[Dossier Afrique - Ville(s) Durable(s)] - #22 - Le savoir faire des industriels français en matière d’aménagement, nouvel axe de coopération avec l’Afrique

Face à une concurrence internationale féroce dans les pays émergents, notamment en Afrique, les filières de la ville et du bâtiment françaises préparent une démarche alternative. Celle-ci s’appuie sur des Démonstrateurs Industriels pour la Ville Durable, véritables laboratoires du savoir-faire français en matière d’urbanisme et de construction durable. Eclairage avec José-Michaël Chenu, Directeur Marketing Stratégique de VINCI et Président de l’association Rêve de Scènes urbaines, et Hugues Parant, Directeur Général de l'Etablissement public d'aménagement Euroméditerranée, à Marseille.

Pourquoi un contrat stratégique de filière sous cette forme ?

José-Michaël Chenu - Les contrats stratégiques de filière sont mis en place par le gouvernement dans le cadre du Conseil National de l’Industrie. Ils ont pour fonction de créer de nouvelles dynamiques au sein d’une filière, en mobilisant les acteurs économiques concernés. Rêve de Scènes urbaines et Euroméditerranée sont parties prenantes du contrat « industries pour la construction ». L’enjeu de ce contrat ne se limite pas au bâtiment. Il s’agit d’élargir le cadre pour faire émerger des synergies à l’échelle de la ville. En effet, les industriels de la construction débordent au quotidien sur les thématiques urbaines : ils construisent la ville, ils participent aux stratégies territoriales. Ils apportent des réponses énergétiques et environnementales à la ville durable. Ce contrat stratégique de filière a un volet export, auquel nous participons. Pour cela, nous nous appuyons sur deux Démonstrateurs Industriels pour la ville Durable comme territoire de progrès : Rêve de Scènes urbaines sur le territoire de Plaine Commune, et Emul, Euroméditerranée Metropolitan Urban Lab, à Marseille.

Hugues Parant - Les DIVDs (Démonstrateurs Industriels pour la Ville Durable) sont des appels à projet lancés par le ministère de la transition en 2015. L’objectif, est de montrer le savoir-faire français en matière de ville durable. Avec le DIVD Emul, nous avons acquis un réel savoir-faire dans l’innovation, et notamment dans le partenariat public-privé. Nous avons travaillé avec des acteurs variés : des grandes entreprises, des Entreprises de Taille Intermédiaire, des start-ups, des aménageurs. Cette synergie n’existe par ailleurs, elle est propre à la France. Grâce à notre maîtrise de la démarche globale de la construction, issue de démonstrateurs déjà existants, nous sommes à présent en capacité de s’adresser à des gens qui veulent construire bien certes, mais également rapidement.

En quoi les CSF et les DIVDs peuvent permettre de créer une offre tournée vers l’Afrique ?

H. Parant - Les DIVDs permettent de rendre compte du savoir-faire français, de proposer des modèles déjà mis en œuvre qui peuvent être exportés dans des villes étrangères qui font face à des problématiques identiques aux nôtres. Par exemple, à Marseille, nous partageons une préoccupation commune avec les villes africaines, qui est celle du réchauffement climatique. Le Sud de la France est monté en compétence sur l’urbanisme et la construction sous climat chaud afin d’affronter les vagues de chaleur des prochaines décennies. Nous avons notamment mené des réflexions sur les matériaux, avec l’utilisation de la terre crue. Quant aux aménageurs, ils sont une spécificité française, gage d’un savoir-faire unique dans le monde en urbanisme. L’enjeu ici est de donner aux acteurs africains la capacité de se former, tout en créant un cercle vertueux pour que le maximum de savoir-faire et de capitaux restent sur place. Il existe notamment des forums, comme Emerging Valley, qui favorisent les innovations à travers des échanges. Sur un aspect plus pragmatique, en étant à Marseille, nous traitons souvent avec des directions régionales de Grand Groupes ou des TPE locales. Cela ressemble au tissu économique et au type de gouvernance que vont rencontrer les projets africains. La souplesse du fonctionnement que nous avons mis en place permet de s’adapter à la situation d’autres villes, et d’avoir des idées plus originales que des structures basées à Paris. Nous sommes donc à même d’assister des projets urbains africains, grâce à notre capacité à penser un projet en amont et à anticiper la ville de demain. C’est un atout nécessaire face à une concurrence internationale féroce. L’offre française se positionne sur une offre transversale et évite la confrontation directe par rapport à des acteurs chinois ou turcs par exemple, qui sont imbattables sur les prix.

J-M. Chenu - Pour les industriels, travailler avec l’Afrique, c’est aussi la possibilité de proposer des partenariats entre acteurs concernés par le contrat stratégique de filière, et de créer un cercle d’entreprises françaises qui s’entraident sur place. Cela est primordial pour prospecter et obtenir des marchés. Nous nous inscrivons ainsi dans une démarche forte de la France, d’aller à la rencontre de partenaires locaux et de partager les savoir-faire afin de créer de l’innovation. Le MEDEF international, par exemple, est très volontaire pour tisser des partenariats avec des acteurs africains innovants.

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur les DIVDs Rêve de Scène urbaine et Emul ? 

J-M. Chenu - Le point commun de Rêve de Scène Urbaine et Emul, c’est qu’ils réunissent l’ensemble des acteurs de la ville. L’enjeu majeur du premier DIVD, Rêve de Scènes urbaines, est la reconstruction de la ville sur elle-même. Il s’inscrit dans le territoire de Plaine Commune, au sein du Grand Paris. Le DIVD s’appuie sur de nouvelles formes de dialogue entre les acteurs : tous les semestres, l’association Rêve de Scènes urbaines propose à l’Etablissement Public Territorial Plaine Commune 150 idées d’innovations urbaines, parmi lesquelles l’intercommunalité en choisi 20 ou 30. Les thèmes principaux de travail sont l’adaptation au changement climatique et la transition énergétique, la réversibilité, les modes constructifs, la création d’emplois locaux, l’économie circulaire ou encore le bien-être urbain. Aujourd’hui, ce sont plus de 700 idées qui ont été présentées au territoire de Plaine Commune, et triées. Si les projets fonctionnent, ils sont proposés dans d’autres villes dans un second temps, comme Tours, Châteauroux ou encore Grand Orly Seine Bièvre. La prochaine étape, ce serait de pouvoir établir des partenariats avec des villes africaines. 

H. Parant - Le deuxième DIVD, l’Euroméditerranée Metropolitan Urban Lab (EMUL), est piloté par l’Établissement Public d’Aménagement Euroméditerranée, en consortium avec Orange, La Poste, Enedis, Thassalia (ENGIE), Bouygues, Vinci, Eiffage, Ortec, Suez et Envirobat-BDM. La collectivité partenaire est la Métropole Aix Marseille Provence. Il fait suite à un premier DIVD, le projet Smartseille, démonstrateur d’écocité. Nous avons souhaité pousser la démarche plus loin avec ce second DIVD, en diffusant les innovations tirées de SmartSeille et en élargissant le périmètre d’action. La synergie privé-public a été très intéressante. D’ordinaire, en aménagement, les autorités publiques dictent au privé ce qu’il faut faire. Ici, nous avons inversé la tendance : le privé est force de proposition, et le public arbitre après. Nous avons déjà mis en œuvre ce sourcing sur plus de 2 000 000 de m2 dans les projets réalisés à Marseille. Pour ce faire, nous nous appuyons entre autres sur des Think Tank rattachés aux grandes entreprises, qui mènent des réflexions innovantes.

Propos recueillis par Construction21

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