[Dossier RE2020] #29 L’innovation sociale dans la gestion des ambiances et de la biodiversité pour la qualité de vie, consubstantiels de la RE2020

La mesure ou tout au moins la compréhension des enjeux économiques dans l’innovation sociale de la RE2020 pour les logements doit s’appuyer sur les connaissances des risques liés au bruit, aux ambiances, à la biodiversité et sur la capacité à se projeter sur des dispositifs qui changent le comportement des individus et modifient le cadre de vie. Pour les experts de la fédération Cinov et ici en particulier l’acousticien et l’ergonome, il nous parait important de parler des enjeux de la qualité de vie et de la biodiversité pour le logement…

Le questionnement des enjeux d’usages, de la gestion des ambiances et de la biodiversité, étroitement liés à ceux de la RE2020 pour le logement peut se construire au travers de 6 items[1] :

  •  L’innovation de produit, de service ou d’usage, avec l’objectif d’améliorer ceux-ci ou en créer de nouveaux
  •  L’innovation sociale, avec l’objectif d’apporter de nouvelles réponses ou méthodes de consultation
  •  L’innovation de procédé ou d’organisation, avec l’objectif de changer la manière dont on organise l’activité et tient compte des usages réels
  •  L’innovation marketing et commerciale, avec l’objectif d’éduquer et rendre une consommation responsable
  •  L’innovation technologique, avec pour objectif une transition maîtrisée et adaptée au plus grand nombre
  •  L’innovation de modèles d’affaires, avec pour objectif la recherche de nouvelles règles d’accès aux biens.

L’approche ne pourra pas être segmentée, car comme dans la compréhension du risque acoustique et son impact sur la biodiversité, la démarche d’innovation sera plurifactorielle.

D’un, elle passera d’une démarche de compréhension de l’existant avec une recherche de l’amélioration, à une démarche accompagnée de conduite du changement avec des solutions innovantes partagées et adaptées par et pour le plus grand nombre.

Une démarche innovante doit aussi s’appuyer au préalable sur un processus d’expérimentation avec une approche itérative et surtout intégrer un processus d’évaluation.

Si l’on prend la question du logement, la crise du Covid, nous a largement démontrés que l’offre n’était pas adaptée aux conditions d’exercices d’une activité satisfaisante.

La soudaineté a beaucoup contribué à la pénibilité d’exercice d’une activité.

La cohabitation des publics (horaires décalés pour les soignants, entretiens, …) la conception des logements et l’aménagement urbain, mais aussi d’autres facteurs exogènes au bâti (présence de la cellule familiale au complet et co activité) ont été des déterminants d’une perception de confort et de qualité d’ambiances qui nous interpellent dans le respect d’une biodiversité.

Pour cela la réflexion sur des nouveaux usages et modes de vie prend tout son sens dans la conception de la ville, du logement et la gestion des ambiances sonores.

L’innovation de produit (logement, espace urbain) de service ou d’usage, avec l’objectif d’améliorer ceux-ci ou en créer de nouveaux

Enrichir et donner de l’adaptabilité à l’espace existant entre le logement et la ville avec un traitement des ambiances sonores s’appuie du la compréhension des nouveaux modes de vie et des exigences de qualité de vie individuelle et collective. La notion d’espaces partagés, autrefois appelés parties communes peut devenir un prolongement de chez soi et lieu de socialisation et/ou de protection.

La modularité joue aussi sur la réponse à donner aux parcours de vie et exigences des situations. L’activité télétravail, poussée comme une solution miracle rencontre bien des difficultés dans son application technique, organisationnelle ou humaine et a été source de désordres acoustiques importants. La perception sonore des extérieurs a encore rendu plus pénible la perception sonore intérieure aux logements.

La conception des espaces, logements et la réponse acoustique doit aussi intégrer dans ses éléments de biodiversité, les multiples activités, services, capacités des usagers, enjeux sociaux et les exigences perceptives du bien-être.

Cette compréhension, accompagnement, évaluation des contextes s’appuie sur une approche globale et des méthodes de concertation.

L’innovation sociale, avec l’objectif d’apporter de nouvelles réponses ou méthodes de consultation

Pour lever les freins au partage de l’analyse et à l’engagement dans l’innovation, il est utile d’apporter de nouvelles formes de participation.

L’analyse des usages dans une recherche quantitative et qualitative, permet de confronter la subjectivité aux usagers et les aider à rentrer dans leurs images perceptives, à objectiver le contexte et les données. La perception sonore induit de la subjectivité par son impact psychologique (bruit ami, connu, aimant, bruit ennemi subi, culturel…) et sociologique (sentiment d’appartenance)

Cette approche compréhension, diagnostic, s’appuie sur une démarche participative qui aide à la représentation et la recherche du compromis favorable à tous. La consultation n’est pas un débat public, elle est organisée sous forme d’ateliers ouverts, ordonnancés dans une construction de choix hiérarchisés qui aideront à définir les exigences techniques de la conception (matériaux, concepts, ambiances…) les exigences organisationnelles (règles, bons gestes…), les exigences humaines (sensibilisation, accompagnement…), pour un espace, logement, vertueux et efficace.

L’innovation tient aussi à un engagement sur l’évaluation du résultat. La simulation doit permettre au plus juste de projeter le résultat final et cela demande que le temps et moyens donnés soient appropriés aux enjeux de la performance de l’innovation.

L’innovation de procédé ou d’organisation, avec l’objectif de changer la manière dont on organise l’activité et tient compte du réel

La gestion des ambiances acoustiques dans l’évolution des modes de vie et des usages doit tenir compte de la variabilité, pluridisciplinarité, co activité.

L’organisation des espaces, leurs fonctionnalités, le choix des matériaux peuvent être complétés par les aménagements internes.

Des ouvertures qui donnent sur des espaces paysagers calmes, [2]des circulations qui permettent des croisements des flux et usages (horaires décalés, co activité, cellule familiale…).

Des principes constructifs qui permettent l’adaptabilité, avec des cloisons, des flux techniques, des aérations, des connectiques… qui garantissent la maîtrise des risques identifiés.

Des aménagements urbains qui tiennent compte des bruits induits par la variabilité des usages, les exigences de la mobilité, la réponse des offres de services (livraison à domicile…) les besoins de maintenance (travaux domestiques, d’entretien, paysagers…).

L’innovation marketing et commerciale, avec l’objectif d’éduquer et rendre une consommation responsable

La gestion des ambiances thermiques dans des études précédentes, a montré combien il était difficile de permettre une gestion raisonnable du fait de la variabilité de la perception du confort.

La maîtrise des ambiances acoustiques et l’appropriation des « bons gestes » doit passer par des phases de sensibilisation et d’éducation. Permettre aux utilisateurs de trouver le son juste, le ton juste pour partager les espaces et se protéger soi-même.

Cela va aussi passer par la teneur des messages et des contenus qui valorisent le respect des recommandations pour les produits, la maîtrise des seuils pour les espaces et matériaux.

La proposition de typologies atypiques [3]qui pourront donner aux logements des opportunités de co- habitation et des lieux communs dessinés pour générer de véritables espaces de vie , de rencontres, d’informations.

Des offres espaces traversants, habillés, végétalisés pour faciliter le phénomène d’absorption et le décloisonnement, complètent l’innovation commerciale et ce dispositif est accentué par des espaces extérieurs tournés vers un coeur d’îlot afin de centrer les bruits « amis » et d’éloigner les bruits exogènes.

L’innovation technologique, avec pour objectif une transition maîtrisée et adaptée au plus grand nombre

La transition « numérique » apporte de nombreux avantages, mais peut parfois ne pas tenir compte des capacités des usagers.

L’évolution technologique des systèmes de commandes peut entraîner une dépendance qui pourrait se traduire par une « nonchalance physique » et l’usager a besoin d’être acteur pour ne pas s’endormir dans un confort aseptisé et subi de la technique.

Le besoin de variabilité, de confort acoustique, différent selon que je sois assis au bureau, devant le fourneau, à lire ou jouer doit pouvoir être inter actif et différencié.

Les sons doivent correspondre à des représentations « cognitives ». La situation du covid avec des extérieurs miraculeusement silencieux des bruits habituels a généré chez nombre d’usagers des situations de stress par une perception du vide et nous laisse faire l’hypothèse que le traitement des espaces, de l’urbain devra, permettre « aux espèces » animales, végétales, humaines, technologiques, techniques, d’harmoniser « les bruits » pour continuer à éveiller les sens des usagers.

L’innovation de modèles d’affaires, avec pour objectif la recherche de nouvelles règles d’accès aux biens.

L’adaptabilité du logement, des espaces urbains est un véritable enjeu du point de vue de la performance de la biodiversité.

La multiplicité des usages doit permettre de passer d’une économie linéaire à une économie circulaire.

La conception du logement sur un principe de « la vente au mètre » peut permettre de pouvoir accéder facilement aux biens avec une réponse aux besoins qui pourront évoluer, s’adapter aux évolutions des populations.

L’idée recherchée n’est plus l’usager qui s’adapte au logement, mais le logement qui s’adapte à l’habitant, qui suit son parcours de vie, l’évolution de la famille, de ses moyens.

L’innovation passe par des mesures d’usages [4]sur le foncier (principe locatif avec des arbitrages qui tiennent compte des impératifs d’entreprises et évolutions territoriales), des démarches participatives et collaboratives, des systèmes mixtes de promotions immobilières privées et programmes sociaux.

Si l’innovation sociale qu’apporte la RE2020 intègre les enjeux phares de la réduction d’émission de carbone et de consommation d’énergie, elle ne peut rompre avec les enjeux sonores, d’ambiances et de biodiversité. Cette transformation doit s’accompagner d’une mise à niveau de l’ensemble des paramètres de qualité de vie. Que gagneraient les usagers d’avoir des logements hyper isolés, coupés du monde extérieur, et entendre le moindre mouvement de son voisin, qui finalement rendrait le logement impropre à sa destination ? La conjugaison de la thermique, de l’acoustique, de l’ergonomie et de la biodiversité sont nécessaires pour la qualité de vie.

Un article signé Jean Paul Van Cuyck, A²MS, CINOV GIAC et Jean Luc Reinero, Rainbow Ergonomie, CINOV Ergonomie 



[1] Cahier innovation avise

[2] Projet Nudge cabinet architecture Catherine Dormoy « regards croisés » cinov

[3] Projet cabinet architecture Siz-ix Emmanuelle Andreani « regards croisés »cinov

[4] Cinov action « regards croisés » cinov

 

Consulter l'article précédent :  #28 La RE2020 : la comptabilité carbone ou l’enjeu d’une innovation sociale


           

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Ce dossier est composé de contributions des membres de la Fédération CINOV, des adhérents Construction21 et de leurs partenaires. En animant ce dossier, la Fédération CINOV concoure ainsi aux échanges et à la réflexion sur la future réglementation environnementale. Le contenu des articles sont néanmoins publiés sous la seule responsabilité de leurs auteurs.

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