[Dossier énergies renouvelables] #42 - L’électromobilité solaire, nouvelle donne du partage d’énergie

À l’heure où l’Etat commence à donner à l’autoconsommation collective les moyens de ses ambitions, et où émerge une nouvelle génération de communautés d’énergie, le partage d’énergie va devenir une pratique de plus ou en plus courante. Cette dynamique croise celle du véhicule électrique. Cet article met en lumière quelques-uns des outils disponibles pour consommer de l’énergie verte et locale en circuit-court, y compris pour choisir de recharger sa voiture le plus possible à partir d’énergie solaire.

L’autoconsommation collective : partage d’énergie « virtuel »… 

Les consommateurs sont plus que jamais au centre de la transition énergétique et écologique de notre pays. Dans ce sens, l’autoconsommation collective est la possibilité pour un ou plusieurs producteurs de fournir de l’électricité à un ou plusieurs consommateurs. Il existe une cinquantaine d’opérations de ce type aujourd’hui en France, reposant essentiellement sur de l’énergie photovoltaïque. 

L’affectation des électrons est virtuelle, permise par l’intelligence des compteurs Linky et par les algorithmes de sociétés spécialisées. Une clé de répartition va être déterminée pour chaque opération, et appliquée à la production sur chaque pas de temps d’une demi-heure. 

Plusieurs types de clé de répartition existent : statique (selon une règle immuable, telle que la surface occupée dans le bâtiment), au prorata des consommations, ou dynamique. Par rapport à la clé au prorata, la clé dynamique permet de forcer des priorités, par exemple pour s’assurer que chacun aura sa juste part d’électricité, qu’un consommateur contraint de lancer ses appareils électriques quand il y a peu de soleil – une boulangerie au petit matin, typiquement – ne sera pas lésé dans la répartition. 

… pour un changement « réel » des comportements 

La clé de répartition doit être déterminée au sein d’une « personne morale organisatrice », dont la réglementation impose la création pour servir d’interface entre les participants et le gestionnaire du réseau public de distribution d’électricité. Selon la gouvernance choisie pour cette personne morale, la clé de répartition s'avère être un simple outil de gestion à la main du producteur, ou un véritable instrument de démocratie. 

Que le choix de la clé soit concerté ou simplement conventionné, il est de grande importance pour l’équilibre énergétique et économique de l’opération d’autoconsommation collective. Les premières conclusions du programme DIGISOL confirment qu’en présence d’une clé au prorata ou dynamique, les participants prennent davantage conscience de l’impact que leur comportement peut avoir sur leur facture d’électricité, plutôt qu’en présence d’une clé statique, figée. 

Encore faut-il que cette prise de conscience ait lieu. Des outils existent pour encourager les consommateurs à développer une stratégie énergétique vertueuse. Des interfaces de visualisation, telle que celle proposée par Sunchain, permettent le suivi de différents facteurs (comme le taux de couverture des besoins d’électricité par le solaire). Ces outils, associés à une clé dynamique, peuvent favoriser non seulement le phasage des consommations avec le soleil mais aussi la baisse des consommations, et donc des économies d’énergie, en euros comme en kilowattheures. 

Une démarche citoyenne à la portée des entreprises

A Perpignan, trois zones d’activité économique mitoyennes s’apprêtent à accueillir une dizaine d’installations photovoltaïques, déployées sur le foncier de la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole, à savoir des bassins de rétention et des parkings publics. Pour les PME locales, mix d’entreprises tertiaires et de l’industrie agroalimentaire, l’opération est « participative » à deux égards. Ces PME sont invitées à consommer en circuit-court l’électricité qui sera produite, d’une part ; et à participer au capital de la société de projet porteuse du projet, d’autre part. 

La société de projet en question, AGORASUN Perpignan, aura ainsi pour actionnaires AGORASUN, filiale de TECSOL, bureau d’études spécialisé en énergie solaire dont le siège est basé sur place, la communauté urbaine grâce à un apport en capital en nature constitué du foncier public mis à disposition, l’Agence Régionale pour l’Energie et le Climat d’Occitanie, une banque coopérative et les entreprises locales qui le souhaitent.

Cette proposition de valeur a déclenché des réflexions plus larges autour de la transition écologique, certaines entreprises locales ayant décidé de solariser leur propre bâtiment, en plus de participer à l’aventure AGORASUN Perpignan. Dans ce cas, la production collective vient compléter la part d’électricité couverte par l’autoproduction solaire.

Les évolutions dans le paysage réglementaire vont sans nul doute avoir pour effet d’inciter davantage d’initiatives dans ce registre. On pense en particulier aux conditions du futur nouvel arrêté tarifaire photovoltaïque, qui ouvre au surplus de l’autoconsommation collective le tarif subventionné par l’Etat. On pense aussi au cahier des charges remanié de l’appel d’offres Autoconsommation administré par la commission de régulation de l’énergie, qui prévoit de compenser les taxes (TICFE, TCFE, TVA) et le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) qui s’appliquent à l’autoconsommation collective. Il y a encore beaucoup à faire et on compte sur l’actuelle réforme du code fiscal pour accentuer l’appel d’air en faveur de ces projets.  

L’autoconsommation collective étendue à l’électromobilité solaire

En autoconsommation collective, une borne de recharge pour véhicules électriques est considérée comme un consommateur ou un autoproducteur, au même titre qu’un bâtiment. En pratique, l’automobiliste qui se présente à la borne en journée à toutes les chances d’alimenter son véhicule en énergie solaire, ce d’autant plus si les sources d’approvisionnement photovoltaïque de la borne sont variées : ombrière PV à proximité immédiate de la borne mais aussi panneaux solaires sur les toitures de divers producteurs dans le rayon réglementaire de l’autoconsommation collective, soit 1 km en zone urbaine et 10 km en zone rurale.

Le programme d’innovation MOBELSOL – TECSOL, Sunchain, SYDEEL 66, ENEDIS – a été mis en place début 2021 avec le soutien de la Région Occitanie et de l’ADEME pour approfondir cette voie. Parmi les cas d’usage, il y a par exemple la possibilité de juxtaposer deux opérations pour permettre à plusieurs bornes de bénéficier de la production solaire d’un même producteur. Ou encore la possibilité pour un producteur de vendre l’énergie solaire à un tarif différencié selon divers signaux (moment de la recharge, profil particulier ou professionnel de l’utilisateur, localisation de la borne, etc.) grâce à une clé de répartition optimisée.

La valeur ajoutée d’une communauté d’énergie 

Bruxelles a impulsé une nouvelle dynamique, celle des communautés d’énergie renouvelable (CER) et des communautés énergétiques citoyennes (CEC). Ces deux formes de communautés présentent des différences notables. Pour n’en citer qu’une, la CER fait appel à toutes les sources d’énergie renouvelable pour produire de la chaleur ou de l’électricité quand la CEC est dédiée à la production d’électricité à partir d’énergie renouvelable ou grise. Pour autant, l’objectif est commun : fédérer des initiatives citoyennes, être moins axées « générer des profits financiers » pour plutôt « fournir des avantages environnementaux, économiques ou sociaux » à leurs actionnaires ou membres ou territoires d’ancrage, et ce autour de la production mais aussi autour du partage d’énergie et d’autres activités de la chaîne de valeur de l’énergie. 

Les communautés d’énergie vont venir embrasser les activités telles que celles développées avec DIGISOL, AGORASUN ou MOBELSOL. Elles vont venir apporter une cohérence aux actions citoyennes menées autour d’actifs de production d’énergie. Les acteurs traditionnels, à commencer par les fournisseurs, ne seront pas en reste. Ce n’est pas une ubérisation qui s’opère, mais une réinvention. Pour que cette dynamique prenne, il faudra que ces communautés soient plus qu’un label et que l’Etat soutienne les communautés, y compris par des actions de simplification des parcours administratifs et de garantie de prêts bancaires. 

Article signé Alexandra Batlle, Chargée de développement chez TECSOL SA


 

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