[Dossier Mobilités] #8 - Quels effets sociaux, économiques et environnementaux du véhicule autonome ? Développement d’une méthodologie d’évaluation commune dans le projet SAM.

Le véhicule autonome est porté par des enjeux industriels puissants et soutenu depuis 2018 par une politique nationale visant à accompagner son déploiement.  Depuis, de nombreuses études tentent d'évaluer les effets de l'introduction de ce nouveau type de mobilité. Le projet SAM (Sécurité et Acceptabilité de la conduite et de la Mobilité autonome) se propose de partager dans le bien commun des méthodes complémentaires permettant d'évaluer les effets de ces nouveaux systèmes à différentes échelles.

Le véhicule autonome (VA) est porteur de promesses à la fois technologiques, sociales, économiques et environnementales. S’il suscite un certain engouement, le véhicule autonome est aujourd’hui en phase d’expérimentation, et ses bénéfices doivent encore être démontrés. Dans cette optique, la stratégie nationale du véhicule autonome lancée en France en 2018 porte le  programme d’expérimentation EVRA [1] pour en évaluer la sécurité et l’acceptabilité à travers différents cas d’usage. Le projet SAM, issu du programme EVRA, intègre treize expérimentations sur des territoires et dans des contextes d’expérimentation variés (site fermé, chaussée ouverte, en centre-ville, en périphérie, etc.). Ces expérimentations étudient le VA dans une pluralité de contextes qui sont définis par i) les fonctions de conduite déléguées au conducteur, ii) le domaine d’emploi du véhicule autonome (chaussée ouverte ou non, vitesse maximale autorisée sur la voie, etc.) et les conditions de circulation et iii) le niveau d’automatisation. Elles visent également à tester de nouveaux services de mobilité autonome, que ce soit du transport collectif et partagé (transport public, robot-taxi, transport à la demande), de l’aide à la conduite individuelle (valet parking, véhicule particulier) ou de la logistique (compagnon de livraison). Le projet regroupe 20 partenaires industriels et académiques, issus notamment des filières de l’automobile, du transport public et de l’infrastructure.

Face à cette pluralité de situations, comment pouvons-nous construire une méthodologie d’évaluation permettant d’appréhender les différents aspects des services et des VA ? 
 

Vers une méthodologie d’évaluation multi-échelles 

La méthode d’évaluation de la mobilité autonome proposée dans le projet SAM est pluridisciplinaire et multi-échelle. Elle combine des approches issues de disciplines variées (psychologie cognitive et sociale, accidentologie, technique, ingénierie de trafic, études de mobilité, analyse de la gouvernance et de l’aménagement urbain, environnement et socio-économie) afin de couvrir une gamme d’effets directs et indirects de l’introduction des services de mobilité autonomes dans les territoires. Les effets sont évalués à plusieurs échelles : à l’échelle de l’individu et/ou du véhicule, à l’échelle du service ou de la zone d’étude, et enfin les effets sur la gouvernance globale des systèmes de mobilité.

L’originalité de la démarche SAM consiste à combiner ces différentes approches afin d’évaluer la pertinence des services de mobilité autonome aux différentes échelles. Adossées aux expérimentations, les évaluations s’appuient sur des données directement mesurées lors d’un déploiement réel de services de mobilité autonome. La variété des expérimentations permet à son tour d’appliquer une seule et même méthode à des services et contextes diversifiés, fournissant ainsi des résultats cohérents dont l’analyse pourra dégager des invariants et des spécificités de certains cas. Enfin un travail de scénarisation mené avec les partenaires du consortium et intégrant ainsi leur vision de la place potentielle de la mobilité autonome dans le système de transport, permettra de se projeter, via des simulations, à des échelles de déploiement plus larges.

  • Evaluation à l’échelle de l’individu ou du véhicule

L’intérieur de la navette autonome, expérimentation RATP, Bois de Vincennes, 2019/2020

L’introduction sur les routes du VA connecté, hautement technologique et à conduite automatisée pose de nombreuses questions dont :

  • Les interactions avec les autres véhicules et les effets sur le trafic routier et la sécurité des usagers ;
  • L’acceptabilité pratique et sociale par les individus, qu’ils soient utilisateurs du VA ou autres usagers de la route comme les piétons, les cyclistes ou les conducteurs de véhicules conventionnels (comportements émergents face à cette nouvelle technologie, sécurité routière, incivilités, etc.) ;
  • Les caractéristiques environnementales (émissions acoustiques et de polluants, consommation d’énergie et émissions de gaz à effet de serre et impacts indirects produits au cours du cycle de vie des composants, etc.). En effet, le véhicule autonome nécessite des capteurs et une puissance de calcul suffisante pour en traiter les données, de la supervision à distance impliquant des transferts de données et, dans certains cas, des équipements d’infrastructure connectée. Eléments dont il s’agit de mesurer le poids environnemental notamment sur le bilan carbone et les bénéfices éventuels.

Le consortium SAM étudie ces questions grâce à une approche transversale des différents sites de tests et des objets déployés. Plusieurs méthodologies sont utilisées : mesures de terrain, modélisations et analyses de cycle de vie, observations via des caméras, radars et autres systèmes disposés sur les parcours expérimentaux et à l’intérieur des véhicules de test, données véhicules, entretiens et questionnaires. L’analyse de ces données donnera lieu à l’identification des freins et des leviers liés à l’introduction optimale de cette nouvelle mobilité dans un écosystème déjà existant et bien ancré.

  • Evaluation à l’échelle du service ou de la zone d’étude 

Tracé de l’expérimentation Keolis, campus de Beaulieu (Rennes), 2019/2020

L’utilisation du VA, sans conducteur, au sein d’un service de mobilité modifie le fonctionnement technique et les coûts du système véhicule/infrastructure/supervision conventionnel. On s’interroge alors sur ses conséquences pour les usagers, les collectivités et les territoires, à savoir :

  • La fréquentation du service qui dépendra de sa performance technique et économique (vitesse, temps d’attente, prix, etc.) ;
  • L’impact sur la fréquentation et le temps de parcours des autres modes de transport ;
  • Le bilan environnemental des impacts produits et évités par la mise en place du service (qualité de l’air, bruit, impacts indirects sur l’ensemble du cycle de vie), en intégrant les effets du service sur le territoire : ses conséquences sur le trafic routier, la motorisation des ménages, le report modal ;
  • Le bilan coûts - bénéfices pour la collectivité, incluant les usagers des transports (gains de temps, qualité de service, accidentologie), l’opérateur (coûts d'investissement, d'exploitation et recettes), la puissance publique (financement des infrastructures, subventions) et l’environnement (monétarisation du bilan environnemental).

Pour cela des méthodes de simulation et d’évaluation s’appuyant sur des scénarios de mise à l’échelle des services expérimentés ainsi que des enquêtes de terrain sont mises en œuvre. Ces évaluations permettront d’analyser et d’évaluer la pertinence des services de mobilité autonome sur différents territoires et contextes multimodaux.

  • Effets sur la gouvernance globale des systèmes de mobilité

Carte des expérimentations de véhicule autonome dans le cadre du projet SAM

L’introduction du VA dans les systèmes de mobilité pose des questions à la fois en matière de gouvernance et de modèles d’affaires des services de mobilité autonome 

  • L’évaluation de la gouvernance du VA s’attache à comprendre le processus d’action publique qui porte le VA à deux échelles : 
    • À l’échelle nationale, l’approche proposée vise à interpréter les relations entre les acteurs publics et privés et leurs stratégies, pour comprendre comment leurs logiques d’action vont définir et orienter la politique française du VA ; 
    • À l’échelle locale, c’est la façon dont les expérimentations de VA s’inscrivent dans des projets de territoire, à travers l’analyse des coalitions d’acteurs, de leurs représentations, de leur potentiel d’action et de leurs compétences qui est étudiée. Cette évaluation s’appuie à la fois sur le territoire réel par le biais de parcours commentés et de cartographies, et sur le recueil et l’analyse des expériences d’acteurs. En construisant des outils de compréhension sur les problématiques spatiales et organisationnelles en jeu dans l’établissement de partenariats  entre acteurs, cette méthode permet d’identifier les freins à la mise en œuvre d’un service de mobilité autonome mature sur le territoire, et d’établir concrètement les conditions d’aménagement nécessaires à son inscription dans l’espace public.
  • L’évaluation des modèles d’affaires va chercher à définir les potentiels nouveaux services qui pourront découler des expérimentations de VA. À travers des entretiens avec les parties prenantes du service et des diagnostics approfondis des expérimentations, les évaluations cherchent, d’une part, à identifier le système d’acteurs complexe qui va porter chaque service de mobilité autonome et, d’autre part, le modèle économique et financier qui en découlera dans l’hypothèse d’une réplicabilité ou d’un passage à l’échelle.

 

Conclusion  

Les résultats des évaluations des expérimentations de service et de systèmes autonomes dans le cadre du projet SAM ont vocation à nourrir un bien commun concernant la pertinence de ces services dans un contexte technologique, sociétal et économique donné.  Leur finalité est d’alimenter la réflexion publique sur le futur de ces innovations technologiques. La consolidation de cette base de connaissance doit donc être appréhendée comme un processus d’évaluation itératif au-delà du projet SAM. Il intègre les progrès techniques, la familiarisation croissante des publics avec ces nouveaux systèmes de transport, l’évolution du contexte socio-économique environnant, et les décisions prises par les acteurs territoriaux.  Dans ce cadre, le projet SAM fournit un socle méthodologique et des outils réexploitables pour continuer d’enrichir cette base de connaissance.
 

[1] Expérimentation du Véhicule Routier Autonome, financé par l’ADEME

 

Article signé Samir Anbri (IFP Energies Nouvelles), Marlène Bel (Cerema Ouest), Jaâfar Berrada (Institut VEDECOM), Nicolas Coulombel (LVMT, Ecole des Ponts ParisTech, Université Gustave Eiffel), Jeanne De la Blanchardière (IVM - Institut VEDECOM), Virginie Dunez (Cerema), Manon Eskenazi (LVMT, Ecole des Ponts ParisTech, Université Gustave Eiffel), Nadège Faul (Institut VEDECOM), Jean-Baptiste Haué (Le LAB), Natalia Kotelnikova-Weiler (LVMT, Ecole des Ponts ParisTech, Université Gustave Eiffel), Valerie Leray (Cerema), Hassan Mahdavi (Institut VEDECOM), Gaëtan Merlhiot (Institut VEDECOM), Natacha Métayer (Institut VEDECOM)  

 

Article suivant : #9 - L’Autopartage : une réponse aux enjeux environnementaux des villes et des entreprises

 


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Auteur de la page

  • Nadège Faul

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