[Dossier biosourcés] #2 - Bâtir en fibres végétales : l’exposition FIBRA

Au-delà de toutes les considérations écologiques, économiques, sociétales ou culturelles, les fibres végétales et les autres matières brutes ou peu transformées, souvent déconsidérées, recèlent un pouvoir émotionnel puissant qui nous reconnecte à nos racines, à la terre que nous habitons.

Une expérience de la matière

Construit avec des matières pauvres et pourtant si communes, disponibles à portée de main ou juste sous nos pieds, le bâti semble le prolongement de l’œuvre de la nature. S’approprier l’intelligence du vernaculaire et ses savoir-faire millénaires, c’est ré-ancrer nos pratiques de bâtisseurs dans un paysage, un territoire, et faire corps avec.

Bâtir avec ces matières à forte intensité sociale, c’est aussi mettre en lumière le travail des artisans dont le savoir-faire est la clef de voûte de la beauté et de la pérennité de ces constructions. L’exposition FIBRA propose d’interroger nos manières de construire par l’expérience sensorielle, de la matière à l’architecture. Elle donne à voir et à toucher la diversité des fibres végétales, et contribue ainsi à la redécouverte des usages de ces plantes utilisées pendant des millénaires pour construire. Elle montre qu’il est possible de bâtir la ville de demain avec ces matières disponibles qui, comme la paille, le chanvre le roseau ou l’osier, poussent en France, en Europe ou ailleurs dans le monde.

Des prototypes à l’échelle 1

Outre la description et des photos des 50 finalistes du FIBRA Award, l’exposition FIBRA présente des maquettes à l’échelle 1 d’éléments caractéristiques d’une dizaine de ces bâtiments : mur en paille porteuse, bardage en panneaux de roseau, couverture en écore de palmier, bardage en herbe marine, garde-corps en osier, etc. Des « tables matières » permettent par ailleurs de comprendre la transformation de la plante en matériaux de construction pour le chanvre, la paille, l’osier, le roseau et le bambou.

Table bambou dans l’exposition FIBRA au Pavillon de l’Arsenal

© Pierre l’Excellent

Bardage et couverture en roseau dans l’exposition FIBRA au Pavillon de l’Arsenal

© Pierre l’Excellent


Habillage en rotin dans l’exposition FIBRA au Pavillon de l’Arsenal

© Pierre l’Excellent

 

Paille et chanvre

En France, les filières des matériaux biosourcés s’organisent. Celles de la paille et du chanvre ont rédigé leurs textes réglementaires, respectivement approuvés puis édités en 2012 et 2009. Ainsi, la paille isolante en remplissage d’ossature ou de caisson et support d’enduit est une technique qui se démocratise du fait de son assurabilité. La disponibilité de la ressource est telle que 5 à 10 % de la paille produite chaque année suffirait pour isoler l’ensemble des logements neufs construits en métropole.

Le chanvre pousse quant à lui sur une période courte de l’année, de juin à septembre, préparant le sol, sans l’appauvrir, pour les cultures céréalières d’hiver. Il est cultivé pour ses fibres textiles et sa moelle poreuse, la chènevotte, dont les performances thermique, hygrométrique et acoustique en font une matière de premier choix pour la construction neuve et la rénovation du bâti ancien en milieu dense.

Table paille et prototype paille porteuse dans l’exposition FIBRA au Pavillon de l’Arsenal

© Pierre l’Excellent

Table chanvre et prototype de mur en chaux-chanvre projeté de l’exposition FIBRA au Pavillon de l’Arsenal

© Pierre l’Excellent

 

Roseau et osier

Le roseau est aussi une ressource disponible en France. Pour entretenir les roselières, milieux humides abritant une grande biodiversité, le roseau est coupé chaque hiver. Les trois quarts du roseau actuellement utilisé pour la construction vient de Camargue. D’autres régions comme la Brière ou les Vosges, appuyées bien souvent par les parcs naturels, s’organisent pour exploiter cette ressource. Le roseau a longtemps été réservé aux traditionnelles toitures en chaume, mais des panneaux préfabriqués de roseau pouvant servir d’isolant, de support d’enduit, voire de bardage extérieur pour les plus denses, sont aujourd’hui développés.

L’osier, tiges de saule d’un an de couleurs très variées, connaît lui aussi un regain d’intérêt. Le tressage de ces tiges brutes ou écorcées, qui s’appuie sur des savoir-faire millénaires, conquiert de plus en plus d’architectes. Ils font résonner techniques ancestrales et architecture contemporaine pour filtrer la lumière, habillant certains éléments de motifs géométriques ou aléatoires, tissant des liens forts entre savoir-faire régionaux et design contemporain.

Bardages en roseau dans l’exposition FIBRA au Pavillon de l’Arsenal

© Pierre l’Excellent

Table osier dans l’exposition FIBRA au Pavillon de l’Arsenal

© Pierre l’Excellent

 

Une exposition itinérante

L’exposition présentée de septembre à novembre 2019 au Pavillon de l’Arsenal, à Paris, a connu un très grand succès auprès des professionnels, des étudiants mais aussi du grand public. Elle vient de commencer son itinérance internationale, avec l’espoir qu’elle sera aussi longue que celle de l’exposition du TERRA Award, accueillie depuis 2016 dans près de 60 lieux sur trois continents.

 

Affiche de l’exposition itinérante FIBRA lors de sa présentation à La Plateforme à Grenoble © amàco

 

Vous pourrez découvrir la grande exposition FIBRA avec les prototypes et tables matières, organisée par amàco :

  •           à La Plateforme, à Grenoble, du 20 février au 9 mai 2020 (annulée en raison du Coronavirus, ndlr) ;
  •           au Pavillon, à Caen, du 14 octobre 2020 au 10 janvier 2021 ;
  •           à l’Ifa-Galerie, à Stuttgart (Allemagne), du 15 octobre 2020 au 6 janvier 2021.

L’exposition « Architecture en fibres végétales d’aujourd’hui », avec des panneaux sur les 50 finalistes du FIBRA Award, gérée par l’agence Muséo, sera entre autres :

  •           à La Boiserie à Mazan, du 5 février au 5 mars 2020 ;
  •           à l’Alliance française à Ahmedabad (Inde), du 20 au 22 février 2020 ;
  •           à l’École polytechnique de Zurich (Suisse), du 15 au 28 février 2021.

 

Article signé Laetitia Fontaine, présidente du FIBRA Award, et Aurélie Vissac, ingénieure amàco, co-commissaire de l’exposition FIBRA

 

Consulter l'article précédent :  Edito - C'est URGENT et pourtant... »


           

Dossier soutenu par

Dossier biosourcés

 

Matériaux et constructions biosourcés

Retrouvez tous les articles du dossier

 Matériaux et constructions biosourcés

 Dossier biosourcés
 Dossier Construction21
 REX
 Fibra Award
 construction
 matériaux
 fibres végétales

Auteur de la page


  • Autres actualités

    Plus d'articles

    Sur les mêmes thèmes

     Dossier biosourcés
     Dossier Construction21
     REX
     Fibra Award
     construction
     matériaux
     fibres végétales