle des consommations d’énergie et de la santé dans le bâtiment. Cependant, celle-ci a disparu des radars depuis plus d’un an mais il y aura la prise en compte du confort de l’occupant avec la notion de confort d’été. Encore plus aujourd’hui nous pensons qu’il faut placer la santé au cœur des projets de construction. C’est pourquoi nous posons ici la question une approche coordonnée réemploi / qualité de l’air est-elle possible dans le bâtiment ?

Pourquoi le réemploi est une solution bas carbone en plein développement ?

 

Le secteur du bâtiment est responsable d’environ 20% des émissions de gaz à effet de serre (GES). Les matériaux de construction et de décoration émettent 56%[1] de ces GES durant la phase de construction ou de rénovation.[2] L’impact carbone des matériaux de construction est donc loin d’être négligeable. De plus, les déchets produits sont importants et très spécifiques, car ils constituent 75 % des déchets totaux, soit 227 millions de tonnes en 2014 (42 Mt pour le bâtiment et 185 Mt pour les travaux publics)[3]. [NS1] 

Les matériaux de construction et de décoration, s’ils peuvent être réemployés, peuvent être une solution bas carbone pour le bâtiment. En effet, toute la phase fortement émissive de fabrication et de transport a déjà eu lieu lors de sa précédente utilisation.

Fort de ce constat, le gouvernement a travaillé sur une loi parue en Février 2020 : loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, JORF du 11 février 2020 (AGEC) la loi Economie Circulaire[NS2] . Celle-ci pousse la mise en place d’un diagnostic ressources lors de la fin de vie d’un bâtiment pour identifier les matériaux pouvant être réemployés. Il s’agit alors de déconstruire le bâtiment et non plus de le démolir. 

La loi Elan avait déjà introduit cette notion avec le terme de « sobriété de consommation de ressources » et « matériaux issus de ressources renouvelables, d’incorporation de matériaux issus du recyclage ».

Le réemploi des matériaux dans le secteur du bâtiment est une solution pour limiter l’impact carbone de ce secteur, diminuer la quantité de déchets produits lors de la démolition et de la construction de bâtiment et éviter la consommation de ressources épuisables.

Produits de construction et QAI, que dit la réglementation ?

Depuis 2012, le décret 2011-321 a rendu obligatoire l’étiquetage des matériaux de construction et rénovation quant à leurs émissions en termes de composés organiques volatils dans l’air. Cela a été mis en place à la suite de plusieurs études menées en France par l’ANSES notamment celle publiée en 2009 sur les émissions de COV par les produits de construction.

Ce décret concerne les produits de construction comme les constituants du bâti, de la charpente et matériaux d’isolation, les produits de décoration comme les revêtements de sol, de mur, de plafond.

Les polluants visés par l’étiquetage obligatoire ont été scrupuleusement étudiés. Ils sont souvent présents dans les environnements intérieurs à des concentrations importantes, de plus leur impact sanitaire est non négligeable. Les molécules sont les suivantes : sélectionnés de fait de leur forte concentration en environnement intérieur et de leur risque pour la santé des occupants [NS3] : Le formaldéhyde, l’acétaldéhyde, le toluène, le tétrachloroéthylène, le xylène, le triméthylbenzène, le dichlorobenzène, l’éthylbenzène, le butoxyéthanol et le styrène.

L’étiquetage complète une autre mesure, qui interdit dans la fabrication des produits de construction et décoration les composés cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction de catégories 1 et 2 (trichloréthylène, benzène, phtalate de bis et phtalate de dibutyle).

Aujourd’hui les essais en laboratoire sont cadrés et assez contraignants puisque la réglementation demande que la mesure soit faite au bout de 3 et 28 jours. Cela demande donc de monopoliser de l’espace de stockage dans les laboratoires durant un mois entier en plus de la manutention. Cependant, l’essai peut être raccourci si le produit testé atteint la classe d’émission la plus performante (A+) avant la fin des essais. Les essais doivent être réalisés par un laboratoire accrédité COFRAC sur les essais en chambre d’émissions des composés organiques volatils suivant les normes EN ISO 16000.  

Pour pouvoir garantir une bonne qualité de l’air intérieur des certifications environnementales (HQE, BREEAM, WELL, etc.) et des démarches volontaires visent la promotion de matériaux dont l’étiquetage indique A+ en termes d’émission de COV.

L’étiquetage des matériaux issus du réemploi

Les matériaux identifiés lors du diagnostic ressource ont été mis en œuvre pour la plupart avant l’entrée en vigueur de ce décret. Ils n’étaient alors pas soumis à l’étiquetage obligatoire mis en place pour tous fabricants, importateurs, distributeurs de produits de construction et de décoration, entreprises de construction, acheteurs. La traçabilité de ces matériaux est parfois difficile pour remonter à la chaîne et connaître les informations sanitaires de ces éléments.

Aujourd’hui, ces matériaux sont soumis aux mêmes règles que des matériaux neufs et doivent être soumis aux essais en laboratoire afin d’être étiquetés quant à leurs émissions en termes de composés organiques volatils conformément au décret de 2011.

 

Nous pouvons supposer que les matériaux issus de l’économie circulaire semblent être assez favorables pour la qualité de l’air intérieur des bâtiments. En effet, les caractéristiques d’émission des matériaux dans leur cycle de vie sont assez spécifiques : importante lors des premiers mois puis à tendance à diminuer et stagner tout au long de leur vie. La qualité de l’air serait donc moins dégradée en intérieur notamment au début et pourrait être mieux évaluer par la suite.

Dans le cadre du réemploi, le matériau a déjà effectué sa phase de dégazage en début de vie et serait donc sur une phase stable d’émission de composés organiques volatils. Il semblerait intéressant de favoriser leur usage et proposer un protocole allégé de mesure de l’émission des COV pour pouvoir fournir les données sanitaires.

Une démarche coordonnée bas-carbone / Qualité de l’air / réemploi

 

Afin de réduire la pollution intérieure, l’une des principales actions à réaliser est de limiter les émissions de composés organiques volatils liées aux matériaux. Pour cela, les informations sanitaires sur chaque produit de construction ou décoration sont nécessaires pour aider à la décision entre plusieurs références d’un même élément et ce pour tous les types de matériaux : neufs, biosourcés, issus de la filière réemploi.

 

Ne pourrait-on pas faire évoluer la RE2020 en RES2021 ? Réglementation Environnementale et Sanitaire 2021 !

Des solutions existent déjà et les compétences sont là :  

L’analyse de cycle de vie permet de quantifier les flux d'énergie, de matière et d'eau, entrants ou sortants, et ce, pour chaque étape du cycle de vie du bâtiment, et de traduire l’impact sur l'environnement à travers différents indicateurs (comme le changement climatique, l'épuisement des ressources ou l'acidification des sols). La réalisation d’une analyse de cycle de vie du bâtiment, repose sur l’utilisation de FDES (Fiche de Données Environnementales et Sanitaire) et de PEP (profil Environnemental Produit) recensées sur la base INIES. Ces fiches comportent des informations concernant l’étiquetage obligatoire des matériaux de construction ou de décoration quant à leurs émissions en termes de composés organiques volatils.

Ces données ne sont aujourd’hui pas exploitées et prise en compte dans l’analyse de cycle de vie d’un bâtiment, ni obligatoires à renseigner. Or cela, doit servir pour la comptabilisation des émissions de polluants et donc à la création d’un premier indicateur santé  en plus d’un indicateur carbone même si celui-ci ne prendrait pas en compte les interactions avec les polluants de deux produits.

Les outils sont pourtant déjà là !

Des outils permettent déjà de modéliser très en amont la qualité de l’air au sein d’un bâtiment en fonction du type de ventilation, de la qualité de l’air extérieur et du type de matériaux envisagés dans la conception.

https://www.construction21.org/france/articles/fr/qai-et-numerique-la-transition-numerique-du-batiment-au-service-de-la-sante-des-occupants.html

L’utilisation de ce type de logiciel de modélisation pourrait devenir systématique et accompagner la conception des bâtiments pour faire les bons choix afin de préserver la santé des occupants et des utilisateurs. Même si aujourd’hui il n’y a pas de méthode qui fasse consensus, certains bureaux d’études thermiques et fluides ont déjà fait ce choix de travailler de manière coordonnée en alliant conception bioclimatique, bas-carbone et santé. Quelle est la part de ce matériau dans le bilan carbone de mon bâtiment et sur la qualité de l’air intérieur ? Quel arbitrage faire entre ces deux paramètres ? Ces spécialistes accompagnent le maître d’ouvrage, les architectes et les entreprises à la prise en compte de la qualité de l’air dans les chantiers de manière systématique notamment à travers les choix des matériaux sans que cela ne soit défavorable en termes d’impact carbone pour le bâtiment. Ils accompagnent également les acteurs du réemploi dans la prise en compte de la qualité de l’air notamment à travers l’étiquetage des matériaux.


[1] Résultat du test HQE Performance pour l'échantillon 2012 –2013 bureaux et logements collectifs pour une construction neuve dont la performance thermique est supérieure ou égale à la RT

[2] Source : CITEPA, rapport Secten 2018

[3] CSTB, Formation Réemploi Economie Circulaire, ENV60.


Article signé Julie Couteau, Phosphoris, Pole qualité de l’air et ingénierie environnementale

https://www.phosphoris.fr/fr/

 

 Consulter l'article précédent :  # 20 - Accéder à la qualité de l’air et au confort dans son logement.

 


           

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  • Julie COUTEAU

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