[Dossier biosourcés] #4 - Architecture en fibres végétales d’aujourd’hui : les exemples inspirants du FIBRA Award

[Dossier biosourcés] #4 - Architecture en fibres végétales d’aujourd’hui : les exemples inspirants du FIBRA Award

Les engagements pris en 2015 par les États, dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat, appellent une forte réduction de l’empreinte environnementale des bâtiments existants et futurs. Mettre en œuvre des matériaux à base de plantes à croissance rapide répond à cette exigence. C’est une gigantesque opportunité pour stocker dès maintenant une grande quantité de carbone, et lutter ainsi contre le réchauffement de la planète.

Une opportunité à saisir

L’utilisation de fibres végétales limite le prélèvement de ressources non renouvelables et réduit les besoins en énergie sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments. En Europe, la paille et le chaux-chanvre participent à la performance énergétique des nouvelles réalisations et à la rénovation de l’existant. Dans les pays du Sud à forte progression démographique, bambou, roseau et autres graminées, souvent associées à la terre crue, servent à ériger des constructions confortables à un coût abordable. L'usage contemporain de fibres végétales crée aussi une esthétique qui reconnecte l’homme à la nature : leur texture dégage une beauté haptique qui libère immédiatement le désir de toucher la matière. Cette dimension est sensible depuis des millénaires dans les constructions vernaculaires, inspirées par leur milieu et dictées par les particularités du climat et les ressources disponibles. Les partisans du régionalisme critique, de l’architecture contextuelle et de la frugalité heureuse et créative renouent avec cette tradition.

Matériaux en fibres végétales, outils de la transition

Murs en chaux-chanvre ou en bottes de paille porteuses, charpentes et parois brise-soleil en bambou, couvertures et bardages en roseau, isolants en paille, chanvre ou herbe marine, tuiles de palmier, garde-corps en osier… les fibres végétales se prêtent à de multiples utilisations dans le bâtiment. Certaines mises en œuvre sont ancestrales, d’autres sont issues de nouveaux procédés innovants, témoins d’une grande créativité et d’un fort potentiel esthétique et émotionnel. Le recours aux matériaux biosourcés, qui touche à la fois le bois et des plantes à croissance rapide (bambou, roseau, chanvre, etc.), est sensible dans le monde entier. À une époque où les solutions à faible teneur en carbone sont très recherchées, redécouvrir des matières premières renouvelables, disponibles et abondantes, tout en valorisant des savoir-faire millénaires à travers des techniques industrialisables, est une piste d’avenir prometteuse. 

Le FIBRA Award : un prix, un livre et une exposition

L’ingéniosité́ dont font preuve de plus en plus d’architectes, d’ingénieurs, de constructeurs et d’artisans est tangible dans les projets mis en valeur par le FIBRA Award. Ce premier prix mondial des architectures contemporaines en fibres végétales est porté par amàco, l’atelier matières à construire. Ce centre de recherche et d’expérimentation fait la promotion de l’utilisation dans la construction de matières ordinaires, oubliées et déconsidérées. L’objectif est de faire découvrir les matériaux en fibres à un vaste public, et de révéler leurs qualités esthétiques, leur intérêt constructif et leurs avantages environnementaux. Le but est aussi de rendre hommage au courage des maîtres d’ouvrage qui les ont choisis, à la créativité des architectes et ingénieurs ainsi qu’aux compétences des artisans et entrepreneurs.

Les 50 finalistes du FIBRA Award, qui sont mis en valeur dans un livre et exposition itinérante, ont été choisis par des experts internationaux parmi 226 bâtiments réalisés dans 45 pays. Ils sont issus de tous les continents et réalisés à partir de bambou, paille, roseau, osier, rotin, chanvre, feuilles de palmier ou de canne à sucre, écorces, herbe de la mer du Nord ou du plateau andin, etc. Le jury a également mis à l’honneur trois pionniers internationaux : Simón Vélez, Vo Trong Nghia et Anna Heringer, marraine du prix.

Les finalistes allient valorisation de ressources locales, mesures bioclimatiques et design contemporain. Ils symbolisent une modernité frugale, qui rend hommage aux savoir-faire ancestraux sans refuser des innovations techniques robustes et efficaces. Ils montrent que les filières biosourcées représentent aussi un important potentiel d’activités économiques et de création d’emplois, dans le respect des richesses matérielles et immatérielles des territoires.

 

Auberge de jeunesse à Baoxi, Chine.

 

Architecte: Anna Heringer

© Dominique Gauzin-Müller

 

Porter et franchir 

Grâce à un rapport entre poids et résistance supérieur à celui de l’acier, le bambou permet de franchir de grandes portées. Il est abondamment disponible dans les régions tropicales d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud, mais certaines espèces sont adaptées aux climats tempérés. L’utilisation de cet « acier vert » ouvre des perspectives pour l’architecture et le génie civil : les fermes du gymnase de la Panyaden School, en Thaïlande, franchissent 17 mètres ; le pont routier à Sumatra supporte des véhicules de 2 tonnes. D’autres fibres plus petites et plus banales permettent aussi de franchir de grandes portées : depuis six siècles, des communautés péruviennes reconstruisent chaque année une passerelle longue de près de 30 mètres à partir de cordes tressées avec une herbe sauvage.

Gymnase de la Panyaden School, Thaïlande.

Architectes : Chiangmai Life Architects

© Alberto Cosi

Pont routier à Sumatra.

Conception : occo living

© Lukas Zollinger

Pont Inca au Pérou.

Construction : Patronato de cultura Machupicchu

© Patronato de cultura Machupicchu

 

Isoler et coffrer

En remplissage dans une ossature ou des caissons préfabriqués en bois, voire pour des murs porteurs, la construction en paille connaît un grand essor en France : cela concerne plus de 5 000 bâtiments, dont une centaine d’équipements publics. Large diffusion des bonnes pratiques, nombreuses formations, essais au feu au CSTB et publication de règles professionnelles en 2012 ont permis de convaincre assureurs et bureaux de contrôle. Parmi les finalistes du FIBRA Award, huit sont des bâtiments construits en France avec une structure en bois et une isolation en paille. Plusieurs sont d’envergure et prouvent la maturité de cette technique : l’espace multiculturel La Boiserie à Mazan, le groupe scolaire Louise-Michel à Issy-les-Moulineaux, le groupe scolaire Stéphane-Hessel à Montreuil-sous-Bois, la résidence sociale Jules-Ferry à Saint-Dié-des-Vosges, etc.

La construction en chanvre, boostée par la publication de règles professionnelles en 2009 et 2012, est une autre filière émergente. Une isolation en chaux-chanvre a montré son efficacité, par exemple, pour la réhabilitation bas carbone d’un ancien immeuble parisien et la transformation d’une ferme abandonnée en Maison de l'étudiant à Champs-sur-Marne. Elle est aussi très performante dans un nouvel immeuble de logement sociaux du quartier latin. La France est pionnière en Europe pour la construction en paille et en chaux-chanvre.


Espace multiculturel La Boiserie à Mazan.

Architectes : DE-SO architecture

© Hervé Abbadie


Groupe scolaire Louise-Michel et boulodrome à Issy-les-Moulineaux.

Architectes : ADSC / Sonia Cortesse et Bernard Dufournet (associé)

© Olivier Wogenscky

Groupe scolaire Stéphane-Hessel/Les Zéfirottes à Montreuil-sous-Bois.

Architecte : Méandre / Christian Hackel

© Luc Boegly

Résidence sociale Jules-Ferry à Saint-Dié-des-Vosges.

Architectes : ASP Architecture

© ASP Architecture

Réhabilitation bas carbone d’un ancien immeuble à Paris 18e.

Architectes : Dumont Legrand Architectes et LM Ingénieur

© Dumont Legrand Architectes

 

Clore et séparer 

Plusieurs fibres végétales permettent de clore ou de séparer des espaces sans fonction porteuse, comme les parois en bambou tressé du village de réfugiés badjaos aux Philippines. La construction en plantes vivantes est plus expérimentale, mais elle est également inspirée d’exemples vernaculaires, comme les ponts en racines de banians tressées en Inde. Théâtre en bambous vivants au milieu d’une forêt chinoise ou cube en platane greffé en Allemagne, ces « bâtiments botaniques » fournissent de l'ombre, rafraîchissent et filtrent l'air, produisent de l'oxygène et absorbent du CO2. Quant aux briques de champignons, elles ont été assez solides pour élever les trois tours de 12 mètres de hauteur du Pavillon Hy-Fi, qui a passé l’été 2014 dans la cour du musée MoMA PS1 à New York.

Théâtre en bambous vivants en Chine.

Architectes : Xu Tiantian / DnA_Design and Architecture 

© Wang Zilling


Pavillon Hy-Fi à New York.

Architectes : The Living / David Benjamin

© Amy Barkow, courtesy of The Living

 

Filtrer et tamiser 

Pour filtrer les rayons du soleil, les fibres peuvent être torsadées, tressées ou tissées avec une grande qualité artistique, en ouvrant des débouchés inattendus à des traditions populaires. Le bambou, un des matériaux les plus polyvalents de la planète, se prête à la confection de brise-soleil à partir de fines lattes découpées dans ses tiges, comme pour le pavillon Hammock Hut en Australie. Les parois ajourées de la bibliothèque Amani en Tanzanie et de la Why Not Academy à Nairobi favorisent la ventilation naturelle et apportent une fraîcheur qui a une influence positive sur la concentration des enfants et sur l'apprentissage. En s’appuyant sur l’artisanat et les matériaux locaux, les acteurs de ces projets veulent sensibiliser la population à la valeur du patrimoine culturel, et contribuer ainsi à l’évolution de techniques traditionnelles. Leur objectif est de favoriser, dans les bidonvilles comme en milieu rural, la construction d’un habitat abordable, sain et confortable.

Pavillon Hammock Hut en Australie.

Concepteurs : Cave Urban

© Cave Urban

Bibliothèque Amani en Tanzanie.

Architecte : Lara Briz et Patricia Báscones

 © Lara Briz

 

Habiller et couvrir

Le chaume, un des plus vieux matériaux de couverture du monde, procure une forte isolation avec des ressources locales, écologiques et saines. Selon les milieux et les climats, il prend de nombreuses formes : roseau, typha, paille de seigle ou genêts. Il est aussi décliné en façade, comme pour le centre de la biodiversité de La Roche-sur-Yon. Parmi les finalistes du FIBRA Award, plusieurs projets en chaume tissent des liensentre les cultures et les disciplines autour de projetshumanistes et optimistes. Certains contribuent à la lutte contre l’exode rural (centre culturel Thread et Afrika Mandela Ranch au Sénégal), d’autres améliorent les conditions de vie des réfugiés (habitat pour la minorité Karen en Thaïlande) ou favorisent l’éducation des enfants (écoles Las Tres Esperanzas en Équateur).

Incontournables pour une architecture écoresponsable, les matériaux à base de fibres végétales, souvent associés avec la terre crue, contribuent à la transition écologique et sociétale.

 

Centre de la biodiversité de La Roche-sur-Yon.

Architectes : Guinée*Potin

© Sergio Grazia

Centre culturel Thread au Sénégal.

Conception : Toshiko Mori Architect

© Giovanni Hänninen

 

 

 Article signé Dominique Gauzin-Müller, coordinatrice du FIBRA Award, co-commissaire de l’exposition FIBRA 

 

Pour en savoir plus :

« Architecture en fibres végétales d’aujourd’hui », Dominique Gauzin-Müller, éditions Muséo 2019

www.fibra-award.org

Facebook https://www.facebook.com/fibra.award/

Twitter https://twitter.com/fibraaward

 

Consulter l'article précédent :  #3 - Bioconstruction et « carbone vert » - Claude ROY, Club des Bioéconomistes


           

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