[Dossier Mobilités] #10 - Crise sanitaire : les fréquentations cyclables décollent. Quels enjeux pour les acteurs publics ?

Les fréquentations cyclables sont au beau fixe depuis le premier déconfinement du 11 mai 2020. Le vélo se pose en réponse au besoin d’une mobilité du quotidien plus résiliente et décarbonée. La crise de Covid-19 pourrait marquer un point de bascule pour le vélo en France. Volonté commune, financements disponibles, les choses peuvent avancer vite pour faire décoller durablement le vélo.

Assurer un suivi de la pratique pour comprendre les enjeux. Oui, mais comment ?

Le suivi de l’évolution de la pratique du vélo s’apparente à celui de sa part modale parmi l’ensemble des modes de transport. Malheureusement, à ce jour, il n’est pas possible d’avoir un suivi régulier mensuel, voire annuel. L’analyse de la part modale au plan national nécessite des études lourdes et coûteuses qui ne sont mises en œuvre que tous les dix à quinze ans. À défaut de suivre l’évolution de la pratique, c’est l’évolution de la fréquentation qui est mesurée à différents points du territoire. Pour assurer ce suivi, les collectivités (communes, EPCI, départements, régions) installent des dispositifs de comptages automatiques qui permettent de compter le nombre de passages de vélos sur chaque point. Vélo & Territoires, avec le soutien de la CIDUV et de l’ADEME, a mis en place en 2013 la Plateforme nationale des fréquentations permettant de collecter et d’agréger les données de comptages des collectivités contributrices. À fin mars 2020, plus de 900 compteurs étaient partagés par 90 contributeurs. La collecte de ces données permet d’analyser chaque année l’évolution de la fréquentation cyclable au niveau national, par territoire, itinéraire ou type de pratique. Ces analyses font l’objet d’un rapport annuel disponible sur le site Internet de Vélo & Territoires. C’est également grâce à l’ensemble de ces données que Vélo & Territoires, en lien avec le ministère de la Transition écologique, propose, dès le mois de mai 2020, un suivi régulier de la fréquentation vélo afin d’analyser l’impact de la crise sanitaire et de la mise en place progressive des aménagements cyclables de transition sur la pratique du vélo (Bulletin fréquentation vélo & déconfinement).

 

La crise sanitaire, quel impact sur l’utilisation du vélo ?

À chaque grève des transports en commun, la fréquentation cyclable dans les grandes villes progresse grâce à l’arrivée de nouveaux cyclistes. Même si celle-ci retombe en sortie de la période de grèves, elle dépasse son niveau de départ. Qu’en sera-t-il pour la crise sanitaire que nous traversons ? Il est encore trop tôt pour le dire, néanmoins le schéma diffère et laisse penser que l’impact sera plus grand.

En sortie du premier confinement en mai, l’utilisation du vélo s’est positionnée comme un geste barrière à part entière. Les collectivités ont travaillé d’arrache-pied pour mettre en place très rapidement des aménagements cyclables de transition. L’objectif ? Favoriser la pratique du vélo dès la sortie du confinement et éviter l’engorgement des territoires par les voitures. Résultats ? Fin juin, alors que 500 km d’aménagement cyclables de transition étaient recensés dans l’outil Carto[1], la fréquentation cyclable du 11 mai au 28 juin enregistrait une progression de 29 % par rapport à la même période de 2019. À fin décembre, le premier bilan sur l’année, périodes de confinement exclues, reste du même ordre (+27 %). Le nombre de passages de vélos comptabilisés sur l’ensemble de l’année est en hausse de 10 % et ce malgré les confinements ! Des fréquentations records ont été enregistrées, notamment en espace urbain, et de nouvelles habitudes ont fait leur apparition.

En milieu urbain, la pratique a fortement progressé en semaine (+29 % de passages sur l’année, périodes de confinement exclues), mais également le week-end (+34 %). Le vélo affirme son rôle de mode de déplacement utilitaire et pendulaire. Il offre une nouvelle façon de vivre la ville. Cette progression était encore plus marquée au printemps (+57 % sur la période post-confinement à fin juin) et s’est réduite avec l’arrivée d’une météo automnale.

Contrairement à des périodes de grèves, la crise sanitaire a également un impact sur la fréquentation dans les milieux périurbains et ruraux. Ceux-ci ont enregistré de fortes progressions du volume de passages de vélos observés. Périodes de confinement exclues, ces territoires affichent respectivement +14 % et +15 % de passages en 2020 par rapport à 2019.

Autre fait marquant ? Malgré l’absence des clientèles étrangères, le tourisme à vélo n’a pas loupé sa saison en 2020. Le nombre de vélos comptabilisés sur les dix itinéraires EuroVelo qui traversent la France a progressé de 23 % l’été dernier (du 6 juillet au 30 août) par rapport à 2019, et de 21% sur l’ensemble de l’année hors périodes de confinement.

Pour de nombreuses collectivités, leur politique cyclable fait un grand bond en avant en ce temps de crise sanitaire. Les mesures mises en place font parfois gagner cinq ans aux politiques cyclables. Même s’il est encore trop tôt pour montrer le lien direct entre les aménagements installés en accéléré et l’augmentation de la fréquentation cyclable, la crise semble avoir un effet de catalyseur. 

 

Quels leviers pour maintenir l’élan ?

Si l’année 2020 était étrange et pleine d’incertitudes, elle a fait le plein d’annonces pour inscrire la progression de la pratique du vélo dans la durée. Côté financements, il n’y a jamais eu autant de dispositifs disponibles pour le développement du vélo. Le plan de relance, en lien avec les Contrats de Plan Etat-Régions (désormais contrats d’avenir), les 200 millions d’euros supplémentaires du Fond mobilités actives, le programme AVELO2 porté par l’ADEME, le coup de pouce vélo prolongé jusqu’à fin mars ou le programme ALVEOLE porté par la FUB et Rozo, les aides à l’achat d’un vélo sont autant d’occasions d’investir massivement dans les infrastructures cyclables et les services permettant de répondre aux besoins des cyclistes. Maillage d’un réseau cyclable continu, jalonné et sécurisé, développement du stationnement sécurisé et embarquement des vélos dans les trains et les cars et création d’un vrai système vélo doivent être au cœur des échanges avec les collectivités pour maintenir l’élan cyclable.

 

Un article signé Stéphanie Mangin, Chef de projet observation du vélo chez Vélo & Territoires 

 

[1] Outil cartographique de suivi des aménagements cyclables de transition développé par la Fédération des Usagers de la Bicyclette : https://carto.parlons-velo.fr/

Pour en savoir plus : Suivi de la fréquentation vélo en 2020

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Crédits photos : La Ville à Vélo

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